‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 43 sur 128 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

soldats européens, commandés par le comte d'Autheuil. Par une lettre, du 28 juillet 1749, il instruisit la Compagnie de tout cela et des munificences de Chanda-Saëb :

«... Chanda-Saëb accompagné du successeur de Nizam, étant sur la frontière de cette province, et m'ayant écrit de lui dépêcher son fils, avec tous les Cipayes, et d'y joindre 2000 soldats, je l'ai fait pardr avec tous les premiers et lui ai donné 400 Européens, avec les officiers que lui-même m'a désignés, c'est le sieur d'Autheuil qui commande le détachement ; le tout est arrivé à Arcate sans avoir trouvé la moindre résistance, et j'attends tous les jours la nouvelle de la jonction de Chanda-Saëb avec son fils; le vieux nabab se tient à 20 lieues avec les débris de quelques cavaliers, qui, non plus que lui, ne songent qu'à fuir et à abandonner le pays en le ravageant autant qu'ils peuvent. Ce détachement de blancs est aux frais de Chanda-Saëb pour tout ce qui s'appelle vivres, transports, etc. Je n'ai pas cru qu'il convînt que les appointemens des officiers et le prêt du soldat fût pour son compte ; payer là ou ici la dépense est la même pour la Compagnie, et ce secours paroit être donné avec plus de générosité; tous les Cipayes en général sont tous pour son compte, et avant le départ d'ici, les comptes depuis le premier de mars ont été arrêtés, il en a fait un billet payable aussitôt qu'il sera possible; mais le but principal pour la Compagnie, et la principale condition pour obtenir de moi ces secours et ces avances, a été la cession pure et simple de Villenour, avec 40 aidées qui en dépendent, et dont le revenu avec le tems formera un objet de "plus de 20 mille pagodes de rente, il ne monte actuellement qu'à 14 ou 15 mille pagodes ; la fuite de la plupart des habitans occasionnée par les vexations du gouvernement ]Maure l'a réduit à ce modique revenu, il n'y a pas de doute que sous notre gouvernement le nombre n'en augmente, et que toutes les terres seront cultivées comme elles le doivent être ; je compte aussi y attirer nombre de tisserans ; plusieurs de ces aidées ont des bois, que l'on appelle taupes dans ces contrées, qui sont très convenables à ces ouvriers, et en facilitant aux premiers les moyens de s'y établir, et leur procurant continuellement de l'occupation, ils abandonneront des lieux où une vexation continuelle les réduit toujours à la misère. Madrass n'ayant pu me servir à obtenir cette petite province, je me suis retourné d'un autre côté ; je souhaite que la Compagnie soit satisfaite de ma négociation (^). »

Avant cette guerre de 1749, la Compagnie possédait aux Indes Orientales :

I. Mémoires de Diipleix, pièces justificatives, no II, p. 5 et 6. — Ces aidées ou villages environnaient pour la plupart Pondichéry, à l'ouest.

A la côte de Coromandel : Pondichéiy ; son comptoir de Karikal ; une loge à Mazulipatam et à Yanaon ;

Au Bengale : Chandernagor et les loges de Balacor, Daka, Cassembazard, Jougdia et Patna :

A la côte de Malabar : Mahé et les loges de Surate et de Calicut.

La plupart de ces établissements, comptoirs ou loges subsistaient dès le temps de l'ancienne Compagnie des Indes Orientales, excepté Mahé, Yanaon. Karikal et Patna, ajoutés par la Compagnie de 17 19, dite des Indes.

Mahé était encore un établissement ruineux. Depuis quarante ans on ne faisait plus de commerce à Surate ; les employés résidents étaient uniquement occupés à liquider les dettes de la première Compagnie. Calicut était abandonné ; dans la saison favorable un commis s'y rendait pour procéder aux achats.

Karikal ne procurait aucun objet de commerce. Les revenus étaient de beaucoup dépassés par les dépenses, les frais de l'artillerie, munitions, armes, etc.

Le produit de Yanaon n'avait pas encore égalé la dépense.

Chandernagor et Patna brillaient grâce au génie de Dupleix.

Les revenus de Pondichéry n'avaient jamais dépassé vingtcinq mille pagodes, soit deux cent mille livres tournois.

Avant la guerre de 1749, les livres de la Compagnie le constatent et le prouvent, ces établissements réunis ne fournissaient pas plus de cent vingt mille roupies (revenu fixe) et encore payait-on une redevance annuelle de 7,500 roupies au roi de Tanjaour !

La pensée de Dupleix en contribuant habilement aux hostilités du côté de Mouzaferzingue et de Chanda-Saëb était de ne pas rompre avec la cour de Delhy. Le gouverneur de Pondichéry était en même temps représentant du Grand- Mogol et masoubdar, il ne pouvait oublier ces titres et ces engagements, autrement la Compagnie eût été ruinée mora-

Minaret de Delhi, capitale du Grand Mogol.

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