‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 64 sur 128 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

à haute et intelligible voix se contenter pour lui-même de la région située au-delà de la Khrisnha et nommer Dupleix nabab de tout le pays compris entre cette rivière et le cap Comorin, lui accorder à titre de fief personnel Valdaour, un jacqiiir ou pension annuelle de I00,CX)0 roupies, confirmer les droits de la Compagnie des Indes sur Mazulipatam et le privilège de frapper monnaie, prérogative de l'autorité souveraine dans rinde. Se tournant vers Dupleix, il protesta ne jamais accorder dans la suite la plus petite faveur sans être au préalable approuvé par Zapher-Zingue-Bahadour (toujours brave et victorieux) : ainsi appelle-t-il Dupleix, selon la coutume des princes asiatiques, en le revêtant du serpeau (robe à la maure, toque, ceinture, avec sabre, rondache et poignard) donné par l'empereur Aureng-Zeb à Nizam-El-Molouk.

Dupleix prit la parole pour répondre de son mieux à toutes ces marques d'estime et de considération. Il alla ensuite tirer Chanda-Saëb de la foule des princes et l'amena devant le soubab en déclarant, pour son premier acte de pouvoir comme nabab du Carnate, déléguer à ce vieil ami les privilèges et les bénéfices de cette dignité.

L'impression produite par cette détermination si politique, qui avait pour les assistants le mérite de la spontanéité,fut inoubliable. « Quels qu'en aient été les motifs, dit M. Cartwright, cet acte est un trait caractéristique de la généreuse nature et du grand cœur de son auteur. Jamais Dupleix n'oublia ni ne négligea ses amis ; et on le vit plus tard,quand il fut réduit à la misère par l'ingratitude de ceux qu'il avait si bien servis, partager son dernier écu et son dernier morceau de pain avec les hommes qu'il avait involontairement entraînés dans ses désastres. »

Mouzaferzingue distribua 1,250,000 aux troupes françaises et fit remettre une somme égale dans les coffres de la Compagnie, à compte des dépenses occasionnées pour et par lui. Les émotions de Dupleix sont exprimées avec une touchante simplicité dans sa lettre à la Compagnie du 1 5 février 175 1 ; il finissait ainsi:

« Les revenus immenses que ces nouvelles possessions vont vous produire, exigent de vous, i\Iessieurs, et des Ministres, les attentions les plus marquées. Que pouvoit-il arriver de plus heureux à la nation, que de faire son commerce dans toute l'Asie sans dépense de sa part? et quelle satisfaction pour moi que d'avoir contribué à lui procurer cet avantage? Je ne vous rappellerai point les peines, les soins, les veilles et les contrariétés que j'ai rencontrées de toutes parts, sans en excepter qui que ce soit.

« Je me suis roidi contre tout, j'y ai mis jusqu'à mon dernier sol, et la Providence a bien voulu couronner mes travaux, que je compte pour rien, trop heureux qu'ils ayent pu être avantageux et glorieux à ma Patrie et à mon Roi: seul et unique but où j'ai tendu ('). »

Nous nous sommes permis d'intervertir l'ordre chronologique afin de placer cette lettre immédiatement après le récit des fêtes de Pondichéry.

La gloire de Dupleix atteignait son apogée, et nous ne saurions trop féliciter M. Fagel, auteur de la statue de Landrecies, d'avoir choisi pour sujet de l'un des bas-reliefs du monument, la scène si majestueuse et si grandiose du couronnement de Mouzaferzingue à Pondichéry et de la remise, par le soubab, de la dignité de nabab du Carnate au gouverneurgénéral.

Joanna Begum reçut aussi du soubab Mouzaferzingue un jacquir de quatre aidées, situé près de Gingy. Plus tard ses sujets désirant se soustraire à l'autorité anglaise, réclamèrent leur qualité de français. Ils ne s'adressèrent pas à l'administration coloniale, mais présentèrent leur requête à l'Evêque et aux missionnaires de Pondichéry {f). Il fut impossible de trouver aux archives du gouvernement ou à la direction des domaines un seul document en leur faveur (3).

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