I. Mémoires de Dupleix, p
mencé l'attaque de vos postes avancés, ne nous laissoient rien à désirer, ni sur les précautions que vous aviez prises, ni sur les dispositions courageuses que vous aviez inspirées à la garnison et à tout le monde, mais nos démonstrations de joye devoient-elles être moindres, lorsque le 20 du mois passé un courrier dépêché par M. Durand, notre agent à Londres, vint annoncer à la cour ce nouveau triomphe pour les armes de la Nation.
« S'il étoitdéjà bien satisfaisant pour vous, que la Compagnie pût dire que la prise de Madraz étoit due aux secours que vous aviez fournis à M. de La Bourdonnais : que c'étoit votre fermeté, la justesse de vos mesures, et le choix des braves officiers que vous aviez employés, qui avoient réduit les Maures à vous demander la paix ; que vous eussiez même enlevé le fort Saint-David aux Anglois, sans l'arrivée inopinée de l'amiral Griffin, et qu'enfin malgré la difficulté des communications pendant toute la guerre, vous aviez trouvé les moyens de pourvoir à la subsistance et à l'entretien des comptoirs de Chandernagor, de Karikal et de Mahé ; quels éloges ne méritezvous donc pas aujourd'hui lors que par l'utile et le glorieux usage que vous avez fait des secours que vous aviez reçus de M. David, vous venez de repousser les plus puissans efforts de nos ennemis, et conserver à la Compagnie tous ses établissemens.
« Nous attendons avec impatience les intéressans détails que vous nous aurez vous-même écrits sur ces heureux évënemens ; et en priant le Ministre de vouloir bien en rendre compte au Roi, nous le solliciterons d'obtenir de Sa Majesté quelque marque d'honneur proportionnée à l'importance d'un service aussi éclatant.
« Le Ministre a déjà approuvé que nous vous annoncions qu'il voudra bien encore demander au Roi une place pour vous dans la direction de la Compagnie, place que personne n'a mieux méritée que vous, et qui, en vous associant à notre administration, flatte également tous les membres qui la composent. Comme cette place se trouve quanta-présent être surnuméraire, c'est une preuve de notre empressement à vous la procurer, parce que vous serez le maître de rester ou de retourner aux Indes avec ce titre, ou quand le cas arrivera, de venir en France occuper la première place vacante qui par cet arrangement vous sera destinée.
« Comme nous devons supposer que plusieurs actions passées sous vos yeux, auront mérité quelques récompenses, afin d'encourager, nous approuvons à cet égard tout ce que vous aurez fait; et vous pouvez encore assurer ceux qui se sont distingués (et dont vous n'aurez pas manqué de nous envoyer l'état), que la Compagnie se portera avec zèle à leur faire obtenir les grâces dont ils seront susceptibles.
« Nous sommes touchés, de vous marquer dans une lettre de
félicitation, nos inquiétudes sur le sort de M. Paradis, que les nouvelles d'Angleterre ont dit avoir été blessé à mort dans une sortie et nous souhaitons qu'il ait pu être guéri de ses blessures. « Nous sommes, etc. (^). »
Dupleix reçut en récompense de sa défense de Pondichéry le cordon de l'ordre militaire de Saint-Louis.
I, AJéinoires de Dupleix, p. 33, 346! 35. — M. TibuUe Hamon rapporte ainsi la mort de Paradis : « Dupleix, aux premiers coups de pioche des Anglais, courait aux remparts, et, après une reconnaissance minutieuse, donnait l'ordre aux grenadiers de la Tour, aux dragons d'Autheuil, aux volontaires de Bussy de marclier en avant et de bouleverser les travaux de l'ennemi. Malheureusement et par la faute de l'ofhcier qui servait de guide, la colonne prit le chemin le plus long, le plus difficile, et fut aperçue de l'ennemi bien avant de pouvoir prononcer le plus léger mouvement offensif. La lenteur de la marche, causée par l'état bourbeux du sol où les canons et la cavalerie restaient enfoncés, servit encore les Anglais. Aussi, quand nos troupes arrivèrent près de la tranchée, ils la virent garnie par l'armée de Boscawen tout entière.
« Cependant l'élan était donné. Les Français entrèrent bravement dans le village qui constituait la première ligne des assiégeants. Un feu effroyable, partant des deux côtés à la fois, dispersa nos soldats. Beaucoup d'officiers étaient tués, et malheureusement Paradis était au nombre des morts. La défense venait de perdre un de ses meilleurs auxiliaires. Dupleix restait sans ingénieur, et tout le fardeau du siège allait peser sur ses épaules.
