CHAPITRE NEUVIEME
pieds les intérêts les plus chers de la nation. Ce pauvre capitaine entassait pamphlets sur pamphlets, mensonges sur mensonges contre Dupleix ! Bacquencourt était mort, et le gouverneur de Pondichéry avait perdu en lui tout à la fois son frère aîné et son plus constant défenseur.
Voici les félicitations de Montmorency-Laval, en date du 14 octobre 1752:
« C'est avec bien du plaisir, Monsieur, que j'ai l'honneur de vous faire mon compliment sur la grâce que le roi vient de vous accorder. J'aurois bien désiré pouvoir en ajouter une autre sur un grade militaire qui vous est si justement dû, mais j'espère qu'il me fournira bientôt une nouvelle occasion d'entretenir une correspondance avec vous, que je souhaite ardemment qui soit établie. On nous annonce votre retour dans ce pays ici; mais quelque envie que j'aie de vous connaître personnellement, je suis trop bon François, et trop attaché au bien de l'État, et de la Compagnie pour ne pas le craindre, et ne pas souhaiter votre séjour dans l'Inde ('). »
Le désastre de Trichinapaly, dû absolument à Law de Lawriston, habilement grossi par les ennemis du marquis Dupleix, allait bientôt changer les esprits, les indisposer contre l'innocent et renverser toutes les idées. « Les propos de la faction d'Hamnon (2) courant de bouche en bouche, on ne trouva plus dans le sieur Dupleix qu'un ambitieux qui sacrifioit à sa vanité le commerce et la fortune de Carthage. C'est ce qu'on verra dans la conduite que la Compagnie tint à son égard. Quant à lui, les revers qu'il éprouva ne servirent qu'à redoubler son zèle et à lui faire épuiser tous ses efforts et toutes ses ressources pour le rétablissement des affaires (^). »
Dupleix songea un instant à contracter une paix boiteuse qui lui eût donné le temps de réorganiser ses troupes, mais c'eût été s'abaisser aux yeux des Hindous, et il préféra lutter à outrance avec les faibles renforts amenés par le convoi annuel de la Compagnie.