CHAPITRE NEUVIEME
Monseigneur le garde des sceaux de représenter très humblement, et avec les plus vives et les plus respectueuses instances à Sa Majesté, la justice qu'il y a d'accorder aux sus-nommés des grâces distinguées, capables d'inspirer une noble émulation à tous ceux qui sont à portée de rendre de pareils services. »
« La défense de la ville de Pondichéry par le sieur Dupleix, lui a fait obtenir de Sa Majesté le cordon de l'ordre militaire de Saint- Louis, et aux officiers qui ont servi sous ses ordres, d'autres récompenses militaires.
« Si dans les derniers événemens le sieur Dupleix n'a pas payé de sa personne, tous les François qui sont aux Indes certifient que c'est cependant lui qui a dirigé les troupes, et que c'est en exécutant ses ordres qu'elles se sont couvertes de gloire.
« De telles actions exécutées par un gouverneur-commandant breveté de Sa Majesté, décoré de récompense militaire, semblent lui mériter le grade de maréchal de camp, ou autre récompense aussi distinguée.
« Les sindics et directeurs de la Compagnie, chargés de son administration, se présentent à Monseigneur pour le prier instamment d'obtenir cette nouvelle marque de faveur et de protection de Sa Majesté. Ils supplient également Monseigneur de demander des brevets de lieutenants-colonels réformés de même date, pour les sieurs d'Autheuil et de la Touche, et la croix de Saint-Louis pour le sieur Law; et ils attendent ces grâces avec d'autant plus de confiance, que les privilèges de la Compagnie lui font espérer que Sa Majesté avancera les officiers qui la servent à la solde de la Compagnie, et dans les pays qui lui ont été concédés, de la même manière que ceux qui sont employés au service de ses armées en Europe (^). »
Imitant les félins qui font patte de velours avant c!e griffer, Silhouette écrivait, le 13 septembre 1752, à Dupleix:
« Je me suis fait plus d'une fois des reproches, Monsieur, d'avoir différé un si long tems à vous écrire. La grâce que le Roi est disposé à vous accorder en érigeant en marquisat la terre que vous êtes dans l'intention d'acheter (^), m'offre l'occasion de vous en faire mon compliment et je vous le fais aussi sur tous les succès que vous avez eus jusqu'ici. Il s'agit de les couronner par la paix. C'est ce que le ministre et le public attendent avec impatience.
« On préfère généralement ici la paix à des conquêtes, et les
1. Mémoires de Dupleix, p. 200, 201 et 203. Le marquis de Duasy avait été nommé cette année lieutenant-colonel, à l'âge Je trente-quatre ans.
2. Un gouvernement ayant quelque sentiment de pudeur aurait évité à Dupleix '« paiement même déguisé de ce titre.
succès n'empêchent pas qu'on ne désire un état moins brillant, mais plus tranquille et plus favorable au commerce. C'est dans cet esprit que j'ai toujours parlé à M. de Savalette et à M. votre neveu, lorsqu'ils m'ont fait l'honneur de me venir voir. On va jusqu'au point de craindre des possessions qui pourraient engager la nation dans les guerres des princes de l'Inde. On désire de n'y être mêlé pour rien et de n'y avoir aucune part. La vérité et la franchise dont je fais profession m'engagent à ne pas vous dissimuler que tout système qui paraîtra s'éloigner de ces vues de neutralité n'aura pas l'approbation du roi, du ministre et du public. On ne veut pas se rendre une puissance politique de l'Inde; on ne veut que quelques établissements en petit nombre, pour aider et protéger le commerce: point de victoires, point de conquêtes, beaucoup de marchandises et quelque augmentation de dividende (^). )>
Comme toujours, m cauda venemim.
Le i6 septembre la Compagnie, se lavant les mains des ouvertures faites à sa rivale anglaise, écrivait au gouverneurgénéral :
« Nous apprenons avec plaisir, Monsieur, le succès de nos sollicitations auprès du ministre. Nous l'avions prié avec instance de demander au roi une grâce distinguée en votre faveur, et Sa Majesté vous a accordé le titre de marquis, titre réversible à votre famille, même dans la ligne collatérale, ce qui rend cette faveur précieuse. Nous vous en faisons notre compliment sincère et nous partagerons toujours avec vous la reconnoissance des grâces que le roi vous accordera ("). »
Le 20 septembre Montaran ajoutait à sa lettre :
« La façon dont M. le garde des sceaux s'est porté à vous obtenir cette grâce, a été des plus agréables; et je puis vous confirmer de nouveau que tous les efforts de vos ennemis n'ont point détruit dans l'esprit des ministres les bonnes dispositions qu'y ont fait naître votre probité, votre capacité, la justesse de vos vues, et l'importance des services que vous avez rendus à la Compagnie, etc. (3) »
Les ennemis de Dupleix étaient ceux de la France. Il est triste de voir La Bourdonnais à leur tête, ne négligeant aucune occasion pour reprendre sa revanche de Madras en foulant aux