« Par bonheur, il était de taille à le porter. Voyant l'ennemi remuer, en face du bastion Saint-Joseph, des masses de terre de plus en plus volumineuses, craignant de voir démasquer toute une artillerie qui aurait raison des pièces de position du rempart, Dupleix fit élever une série de batteries établies sur les deux courtines et sur les glacis en face ; on en construisit une autre à cent soixante toises de la porte de Madras, destinée à prendre la tranchée en écharpe. Et toujours préoccupé de garder la supériorité de feu sur l'ennemi, il arma de canons deux nouveaux ouvrages. 11 avait rassemblé ainsi une trentaine de pièces dont l'ennemi ne soupçonnait pas l'existence. Dès les premières salves, dans ce duel d'artillerie, il fut évident que la place aurait l'avantage.... La nuit on faisait sortir les pièces de campagne qui canonnaient le camp sans relâche. Déplacées sans cesse, elles ne souffraient point. Et puis c'étaient des attaques sur les convois qui portaient les munitions de la flotte à l'armée. J>
Traité d'Aix-la-Chapelle. — Madras rendue aux Anglais. — Dupleix entreprend la conquête des Indes. — Ghanda-Saëb : Mouzaferzingue. — La Compagnie reçoit en présent Villenour et quarante aidées ou villages. — Situation de la Compagnie avant la guerre de 1749. — Défaite et miort d'Anaverdikan à Ambour. — Entrée de Chanda-Saëb et de Mouzaferzingue à Pondichéry. — L'empereur de Delhy demande la main de Mademoiselle Marie- Françoise-Gertrude Vincent, fille de Madame Dupleix ; le gouverneur refuse adroitement. — Mouzaferzingue donne àla Compagnie Mazulipatam et Bahour. — ^ Dupleix et les princes hindous. — Traité avec le roi de Tanjaour. — Jalousie des Anglais. — L'armée alliée, au lieu de marcher sur Trichinapaly, revient à Pondichéry.
■E secours mentionné dans la lettre de la Compagnie, envoyé à Pondichéry par David, gouver-
neur des Iles de France et de Bourbon, consistait £^^^^^ en deux cents hommes de troupes. Ce renfort arriva après la retraite des Anglais.
Au moment où Dupleix allait prendre l'offensive, il reçut notification du traité d'Aix-la-Chapelle. Madras était restituée à l'Angleterre ; en échange cette puissance nous rendait Louisbourg et l'île du Cap Breton, dans l'Amérique septentrionale, golfe de Saint-Laurent. Heureusement cet événement ne diminua en rien le prestige de Dupleix aux yeux des Hindous et la paix conclue entre la France et l'Angleterre allait lui permettre de poursuivre la conquête des Indes.
Nizam-El-Moulouk était toujours soubab du Dékan et Anaverdikan commandait encore au Carnate.Ces deux princes haïssaient foncièrement le gouverneur français comme s'ils avaient eu un pressentiment de son rôle prochain.
De son côté, Dupleix ne voulait rien entreprendre ouverte-
ment pendant leur règne, mais ne négligeait aucun procédé diplomatique pour préparer ses voies. Il eut soin de garder tout son effectif de troupes : deux mille Européens, trois à quatre mille Cipayes; perfectionna et augmenta une artillerie déjà excellente.
Les Anglais, M. Cartwright le reconnaît lui-même, se préoccupaient peu du traité de paix ; réduits à leurs dernières ressources au fort Saint-David, ils acceptèrent les avances d'un prétendant au trône de Tanjaour qui leur offrait une cession de territoire, s'ils lui prêtaient un secours matériel et en armes.
Au nord de la péninsule hindoue, les Mahrattes faisant coïncider leur mouvement avec les révoltes de petits chefs locaux, menaçaient encore le sud d'une nouvelle invasion.
Leur célèbre Ragodjhi Bosla (nous l'avons consigné plus haut) avait emmené en captivité Chanda-Saëb, nabab de Trichinapaly. Ce rusé personnage avait su se concilier peu à peu les bonnes grâces du vainqueur. A l'aide de négociations secrètes avec Ragodjhi Bosla, Dupleix (comme il le dit formellement dans ses Mémoires (ï), et n'en déplaise à M. Cartwright qui soutient le contraire), réussit à obtenir la mise en liberté du nabab.
Par une lettre curieuse if), adressée du pays des Mahrattes et datée du commencement de l'année 1749, Chanda-Saëb raconte à son libérateur les événements survenus depuis la prise de Trichinapaly et les tentatives d'un arrangement avec le chef mahratte ; il annonce être parvenu à une entente et devoir arriver bientôt à la tête d'une puissante armée pour lutter contre Nizam-El-Moulouk.
Dupleix envisagea sur-le-champ les conséquences possibles d'une situation pareille et résolut de se substituer à Ragodjhi-Bosla, de prêter aide et assistance à Chanda-Saëb afin d'en faire tout simplement la vassal de la France.
Sous sa propre responsabilité et avec cet esprit de décision,