‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 47 sur 128 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

Maures pour éviter le poison. Mais tant qu'il demeura à Pondichéry, Mouzaferzingue n'usa de cette espèce de cérémonie que pendant les deux premiers jours. Le reste du temps, il voulut témoigner aux Français qu'il se croyait plus en sûreté chez eux qu'il n'eût pu l'être chez son propre frère. Cette marque de confiance frappa tous les seigneurs maures qui étaient à la suite du soubab. Elle leur parut d'autant extraordinaire, que Mouzaferzingue avait alors tout à craindre de Nazerzingue et de plusieurs autres ennemis.

« Mouzaferzingue est un jeune prince de vingt-cinq ans, d'une taille moyenne, aussi blanc qu'un européen, d'une figure prévenante et d'une politesse infinie.

« Quelques jours après son arrivée à Pondichéry, le Gouverneur le régala d'un très beau feu d'artifice, qu'il fit tirer, et dont le soubab qui n'en avait jamais vu de pareil, parut très satisfait. Il marqua aussi avoir quelque envie de voir un combat entre deux corps de troupe européens, et on lui en donna le plaisir. Les troupes commandées étaient accompagnées de quelques petites pièces de campagne, de celles qui tirent plusieurs coups à la minute. Après plusieurs évolutions, elles marchèrent à l'attaque de la forteresse, selon l'ordre qu'on leur en avait donné. En même temps deux vaisseaux d'Europe, qui étaient en rade, imitèrent entre eux un combat naval. Les Maures étaient dans l'admiration. On entendit dire à cette occasion à Mouzaferzingue lui-même, en langue indoustane, que, s'il avait à ses ordres mille dragons français, il ne balancerait pas un instant à aller attaquer Nazerzingue dans Golconde et Aurengabad, sans avoir besoin de ses propres troupes.

« Un autre jour, on fit jeter en sa présence quelques bombes, dont les Maures ont une très grande frayeur. Ils ont bien quelques fusées qu'ils lancent dans le combat contre la cavalerie pour y mettre le désordre; mais elles ne crèvent point et ne s'élèvent pas assez pour pouvoir être jetées dans une place ennemie.

« Après s'être délassé pendant quelques jours à Pondichéry, et s'être fait réciproquement des présents, Mouzaferzingue s'acquitta auprès du Gouverneur de la commission dont l'empereur l'avait chargé, de demander sa belle-fille en mariage (').

« Dupleix s'excusa de répondre sur-le-champ sur une affaire aussi sérieuse: il dit seulement au soubab qu'il se tenait fort honoré de la demande de l'empereur; mais que la différence de religion semblait rendre cette union impraticable (^). »

1. Mademoiselle Marie-Françoise-Gertrude Vincent, fiancée, plus tard, au marquis de Bussy, l'un de nos plus brillants officiers de l'Inde. Nous devons à l'extrême obligeance de M. P. Margry, ancien archiviste du ministère de la Marine et des Colonies, l'indication des prénoms de Meiie Vincent.

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