CHAPITRE PREMIER
Dans une autre lettre, le même ministre s'exprimait en ces termes : « Ce que vous me mandez du commerce particulier me fait grand plaisir. C'est un détail que je ne trouve point de trop que celui que vous m'avez lait dans votre lettre ; aussi
je vous exhorte non seulement à faire tout ce qui dépendra de vous pour le faire fleurir, mais même pour l'agrandir, s'il se peut. C'est la bonne foi et la douceur de votre administration qui y contribueront plus que tout le reste. Comme je crois pouvoir compter sur l'une et l'autre, je ne doute pas que vous ne
m'instruisiez à l'avenir de l'augmentation de ce commerce. 5>
Le 31 décembre 1734, comme il le marque dans une lettre à la Compagnie, Dupleix avait, pour son compte ou celui de ses amis, dix à douze vaisseaux en mer ; à Surate, Moka, Jedda, aux Manilles, aux Maldives, à Goa, à Bassora, à la côte de Malabar.
Profitant de ces circonstances exceptionnelles, il crée pour la Compagnie un nouvel établissement à Patna, non loin de Bénarès, la ville sainte des Hindous. C'était un premier défi lancé àla concurrence britannique, en outre l'influence française l'emportait désormais dans ces régions. Lentement, mais à coup sûr, Dupleix jetait les bases de cet empire colonial qu'il destinait à la France, et exécutait le programme conçu dans ce sens pendant son séjour à Pondichéry.
« Nous sommes très satisfaits, lui écrivait la Compagnie, le 22 octobre 1735, de cet établissement, qui nous procurera annuellement le débouchement d'une partie considérable de draps, coraux (^) et autres marchandises des manufactures du royaume. Vous ne pouviez rien faire de plus utile pour l'État et pour la Compagnie. Pour vous donner des marques de sa satisfaction, elle vous accorde pour cette année une gratification de 1000 livres. »
Dupleix avait encore fait davantage cette année-là. Il avait été en état d'avancer lui-même à la Compagnie, qui manquait de fonds, les sommes nécessaires pour ses achats. Dans une lettre du 20 octobre 1735, le ministre, Orry, consacrait un paragraphe au service rendu par le gouverneur de Chandernagor : <i J'ai été extrêmement content de la vente qui vient de se faire à L'Orient ; c'est à vos soins en partie que la Compagnie est redevable de la réussite de ses ventes. Je serois
I. Ces coraux, provenant de la mer Méditerranée, étaient recueillis dans les eaux des Etats Barbaresques, de la Tunisie principalement. La Compagnie des Indes s'était substituée aux lieu et place de la Compagnie d'Afrique, établie en 1628, au Bastion de France entre la Calle et le Cap Rosa, et signataire de traités spéciaux avec le dey d'Alger et le bey de Tunis, — Voir notre Histoire Générale de la Tunisie, depuis 1590 avant l'ère chrétienne, jusqu'en 1883, pp. 313 et 327.