‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 57 sur 128 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

mis, en s'écriant : «Qui m'aime, me suive!» Voici la dépêche caractéristique du gouverneur-général :

« Honneur, gloire et salut à la Divine Providence et à vous. Les nouvelles que je reçois de tous côtés m'annoncent un grand succès; j'en attends les détails avec la plus vive impatience. Je vous embrasse. J'embrasse La Touche, Bussy, Puymorin et tous vos braves officiers. La joie de ma femme est comme la mienne sans réserve. »

Bussy ! Voilà enfin son nom sous notre plume ! « Il était, dit M. Cartwright, doué des plus brillantes qualités de l'homme de guerre et du politique... Ayant perdu son père tout enfant et n'ayant à peu près pour tout bien que son blason, il était venu chercher fortune dans les Indes, où il avait servi dans l'origine à l'île de France sous La Bourdonnais, qu'il avait suivi à Madras. Le marquis de Bussy offrait un frappant contraste avec la plupart de ses camarades, les officiers de la Compagnie. Aux manières les plus séduisantes, à l'esprit le plus entreprenant, il joignait un grand amour de l'étude et il avait fini par connaître à fond l'histoire, les mœurs et la langue de l'Inde. Les éminentes qualités du jeune officier éveillèrent toutes les sympathies du cœur de Dupleix ; il lui donna toute sa confiance et le traita comme un fils (').

« La promptitude à apprécier le mérite et à le reconnaître ouvertement, sans le plus petit sentiment de jalousie personnelle, était, en effet, un des traits saillants du grand caractère de l'illustre Gouverneur. »

Nous ne pouvions laisser ignorer à nos lecteurs ce double hommage rendu par l'auteur anglais aux deux plus constants ennemis de sa nation. Bien longtemps après le rappel de Dupleix, après les aventures de Lally-Tollendal, Bussy combinant ses mouvements avec ceux de l'amiral bailli de Suffien, fut le dernier officier français qui ait essayé d'arracher un lambeau de l'Inde, un vestige de nos anciennes pos-

1. Charles-Joseph Pâtissier, marquis de Bussy- Castehiau, était né en 1718, au village de Bury, près Soissons.

sessions, à la domination britannique triomphante. Il mourut lieutenant-général, à Pondichér)^, en 1785. M. Cartwright n'ignorait rien de tout cela, aussi doit-il être loué sans réserve pour son respect de la justice et de la vérité !

La victoire de Tiravady devait amener l'occupation de Gingy, formidable citadelle assise sur un rocher à pic et réputée imprenable par les Hindous. Située dans les montagnes, à quatorze lieues ouest de Pondichéry, elle avait deux lieues de tour ; ses murailles étaient bien bâties ; défendue par des Européens, cette place, au dire de Dupleix, pouvait résister à toutes les forces de l'Asie.

Le Gouverneur-Général reçut de Bussy un plan d'attaque complet contre Gingy. Il écrivit, sans tarder, à d'Autheuil : « Bussy veut marcher sur Gingy ; cela rentre absolument dans mes idées : il nous faut cette place, Bussy y tient, et puis peut-on refuser ce plaisir à Bussy? Concertez-vous donc pour les détails de l'opération. Je fais fabriquer des échelles pour l'escalade. »

Le comte d'Autheuil fit partir vers Gingy un fort détachement, sous les ordres du marquis de Bussy; d'Autheuil devait suivre lui-même quelques jours après avec toute l'armée. Le neuvième jour de sa marche, ce détachement campa à une lieue de Gingy et le même jour, 11 septembre 1750, Bussy fut informé d'une attaque probable de Mamet-Ali-Kan, qui croyait cette avant-garde trop éloignée de l'armée pour être secourue à temps. Les ennemis parurent en effet; ils formaient un corps de dix à douze mille hommes, parmi eux se trouvaient mille Cipayes anglais. Leur artillerie se composait de huit pièces de canon.

Bussy se mit en bataille à la tête d'un petit village, où il plaça quelques compagnies d'infanterie ; il attendit de pied ferme les Hindous, soutenus par le feu de leur artillerie servi par des Européens. Les soldats de Mamet-Ali-Kan s'approchèrent à portée de pistolet. On en vint alors aux mains et l'action fut fort vive. La cavalerie indienne ne put soutenir

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