CHAPITRE SEPTIEME
nos feux de mousqueterie et d'artillerie (4 pièces de canon), elle commençait à se rompre lorsque le comte d'Autheuil parut avec le gros de l'armée. L'épouvante se répandit parmi les ennemis, nos troupes profitèrent de leur désordre pour s'emparer de leur artillerie. Tous les Européens qui la servaient furent tués ou faits prisonniers. La déroute devint générale. On poussa les Hindous, l'épée dans les reins, jusque sous le canon des forts de Gingy.Rien n'arrêtant Bussy,il s'avança jusqu'aux portes de Gingy, les força et entra dans la ville où il fut suivi le soir même par toutes nos troupes.
La citadelle restait à prendre. Pour ne pas donner aux ennemis le temps de respirer, Bussy prit aussitôt ses dispositions pour l'assaut. Il forma plusieurs détachements, indiqua les forts à conquérir et donna le signal de l'attaque. Il s'élança lui-même avec un peloton contre la redoute la plus forte. A l'aurore nous étions maîtres de tous les ouvrages ; nous avions perdu l'un de nos plus braves officiers et une vingtaine de soldats. Toutes les troupes indiennes trouvées dans la place furent passées au fil de l'épée, à l'exception du gouverneur de la citadelle, qui fut fait prisonnier. On recueillit une grande quantité de beaux canons de fonte, de vivres, de munitions de toute espèce, et un prodigieux amas de plomb équivalant à la charge de trois mille bœufs.
Dupleix, dans sa profonde connaissance du caractère hindou, pressa immédiatement le comte d'Autheuil de rejoindre Nazerzingue: « Il ne faut même pas, écrivait-il, laisser penser à l'ennemi que l'on s'amuse à Gingy; il faut lui faire voir qu'on veut le poursuivre partout, même à Arcate. Il est donc de toute nécessité de pousser en avant. Comme ces chiens de Maures changent facilement de sentiment, il faut toujours les tenir dans la crainte. Ainsi mettez-vous donc en mouvement. »
Tant de succès en si peu de temps achevèrent de jeter le désespoir dans le parti de Nazerzingue, surtout à la nouvelle de la marche des Français sur Arcate. Pressé et par les murmures de son armée et par les représentations de ses prin-
cipaux officiers, il parut déterminé à nous livrer bataille. Il décampa d'Arcate et s'avança jusqu'à quatre lieues de notre armée. Mais les pluies continuelles commençant alors à tomber, les débordements des rivières rendirent la campagne impraticable; de part et d'autre, on fut obligé de rester pendant deux mois dans l'inaction. Depuis le mois de septembre jusqu'aux premiers jours de décembre,nos troupes demeurèrent campées à une lieue de Gingy, le seul endroit où elles pouvaient recevoir facilement des vivres soit de cette ville, soit de Pondichéry. Malgré le mauvais état des chemins et les partis hindous répandus çà et là, Dupleix trouva toujours moyen de pourvoir à la subsistance de l'armée.
Le 30 septembre, la Compagnie s'expliquait ainsi auprès de Dupleix:
« Nous avons peu de choses à ajouter aux réflexions dont nous vous avons fait part dans notre lettre du 25 juillet dernier, sur le nouveau secours que vous aviez donné à Chanda-Saëb. C'est pour répondre aux engagemens que vous avez pris avec lui, et avec le successeur de Nizam, que nous n'avons pas hésité à vous faire passer par les vaisseaux de cette expédition les 300 soldats que vous nous demandez
« Si l'exécution de vos projets nous annonce les espérances les j plus flatteuses, et des revenus bien considérables pour la Compagnie, j les moyens qui doivent être employés pour les faire réussir, nous ! font en même tems connoitre que l'ennemi, qu'il est question de j vaincre, paroit redoutable, dès que le Mogol, malgré sa puissance secondée de l'armée du soubab, est encore obligé d'avoir recours au rajah des Marates. Il faut, comme vous l'observer vous-même, que ce soubab et ce rajah ayent en eifet une idée bien avantageuse de nos troupes, lorsqu'ils comptent moins sur la réunion de tant de forces, que sur la jonction de cette poignée d'hommes que vous pouvez leur fournir et rien n'est plus honorable à la nation
« Nous attendons avec impatience les nouvelles du succès de l'expédition de Trichinapali qui aura décidé les opérations qui la dévoient suivre; et nous devons croire par ce qui s'est passé après la capitulation de Tanjaour, que le successeur de Nizam remplira avec la même fidélité tout ce qu'il nous a promis, s'il exécute tous les projets dans lesquels vous devez le seconder
« Nous avons eu un vrai plaisir à vous accorder le congé que vous nous avez demandé, et de la façon qu'il pourroit vous convenir. Si