‹ Dupleix; ou Les français aux Indes OrientalesChapitre 71 sur 128 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

Des instructions arrivèrent à Bussy de Pondichéry, qui, pour la première fois, mettaient en pleine lumière les superbes plans deDupleix.

' Ces deux hommes, créés pour se rencontrer et se comprendre, s'entendaient à merveille. Ils connaissaient la formidable puissance des Mahrattes, ils savaient combien cette puissance pouvait nuire à l'influence française. Il fallait donc la briser en se servant de la position militaire conquise au cœur de l'Inde, grâce à la faiblesse de Salabetzingue.

Dupleix et Bussy n'étaient pas gens à croire à la durée des faveurs de la fortune, ils avaient donc hâte de frapper un coup décisif et d'assurer, par une victoire sans précédent, l'existence de l'œuvre édifiée avec tant de peine et de patience.

Le gouverneur-général voulait transformer Surate, où nous possédions seulement un modeste comptoir, en une place forte de première classe, et en un centre commercial de premier ordre. D'un côté cette ville serait devenue un rempart inexpugnable arrêtant à tout jamais les Mahrattes, de l'autre, un marché destiné à ruiner promptement celui des Anglais à Bombay.

Faire payer par le vaincu les frais de son esclavage : telle était au point de vue de la population indienne la maxime favorite de Dupleix; ne l'avait-il pas admirablement mise en pratique en suggérant, par l'intermédiaire de Bussy, au faible Salabetzingue l'idée de s'appuyer continuellement sur un détachement français, chargé spécialement de la garde de sa personne?

Le pauvre soubab, incapable de soulever l'épais bandeau placé habilement sur ses yeux, ne se doutait nullement qu'il implantait ainsi dans la capitale du Dékan, au cœur même de l'Inde, un corps dévoué avant tout aux intérêts de la France et de la Compagnie! Ce qu'avait fait Dupleix, c'est ce que firent les Anglais plus tard dans les mêmes circonstances et les mêmes régions.

DUPLEÏSr

Le traité conclu avec le Peishwa avait augmenté les convoitises et les arrogances de ce dernier.

Il a toujours été fort dangereux, l'histoire le prouve, d'acheter la paix avec du numéraire: Ragnar-Lodbrog, par exemple, conduisit trois fois sous les murs de Paris ses terribles Normands alléchés par les monceaux d'or donnés, à chacune de leurs incursions, par Charles le Chauve, pour les décider à épargner sa capitale (ï), et ces faiblesses indignes ramenèrent encore ces cruels envahisseurs aux pieds des murs de la cité, sous le règne de Charles le Gros, assez lâche pour payer leur retraite 700 livres d'argent (2). Le général Mahratte Bajirao crut avoir effrayé Salabetzingue et les Français. Peut-être espéra-t-il toucher à nouveau quelques laks de roupies, bref il envahit le Dékan, vers Beder.

Bussy, après avoir rassuré de son mieux Salabetzingue terrifié par cette invasion, marcha sur Pounah, la capitale des Mahrattes. Apprenant le danger couru par le chef-lieu de ses Etats, Bajirao perdit de son audace et envoya des ambassadeurs proposer un arrangement. Sans se donner le temps ni la peine de les écouter, Bussy fit continuer la marche en avant dans l'ordre suivant: avant-garde, Kerjean avec une compagnie de grenadiers, 60 Cafres, 500 Cipayes et 4 canons ; la droite était formée par une compagnie française, 30oCipayes,3 canons et 600 Hindous, Dugray la commandait; la gauche, aux ordres de Ruflet, comprenait un nombre égal de combattants pris dans les mêmes éléments ; l'arrière-garde, donnée à Vincent, réunissait une compagnie de grenadiers, 500 Cipayes,4 canons, 20,000 indigènes. A sa suite et pour ne pas gêner les mouvements du véritable corps d'armée, s'avançaient les troupes indiennes, les éléphants, les cavaliers et les irréguliers.

On atteignit les Mahrattes en sortant des défilés d'Ahmed- Nagar. Les Français formèrent aussitôt le carré, les canons au centre. La cavalerie de Bajirao chargea avec impétuosité.

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