CHAPITRE SIXIEME
« Depuis le départ de ce seigneur, qui est campé à quatre lieues d'ici avec une armée bien considérable (elle étoit d'environ 45 à 50,000 hommes), je travaille avec Chanda-Saëb à régler quelques comptes, et les nouveaux secours qu'il me demande en argent et en troupes pour aller à Trichinapaly pour se rendre maître de cette place, dont un des fils du dernier nabab d'Arcate (^lametalikan), est en possession. Je compte lui donner Soo blancs et 300 Cafres et Topases, avec un train d'artillerie de campagne, le tout à ses dépens et sans qu'il en coûte rien à la Compagnie. Cette expédition terminée, il y a lieu de penser que tout sera soumis depuis le cap Comorin jusqu'à la rivière de Krisna, au sud de Masulipatam. La Compagnie peut être assurée que dans toutes ces expéditions j'aurai toujours ses intérêts en vue, et que le nom françois acquière une grande réputation dans l'Inde. Pour ne point diminuer les fonds que nous avons actuellement en caisse, j'ai engagé les particuliers de la colonie à faire une avance de 200 mille roupies (de notre monnoye 480,000 liv.) remboursable sur le revenu de certaines terres qui seront à notre disposition jusqu'à remboursement. Je travaille d'un autre côté à lui faire trouver (à Chanda-Saëb) cent mille autres roupies. Ainsi ce seigneur aura obligation de tout à la nation et à la Compagnie. Il paroit bien reconnoissant, je souhaite qu'il continue dans les mêmes sentimens.
« Voilà où j'en suis avec ces deux seigneurs ; j'entrerai par une autre occasion dans un plus ample détail, etc. »
Dupleix veut donner au nom français une grande réputation dans les Indes! Il n'a point d'autre souci dans son ardent patriotisme et, connaissant la rapacité de la Compagnie, il prend toutes ses mesures pour lui éviter des frais de guerre afin de se conserver toute liberté d'action. Dans la crainte de nuire aux opérations journalières de la Compagnie en lui faisant faire par elle-même les avances demandées, il aide les princes de sa fortune personnelle et de son immense crédit! Dupleix commettait en cela une faute grave ; il avait trop de confiance dans la Compagnie et, quelques années plus tard, elle devait lui montrer toute l'étendue de son erreur !
Depuis le mois d'octobre 1749, la Compagnie dépensa fort peu ; Dupleix suffit à tout. Pour le remboursement de ces avances, Mouzaferzingue et Chanda-Saëb établirent, dans la province du Carnate, un receveur spécial, nommé Papiapoulé avec ordre de remettre en leur acquit au gouverneur de Pon-
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dichéry, une partie des fonds perçus dans cette nababie. Dupleix, comme aujourd'hui Rothschild, était donc le banquier des princes Hindous, il leur avait ouvert un compte. Il se serait trouvé pleinement remboursé, comme la Compagnie le fut elle-même, et il n'aurait pas été dans la nécessité de demander à celle-ci son paiement, comme nous le verrons dans la suite, si par un abus inqualifiable de pouvoir, Godeheu n'avait, en 1754, fait emprisonner Fapiapoulé et ne s'était emparé des revenus du Carnate, gage et sûreté de l'infortuné Dupleix !
Les princes se remirent enfin en campagne dans les derniers jours d'octobre 1749.
En passant sur les terres du roi deTanjaour, ils se souvinrent des dettes restées impayées jusqu'à ce moment par cet opulent vassal et tributaire du soubab du Dékan. Ils perdirent un temps précieux à assiéger sa capitale afin de lui faire rendre gorge, et refusèrent de déférer aux sages conseils et aux plans excellents de Duquesne, qui commandait nos troupes.
Le 31 décembre 1749, un traité fut signé. Il était assez avantageux. Le roi de Tanjaour s'obligeait : 1° à payer aux princes 17 millions ; — 2° à décharger la Compagnie des Indes de sa redevance annuelle; cette clause avait été inspirée par Dupleix ; — 3° à abandonner à la Compagnie et à la convenance de celle-ci 81 aidées dans la dépendance de Karikal. Dupleix voulait obtenir pour ce comptoir l'extension acquise par Pondichéry. Ce traité fut mal exécuté grâce aux intrigues des Anglais.
Jaloux de notre prépondérance, les chefs britanniques mirent tout en œuvre pour traverser les projets des princes. Ils s'emparèrent de Saint-Thomé ou Méliapour, sans aucun prétexte, ni déclaration de guerre, contre les Portugais ou les Hindous. Ils se lièrent avec le roi de Tanjaour et l'engagèrent à regarder son traité comme lettre morte. Voyant notre armée et celle des princes se diriger sur Trichinapaly, ils