‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 37 sur 128 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

gner le fort Saint-David. En conséquence de cette décision, ils rembarquèrent leur artillerie, et le i6 ils mirent le feu à leurs batteries. Le 17, au matin, leurs troupes de terre commencèrent à reprendre la route du fort Saint-David, où elles arrivèrent le même jour. Les rivières qu'elles eurent à passer, étoient si grosses, et les chemins si rompus, par une forte pluye qui étoit tombée la nuit précédente, qu'il n'y a point de doute que la retraite ne fût devenue impossible si elle avoit été différée de quelques jours. La garnison de Pondichéry étoit composée de dix-neuf cens Européens et de trois mille noirs. Les forces de l'amiral Boscawen, quand il partit du fort Saint-David pour assiéger cette place, consistoient en deux mille six cens quatre-vingt-dix soldats, cent quarante-huii hommes du corps de l'artillerie, mille quatre-vingt-dix-sept de marine, et deux mille noirs, qui n'ont été que de peu d'utilité ('). Cet am.iral a perdu pendant le siège sept cens cinquante-sept soldats, quarante-trois canonniers, et deux cens soixante-cinq matelots. »

M. TibuUe Hamon, relate l'anecdote suivante : « Dupleix se multipliait et se portait partout où il y avait du danger; la veille de la levée du siège, voyant un groupe de soldats et de cipayes effarés devant une bombe dont ils attendaient en tremblant l'explosion, avança froidement vers le projectile et réclatement produit, le nuage de fumée et de poussière dissipé, dit avec le plus grand calme : « Vous voyez bien, enfans, que cela ne fait pas de mal. »

JoannaBegoum fut à la fois l'aide-de-camp et le ministre des affaires étrangères de son mari. L'ascendant exercé par elle sur les Hindous et même sur les cipayes anglais lui procura d'excellents espions qui la renseignèrent exactement et sûrement sur tous les agissements de l'ennemi et permirent ainsi de renverser tous les projets de l'amiral.

'Lq Journal de Verdun, de mai 1749, publiait cette note:

« En actions de grâces des heureux succès du chevalier Dupleix, commandant des forts et écablissemens françois aux grandes Indes, M. Dupleix son frère, fermier général, marie douze filles qu'il a fait choisir depuis 18 jusqu'à 26 ans entre les plus pauvres de ses paroisses du Soissonnois. Il dote chaque ménage de 150 livres en

I. Ces chiffres ne concordent pas avec ceux de Dupleix et de M.^ Tibulle Hanion; ils leur sont inférieurs, probablement dans le but de diminuer l'importance de l'échec subi par les Anglais.

argent, outre l'habillement uniforme complet, et le linge double, tant des filles que des garçons qu'elles épouseront de leur gré. Il se charge des frais des contrats, et des noces qui se feront toutes le

même jour et à la même messe Voulant en même tems exciter

l'industrie, et l'économie dans ces familles, il donnera dans dix ans, 20 pistoles au premier, et roo livres au second des deux ménages ]es plus aisés, dans l'état des biens qu'ils produiront alors, les enfans qu'ils auront élevés, évalué chacun à 10 écus par an, en sorte qu'un enfant de 5 ans sera porté dans cet état pour 150 livres ; un autre de 8 ans pour 240 livres ; et ainsi des autres suivant leur âge. »

C'était unir la charité à l'affection fraternelle.

L'heureux vainqueur de Pondichéry célébra son succès par une pompe critiquée ensuite comme un acte de vaine jactance. M. Cartwright en donne ainsi la raison :

« La vérité est qu'à ce moment les conséquences morales de cet heureux dénouement de la défense de Pondichéry étaient immenses, en raison de son effet sur les Indiens. Dupleix, le fait est certain, avait, par suite de son amour naturel du luxe, un goût instinctif pour l'apparat ; mais ce qui n'est pas moins certain, c'est que le grand déploiement de faste auquel il se livrait parfois, avait chez lui pour premier mobile, le besoin de frapper l'esprit des indigènes de l'idée de sa puissance.

« Les Asiatiques avaient surveillé d'un œil curieux le siège de Pondichéry. Pour eux, ce siège était l'événement qui devait prouver si le grand gouverneur français qu'ils avaient commencé à craindre, était vraiment l'homme invulnérable qu'ils s'étaient imaginé ou s'ils pouvaient impunément se tourner contre lui. Donc, en célébrant très haut sa victoire par de splendides Te Dein/i et en annonçant son triomphe au Grand- Mogol lui-même, en des termes qui, pour nous autres Européens, sentiraient fort l'exagération, Dupleix ne faisait absolument que ce qui, à ce moment critique, devait le mieux frapper des imaginations orientales. Les résultats de son succès n'étaient pas non plus en eux-mêmes chose de mince valeur. Les x\nglais conçurent de leur échec un tel découragement, que, s'enfcrmant dans le fort Saint-David, ils renon-

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