‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 70 sur 128 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

Roi de France, son protecteur. Ces ordres furent exécutés par des salves d'artillerie et par toutes les marques de joie qui sont en usage dans ce pays. »

Le jour de son entrée solennelle à Aurengabad, il avait envoyé à Madame Dupleix un paravana, lui octroyant pour elle et sa postérité l'aidée de Cadapa ; un véritable petit royaume.

Bussy dominait en maître et il écrivait au Gouverneur : « 11 faut soutenir la réputation de nos armes. Si vous m'envoyez des renforts, l'empereur lui-même tremblera au nom de Dupleix. » Puis, le 13 octobre 175 1 : «L'affaire du Carnatc vient d'être terminée ('). Je vous avois promis sur ma tête de vous faire nabab de cette contrée, la voilà dégagée. Le divan m'en a promis le paravana en votre nom et après vous à la nation françoise... On a envoyé cent mille roupies à Delby pour les présens nécessaires, afin d'avoir la confiimation de celte cour. Je crois qu'il convient à la réception du paravana, que vous fassiez venir Chanda-Saëb père et fils pour leur dire : « Soyez les bienvenus, restez tranquilles, je suis nabab du Carnate, vous pouvez prendre à votre compte toutes les troupes. »

Dupleix ne partagea point la manière de voir de Bussy. Possesseur àw paravana, il n'en parla à personne.

La Compagnie, par sa lettre du 27 octobre 175 1, revient sur la victoire qui précéda la mort de Nazerzingue. Cette mort semble devoir terminer les troubles de la côte et rendre Chanda-Saëb paisible maître de la nababie d'Arcate. Pour mettre Dupleix en état de dissiper les débris des factions ennemieSjCllelui promet un secours de 700 soldats, en ajoutant : « l'année prochaine nous tâcherons de vous en envoyer davantage. »

Le 4 décembre,dans une autre lettre,elle lui annonce qu'elle portera à 27 compagnies au lieu de 19, l'effectif des troupes annoncées. Le 10 décembre, elle lui promet l'expédition de

I. Dupleix avait voulu être porteur d'un document officiel, afin d'exercer en cas de besoin l'autorité la plus absolue.

canons de 24 et ajoute : « Quelque satisfaction que nous eussions à vous voir ici, et à conférer avec vous sur une infinité d'articles importants, nous pensons bien que vous ne vous déterminerez pas à quitter Pondichéry avant de voir la tranquillité parfaitement rétablie à votre côte (ï). »

Silhouette écrivait encore à Dupleix, le 20 décembre 1751 (2): « J'ai appris avec toute l'Europe, Monsieur, les avantages que vous avez remportés. Il n'y a rien de plus beau et de plus grand que ce que vous avez fait. Je suis bien persuadé que vous donnerez désormais votre application et votre attention à faire jouir la Compagnie des fruits de la paix, et à étendre son commerce par des alliances d'une bonne amitié et d'une correspondance sûre et solide (3). »

Sur les conseils de Dupleix, le marquis de Bussy imite le luxe du Commandant général. « Il se plaît, dit sir Mutakherin, à mêler la pompe asiatique à l'élégance française. Il porte des habits de brocart, couverts de broderies, un chapeau galonné.. .. des souliers de velours noir richement brodés. Quand il se laisse voir en public, c'est au fond d'une immense tente haute de trente pieds, assez vaste pour contenir six cents hommes. Il est alors assis sur un fauteuil orné des armes du Roi de France, et placé sur une estrade élevée, couverte elle-même d'un tapis brodé en velours cramoisi; à droite et à gauche, mais sur des chaises, on voit une douzaine de ses principaux officiers. A l'entrée de la tente se tiennent la garde européenne et la garde hindoue. La table était toujours servie en vaisselle plate, à trois ou quatre services II montait pendant les revues un magnifique éléphant, tandis qu'une troupe de poètes et de musiciens le précédait, chantant ses louanges et les récents exploits des Français ou bien de vieilles ballades guerrières. » Tout cela frappait l'imagination des indigènes et préparait les scènes suivantes de ce magnifique et incomparable drame.

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