‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 66 sur 128 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

de braves gens à combattre contre toutes les hordes de l'Inde à des centaines de kilomètres, dans des régions inexplorées encore, sans aucune communication assurée avec Pondichéry. « Depuis Alexandre, dit M. Cartwright, il n'avait pas été conçu d'expédition aussi audacieuse que celle dans laquelle Dupleix avait la témérité de se lancer et que Bussy ne craignit pas de tenter avec trois cents Européens, deux mille Cipayes et dix pièces de canon pour toute armée. »

Le détachement commandé par le héros de Gingy et en second par Kerjean , neveu de Madame Dupleix , devait accompagner le soubab jusqu'à Aurengabad , capitale du Dékan. « Je ne vous donne l'appui de tels hommes, avait dit Dupleix à Mouzaferzingue, que parce que vous m'avez assuré que les François seroient dans vos États plus considérés que vos sujets. Votre reconnoissance pour eux ne doit pas avoir de bornes. Souvenez-vous qu'ils ont tout sacrifié pour votre fortune, et ne perdez jamais de vue leurs services et vos sermens. »

Enfin le Gouverneur lui avait trouvé un ministre, le brahme Ragnoldas, son élève et sa créature. C'était un diplomate habile, qui ne partageait ni les théories, ni les prétentions ambitieuses des Mahométans.

Comme il ne restait pas à Mouzaferzingue de fonds suffisants pour subvenir aux dépenses de son armée pendant une marche pareille, le gouverneur lui prêta 300,000 roupies (720,000 livres) ; 200,000 furent prises dans la caisse de la Compagnie des Indes et 100,000 avancées par Dupleix sur ses propres deniers. Pour le remboursement de cet emprunt, le soubab laissa une rescription de pareille somme sur son cazena ou trésor. Enfin, tous ces arrangements terminés, il quitta Pondichéry, le 7 janvier 1751, et se rendit à son corps d'armée; il fut rejoint le 15 par le détachement du marquis de Bussy ('), et ils prirent aussitôt la route de Golconde.

I. Voici les noms des neuf autres officiers : Vincent, major; Dugray et Airaard, lieutenants ; Ligny, Féac, le Normand, Aumont et Clérac, enseignes ; Gaveau, maîtrecanonnier.

Mouzaferzingue était accompagné par son fils et les enfants de Nazerzingue.

Par sa lettre à la Compagnie du 15 février (^), Dupleix informa les directeurs de tous ces événements.

Après environ un mois de marche, Mouzaferzingue entra sur les terres du nabab de Cadapé. Ce dernier, à la suite de la défaite et de la mort de Nazerzingue, avait juré une fidélité inviolable au ncuveausoubab;celane l'empêcha pas de prendre les armes contrelui.Des coureursqui devançaientl'armée ayant mis le feu à quelques aidées, cette imprudence fut le prétexte de la révolte. Le nabab de Cadapé tomba sur l'arrièrc-garde du soubab et pilla ses bagages. Bussy, consulté, fit tous ses efforts pour calmer le prince et terminer l'affaire par la voie de la négociation. L'insolence du nabab empêcha tout accommodement, et Mouzaferzingue donna à ses troupes l'ordre de châtier les rebelles.

Le traître nabab avait cherché un prétexte pour déguiser sa conduite. On se trouva avoir affaire à ses troupes et à celles des nababs de Savanoul et de Canoul. Cette perfidie reconnue, Bussy n'hésita plus à seconder de tous ses efforts le soubab si indignement trahi par des sujets récemment comblés de tant de faveurs.

L'action fut des plus vives entre les Hindous et les Patanes ; de part et d'autre on tua beaucoup de monde ; le détachement français décida de la victoire. Les Patanes s'enfuirent, laissant parmi les morts les deux nababs de Savanoul et de Canoul. Mais la consternation se répandit bientôt dans notre armée triomphante : Mouzaferzingue blessé d'un coup de flèche au-dessous de l'œil en poursuivant l'ennemi venait de rendre le dernier soupir ! Il fut aussitôt abandonné, les Français seuls demeurèrent auprès du cadavre et ie rapportèrent au camp.

Sans perdre la tête à cette terrible nouvelle, Bussy assembla sur-le-champ les chefs de l'armée du soubab défunt, et les

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