‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 67 sur 128 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

invita à choisir immédiatement un Maître parmi les descendants de Nizam-El-Mouiouk ; il leur fit entrevoir combien, dans ces circonstances difficiles, Salabetzingue, cousin de Mouzaferzingue, convenait pour prendre les rênes du gouvernement (i). Ce prince fut sur l'heure proclamé au milieu des troupes soubab du Dékan.

Prévenu par des courriers montés sur des dromadaires. Dupleix approuva sans réserve les actes de ses adroits lieutenants, dénouant avec tant de bonheur et de profit une situation presque désespérée.

Le i8 février 185 1, Kerjean, en présence de toute l'armée hindoue et du détachement français, déclara ennemis de notre nation les adversaires de Salabetzingue, soubab du Dékan et roi de Golconde. Au nom de Dupleix, il offrit au nouveau souverain, le salami, c'est-à-dire les vingt et une pièces d'or accoutumées. La noblesse jura ensuite fidélité à Salabetzingue.

Les premiers soins du prince furent de marquer sa reconnaissance aux Français. Il confirma d'abord toutes les donations faites par son prédécesseur à la Compagnie ; afin de rendre plus important notre établissement de Mazulipatam, il y ajouta la donation de toutes les terres dépendant de Nizapatam, Condour, Alemenava et Narsapour, situées aux environs de Mazulipatam ; il donna ordre de rétablir, à ses frais, les bâtiments de notre comptoir de Yanaon, ruinés pendant la guerre. Enfin voulant faire sentir à Dupleix personnellement, combien il était sensible à tous les services rendus à sa famille, il lui céda, en toute propriété, le territoire de Mafousbendere,

I. Dans ses Mémoires, p. 68, Dupleix indique Salabetzingue comme oncle de Mouzaferzingue. M. de TibuUe Hamon, en fait le neveu du soubab et s'appuie sur son discours au marquis de Bussy : « Dupleix regardait Mouzaferzingue comme son frère ; le nabab était mon oncle. Je suis le neveu de Dupleix. » M. Charles Canivet [Colonies perdues, p. 192, ) le donne, avec exactitude, comme fils aîné de Nazerzingue. M. Cartwright, auteur postérieur aux deux précédents, le considère comme frère de Mouzaferzingue. M. TibuUe Hamon fait encore dire à Salabetzingue, dans le discours précité :<( S'il (Dupleix) cessait d'être généreux, je voudrais moi-même renoncer à l'héritage de mon frère. ^ Frère esl assurément une faute d'impression, étant donnée surtout la première phrase. Le mot père doit probablement lui être substitué.

Salabetzingue, l'aîné des fils de Nazerzingue, était, à notre avis.le cousin et nonroncle, le neveu ou le frère de son prédécesseur.

dans la province de Chicacol. Les paravanas contenant les actes de ces libéralités furent expédiés dans la forme la plus authentique. Pour assurer l'état du donateur et des donataires, on envoya à la cour du Mogol solliciter auprès de l'empereur la confirmation de Salabetzingue, dans le soubdary du Dékan. Un firman ratifia tout dans la suite.

Salabetzingue, reprenant le plan de Mouzaferzingue, continua sa route vers GoJconde. Le 17 mars 175 1, l'armée arriva en vue de Canoul où s'étaient retirés, après leur déroute, les débris des Patanes. Canoul était une belle ville, ceinte d'un mur solide et défendue par une puissante citadelle. Elle était bâtie sur une grande rivière, dont les eaux fortement débordées l'hiver, lui avaient causé de sérieux désastres, renversant plus de 400 maisons et plus de 265 mètres des murs. Les Patanes au nombre de 3000 hommes avaient abandonné la ville pour défendre la citadelle. Kerjean l'emporta d'assaut et par escalade ; les troupes patanes furent massacrées, à l'exception des notabilités du pays, réfugiées dans le palais du nabab avec sa veuve et ses deux enfants. Ils se jetèrent aux pieds de Kerjean et lui demandèrent la vie. Présentés au soubab, par cet officier, ils furent traités très humainement.

Salabetzingue ne se lassait pas d'admirer le courage héroïque de nos soldats et la puissance de <i son oncle Dupleix » qui disposait de semblables guerriers.

Bussy écrivait au commandant-général : <i Le jeune nabab n'est que votre esclave, et dit que si vous lui donnez quelques terres, il les prendra de vous, sinon qu'il s'en ira vivre à Pondichéry... Tout le Dékan vous appartient, et on vous laisse le maître d'y installer qui vous voudrez. Tout le pa}'S en deçà de la Khrisnha est à vous, et encore une fois pour l'autre partie le nabab ne se regarde que comme votre isardar (fermier). »

De Canoul l'armée traversa la Khrisnha et s'approchait d'Hyder-Abad, capitale de Golconde quand on signala, l'attendant sur sa route, un corps de 25,000 hommes commandés par le Peïshwa Bajirao, général mahratte. Comme nous pos-

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