‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 33 sur 128 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

« Si des présens ménagés avec économie peuvent, dans une occasion critique, détourner de vous l'effet de leurs intrigues et les empêcher de vous nuire, la Compagnie vous autorise à donner jusqu'à cent mille pagodes, et même quelque chose de plus (plus d'un million de notre monnoye), si vous le jugez absolument nécessaire, soit au nabab, soit à telle autre puissance qui vous mettroit à couvert des forces angloises, et les obligeroit de se retirer sans aucun succès... Mais nous espérons que toutes ces spéculations seront vaines, et qu'au moyen du secours que la Compagnie vous envoyé, vous serez en état -de vous défendre par vous-même et de repousser l'ennemi.

« Que ne devons-nous pas attendre en effet du bon état où se trouve Pondichéry par vos soins, et nous promettre de vous-même?... Cette assurance que nous vous marquons ici, n'exclut cependant pas les idées et les expédiens que nous vous avons présentés dans cette lettre ; nous vous confirmons au contraire d'en faire usage si les circonstances l'exigent, pour conserver à l'État et à la Compagnie une ville qui les intéresse infiniment. Ni l'un, ni l'autre ne regarderont à une dépense mûrement réfléchie, qui dans un cas extrême leur assurera cette possession. C'est à vous d'y veiller sans relâche, ec à nous d'espérer favorablement de votre prudence, de votre zèle et de votre amour pour la gloire du Roi et de la Nation, etc. ('). »

La flotte de l'amiral Boscawen, composée de vingt-six vaisseaux, parut le 4 août 1748 devant Gondelour. Anaverdikan se joignit aussitôt aux Anglais, avec un corps de trois mille hommes.

Le 18 août, trois vaisseaux ennemis jetèrent l'ancre devant Pondichéry; ce même jour, trois mille sept cent vingt Anglais, plusieurs milliers de Cipay^es et les troupes d'Anaverdikan quittèrent le fort Saint-David pour venir prendre position non loin d Ariancoupam.

Dans ses Mémoires, Dupleix mentionne seulement le siège de Pondichéry, et n'en détaille pas les circonstances.

« Tout le monde a eu, dit-il, dans le tems ces détails intéressans dans les nouvelles publiques, et l'on scait que malgré le secours des Maures, les Anglois furent obligés de lever le siège, et de se retirer le 17 octobre 1748, avec une perte très considérable. Le sieur Dupleix dira seulement, que malgré toute la fermeté avec laquelle il soutint les efforts des ennemis pendant 42 jours de tranchée

, I. Mémoires de Dupleix, p. 10 et 11.

ouverte, et malgré toute la confiance qu'il tâchoit d'inspirer à la garnison et aux habitans de cette grande ville, il se trouva plusieurs fois fort embarrassé. Il avoit au commencement du siège le sieur Paradis pour ingénieur, homme intelligent, connoissant bien sa partie, et surtout le local et les défauts de la place. Il s'étoit préparé à toutes les chicanes qu'il pouvoit faire aux ennemis, surtout dans les endroits foibles ; mais malheureusement il fut tué dans les premiers jours du siège, et le sieur Dupleix avouera que l'étude que son père lui avoit fait faire des mathématiques, et surtout de la partie des justifications, lui fut alors d'un grand secours; il -fut assez heureux pour se rappeler dans ce moment les connoissances qu'il avoit acquises en ce genre, en sorte que toutes ses opérations lui réussirent au-delà même de ses espérances.

« Ce que la Compagnie souhaitoit si ardemment, et ce qu'elle offroit même d'acheter si cher, lui réussit d'autant mieux, comme on vient de le voir, qu'il ne lui en coûta rien ; il est vrai, comme on le dira dans la suite, qu'Anaverdikan, nabab d'Arcate, avec qui nous venions de traiter, ne fut pas longtemps fidèle à ses engagemens. Aussi le sieur Dupleix, qui connoissoit depuis longtems son caractère perfide, et la haine naturelle qu'il portoit aux François, prit-il toutes ses mesures et toutes les précautions possibles pour tirer diligemment parti d'un traité, sur lequel l'expérience ne lui avoit que trop appris à ne point compter. Il se hâta donc de profiter de la liberté des communications par terre, pour faire entrer dans Madraz €t dans Pondichéry, toutes les provisions qu'il put ramasser, persuadé que s'il paroissoit à la côte, quelque escadre angloise, comme on s'y attendoit, le nabab violeroit le traité fait avec nous et que dès lors il nous couperoit les vivres ('). »

La lettre des directeurs de la Compagnie des Indes, renfermait, nous l'avons vu, des conseils assez timorés.

Dupleix envoya huit cents hommes pour s'emparer de •Gondelour, le seul point de débarquement possible des Anglais vers le fort Saint-David. Une ingénieuse manœuvre de Laurence força les Français à regagner en désordre Pondichéry. Les soldats reprirent seulement du courage et du sang-froid en rencontrant le gouverneur, près d'Ariancoupam, et en se sentant appuyés par les solides remparts du chef-lieu de nos établissements.

L'activité de Dupleix tenait du prodige; s'inspirant, comme

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