‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 32 sur 128 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

Bury. Dépourvu de tout talent, faible, âgé, fatigué par les maladies, le major-général des troupes françaises de l'Inde ne sut ni se garder, ni même empêcher la débandade de ses soldats et cela au moment où l'armée d'Anaverdikan se joignait aux défenseurs de Saint-David (19 décembre 1746).

Ces impardonnables imprudences nous furent fatales ; des espions, agissant pour le compte de l'ennemi, diminuèrent à dessein l'importance numérique des alliés. Une panique éclata pendant la nuit. L'armée surprise, accablée par plus de quinze mille assaillants, rétrograda. L'énergie des officiers subalternes procura une retraite honorable sur Pondichéry. Cet insuccès, prévu par Dupleix, nous coûta douze morts et cent vingt blessés. Les alliés perdirent sept cents hommes tués et eurent quinze cents blessés.

Dupleix remporta bientôt après une victoire diplomatique. L'arrivée subite à Madras de quatre vaisseaux commandés par Dordelin, avait excité l'inquiétude d'Anaverdikan. Revenu, Dupleix fit courir le bruit d'une prochaine expédition contre Arcate avec le concours de troupes de débarquement. Anaverdikan trembla et consentit à annuler la convention antérieure qui lui livrait Madras, à confirmer les Français dans la possession des territoires occupés et à s'engager à abandonner complètement les Anglais.

Mafouskan, fils du nabab, vint, en février 1747, à Pondichéry pour ratifier ce traité. Rien ne fut négligé pour le recevoir pompeusement ! N'était-ce pas aussi un triomphe inouï pour Dupleix de voir un nabab s'incliner enfin devant ces marchands naguères encore si méprisés par les Hindous ! L'effet moral de la visite de Mafouskan fut immense !

Dupleix avait le droit d'être fier; cependant voici comment il rend compte de l'événement à la Compagnie : « Le fils du nabab Anaverdikan est venu lui-même nous demander la paix et notre amitié. Cette démarche fait un honneur infini à la Nation. Il en sera longtemps parlé dans l'Inde, et je ne crains pas que l'envie reprenne à cette nation de venir nous

attaquer. On n'a pu se dispenser de lui faire un présent, ainsi qu'à son père et autres seigneurs qu'il est bon de ménager. Les présents ont été faits en conséquence de la prise de Madras. Il étoit juste que le nabab s'en ressentît, et c'étoit comme une convention tacite avec lui. »

Dupleix envoya alors Paradis contre le fort Saint-David ; mais, le 14 avril, à l'instant où l'assaut allait être donné, la flotte anglaise de l'amiral Griffin déployait superbement devant la place les couleurs britanniques, et ce secours contraignait les Français à la retraite. L'amiral renforça la garnison de Saint-David et Dupleix, avec ses seules ressources, courut le risque d'être attaqué par mer et par terre.

Sans perdre de temps, Dupleix fait transmettre à Dordelin, à Goda, l'ordre de se rendre aux Iles de France et de Bourbon, d'y rassembler tous les vaisseaux disponibles, de les réunir à sa flotte et de venir concourir à la défense de Pondichéry. Plusieurs mois s'écoulèrent ! De leur côté les Anglais se bornèrent à conserver leurs positions.

Le 24 juin 1748, le capitaine Bouvet fut assez heureux pour débarquer trois cents hommes à Madras, à la vue de l'escadre anglaise stupéfiée par une semblable audace. A l'aide de ce nouveau contingent Madras pouvait tenir.

Sur ces entrefaites Dupleix reçut de la Compagnie une lettre datée du 15 décembre 1747 :

« Plusieurs lettres d'Angleterre, Monsieur, portent que l'amiral Boscawen est parti avec une quantité de présens, pour se rendre favorables à son arrivée aux Indes, les nababs et les officiers du Mogol.

« Ces avis pourroient être d'autant plus fondés, que les Anglois n'ignorent pas que les Hollandois se servirent de ce même moyen avec succès, lorsqu'ils assiégèrent Pondichéry en 1693.

« La Compagnie vous recommande de veiller avec la plus grande attention à la conduite que les Anglois ne manqueront pas de tenir pour vous susciter de nouveaux ennemis. Vous ne sçauriez vous appliquer avec trop de prudence et de sagacité à vous conserver, du moins, l'amitié des puissances qui vous avoisinent, si vous ne pouvez pas les engager de se joindre à vous contre les Anglois.

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