‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 6 sur 128 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

1726,11 resta à Pondichéry. Enfin, à la satisfaction unanime de la colonie, il fut, en 173 1, nommé gouverneur de Chandernagor.

Cet établissement, situé dans la nababie de Bengale, était réduit à une situation absolument précaire.

« Ce que l'on attend de moi, écrivait sur ces entrefaites Dupleix, c'est le rétablissement d'une colonie manquant detout et d'oia l'indolence, le relâchement de la discipline, la pauvreté ont à jamais banni le commerce ! »

Avec son étonnante supériorité de coup d'œil, embrassant à la fois l'ensemble et les plus infimes détails, le nouveau gouverneur trouva immédiatement les remèdes nécessaires pour donner au comptoir une vie et une activité sans égales. Il avait, quelque temps avant sa nomination, adressé aux directeurs généraux de la Compagnie un plan de réorganisation ; ce plan avait été approuvé: restait à l'exécuter, à mener l'œuvre habilement et à procurer les grandes richesses convoitées.

De 1731 à 1740, dix mille maisons en briques s'élevèrent à Chandernagor ; quinze vaisseaux et soixante-douze bateaux furent construits pour servir au commerce journalier ! Il n'y avait pas une seule embarcation pouvant aider au négoce avant l'arrivée de Dupleix !

Après avoir fait des essais modestes mais fructueux à Pondichéry, Dupleix inaugura en grand, à Chandernagor, le trafic d'Inde à Inde jusqu'alors inconnu, ouvrit des communications et commerça le premier avec les villes de l'intérieur.

Les règlements autorisaient les agents de la Compagnie à pourvoir à l'approvisionnement des marchés de l'Inde ; les produits européens pouvaient y être conduits et échangés contre des roupies, des pagodes, etc. (^). Sous 1 impulsion de Dupleix, Chandernagor se transforma rapidement en un centre important de toutes les relations avec l'empire Mogol,

I. Monnaies de l'Hindoustan valant : la roupie, 48 sols ; — la pagode, 11 livres tournois.

la Perse, TArabie, la Tartane, la Chine (i), le Japon, en un mot avec toutes les contrées qui s'étendent de la mer Rouge à l'Océan Indien jusqu'aux Philippines. En échange des denrées et marchandises de toutes sortes, Dupleix encaissait l'or et l'argent des Asiatiques.

Le défaut de capitaux étant toujours le seul obstacle à la généralisation du commerce particulier, Dupleix avait joint aux économies faites à Pondichéry la fortune de ses parents; puis il eut des associés aux Indes.

La Compagnie félicitait ainsi Dupleix par sa lettre du 23 janvier 1734 : € Nous sommes bien aises de vous marquer notre satisfaction sur les mesures que vous avez prises pour faire fleurir le commerce particulier. Nous apprendrons avec plaisir les heureux succès de vos entreprises. Outre que la Compagnie sera charmée que ceux qui sont à son service prospèrent; il en résultera encore un grand bien pour la colonie, que le mouvement des armemens particuliers rendra vivante en opérant une circulation utile aux marchands et ouvriers. »

Le ministre le louait de même sur cet objet, comme sur tout le reste de son administration : « Je suis content, disait-il dans une lettre du 31 janvier 1734, de la conduite que vous tenez. Continuez à bien faire, et vous me trouverez disposé à vous protéger dans les occasions qui se présenteront. .. . Je vous recommande de vous attacher, comme vous avez commencé, à faire fleurir dans le Bengale le commerce particulier, duquel la Compagnie retirera toujours un grand avantage. >

I. La Chine s'appelait, au moyen âge.Cathai ou Khitaï: ce nom venait des Khitans qui occupaient les provinces septentrionales de l'empire, et fut conservé chez les Russes, jusqu'en 1825. Les Indiens, les Persans et les Arabes avaient commencé depuis longtemps à commercer avec les provinces méridionales de la Chine. Les Romains eux-mêmes y vinrent dans les premiers siècles de notre ère. Les Grecs de Byzance y pénétrèrent par le Nord, un peu plus tard, à la suite des caravanes de la Perse et de la Boukharie. Au moyen âge, des religieux visitèrent la Chine alors soumise aux Mongols . Marco-Polo la parcourut dans toute son étendue et nous a laissé un récit fort intéressant de ses voyages.

Le Cathai fut oublié pendant près de deux siècles, puis les Portugais en firent de nouveau la découverte, en 1517. Le XVIe siècle fut célèbre par la mission de saint François Xavier, l'apôtre des Indes ; les travaux évangéliques du P. Matth. Ricci et les efforts du P. de Rhodes. Pendant longtemps, les relations seules des RR. Pères Jésuites fournirent des renseignements sur cette vaste contrée.

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