CHAPITRE SIXIEME
envoyèrent sous la conduite de Copes, des troupes, de l'artillerie et des munitions au secours de cette place. Ils négocièrent, en même temps, avec Nazcrzingue pour l'attirer dans le Dékan en lui promettant un renfort de 3000 Européens et de 100 bouches à feu.
Ces faits sont irréfutablement prouvés par les documents originaux de Floyer, Lawrence, Tender, gouverneurs des établissements anglais.
Effrayés par cette intervention, les troupes indiennes refusèrent d'avancer et les princes durent les ramener à Pondichéry.
^ Cl)apitre septième»
Nazerzingue menace le Carnate. — Dispositions habiles de Dupleix ; sa correspondance avec le comte d'Autheuil ; sa diplomatie avec Nazerzingue. — Révolte des officiers de la Compagnie. — Retraite de d'Autheuil. — Mesures prises par Dupleix. — Mouzaferzingue tombe entre les mains do Nazerzingue. — Bonne nouvelle annoncée par madame Dupleix. — Instructions du gouverneur-général à ses ambassadeurs auprès de Nazerzingue. — Héroïsme de Prévost de la Touche et de ses trois cents compagnons. — Victoire du comte d'Autheuil sur Mamet-Alykan, fils d'Anaverdikan. — Le marquis de Bussy à Gingy. — Dupleix ourdit un complot contre Nazerzingue. — Ce prince est vaincu et tué sur le champ de bataille. — Mouzaferzingue est proclamé soubab du Dékan. — Il vient à Pondichéry se faire couronner, nomme Dupleix nabab. — Lettre de Dupleix à la Compagnie. — Cadeau à madanae Dupleix.
^^^^^gOUPIL, commandant des forces françaises en
G^ remplacement de Duquesne, mort d'une fièvre g violente, étant aussi tombé malade, le comte Uw^W^n d'Autheuil, guéri de sa blessure, se remit à la tête de nos troupes.
Dupleix très mécontent non seulement des troupes indigènes, mais encore des mauvaises dispositions manifestées sourdement par plusieurs officiers français, et informé de la marche de Nazerzingue, qui approchait avec son armée des frontières du Carnate, crut devoir essayer d'entamer des négociations, sans cependant interrompre les opérations arrêtées pour la campagne.
Chaque nabab, chaque rajah, avait dû envoyer son contingent pour grossir l'armée du rebelle. Resplendissant d'or, éblouissant de pierreries, Nazerzingue passa en revue, sous les murs de Gingy, cette immense multitude qui comprenait
plus de trois cent mille combattants, traînant, avec eux huit cents pièces de canon et treize cents éléphants. Il avait reçu des Anglais un secours de huit cents hommes, sous les ordres d'un officier fort distingué, le major Lawrence.
Rajah et sa Famille.
Malgré la paix d'Aix-la-Chapelle, Français et Anglais étaient prêts à se mesurer encore sur le sol hindou.
« La façon d'agir de ces gens-là, qui préfèrent à l'alliance du plus grand monarque celle d'un gueux de nègre, est inouïe, disait Dupleix. Mais aussi comment résister à l'appât d'une
somme de cent mille roupies, avec quoi Lawrence a jugé à propos de se boucher les yeux, tant sur l'intérêt de sa nation que sur l'atteinte formelle que des sujets aussi peu autorisés ont la hardiesse de donner aux alliances les plus solennelles? Floyer a eu la bonne part. Lawrence s'est fait tirer l'oreille, parce que la somme offerte n'étoit pas assez forte. Copes a aussi vigoureusement poussé à la roue. Ainsi deux sujets, qui en Europe seroient tout au plus lieutenants, ont l'audace de déclarer la guerre au roi de France. La chose est risible, »
A Pondichéry, l'épouvante était à son comble ; seul Dupleix conservait un imperturbable sang-froid. Cependant, sur les conseils de Lawrence, Nazerzingue pouvait marcher sur la ville, l'investir et la ruiner de fond en comble. Dupleix était assez habile diplomate pour tromper le plus roué des Asiatiques. Il endormit l'envahisseur et le plongea dans une inaction semblable à celle d'Hannibal à Capoue ; il imita le système temporisateur de Fabius Cunctator et sauva ainsi encore une fois son gouvernement.
Sur l'ordre de Dupleix, le comte d'Autheuil était allé camper à Valdaour. Le gouverneur général avait peu de confiance en ses alliés asiatiques ; il le marquait ainsi dans sa lettre du 26 février, à son lieutenant et ami : « Vos craintes sont fondées sur nos alliés, et en ce cas (ils étaient sur le point de conclure une paix particulière avec Nazerzingue) ; je ne vois pas d'autre parti à prendre que celui de l'accommodement. La demande ne se fera pas de ma part Vos nababs peuvent agir seuls, s'ils ne veulent pas marcher à l'ennemi. Tout ce que je puis faire sera de les protéger jusqu'à la conclusion du traité. Pourtant le parti le plus sûr c'est de tomber sur l'ennemi ; votre artillerie seule est capable de le foudroyer... Vous avez plus de blancs que lui. La crainte que vous pouvez, avoir au sujet de vos alliés est de même dans l'autre camp. >
Par des dépêches de David, commandant des Iles de France et de Bourbon, la Compagnie avait appris la nouvelle de la victoire d'Ambour et elle écrivait, le 17 mars 1750, à Dupleix :