CHAPITRE DIXIEME
50 Égalité du traitement général des marchandises au point de vue douanier.
6° Engagement réciproque de ne point interv^enir dans les guerres des princes indigènes ; défense expresse de prendre part à leurs guerres. Annulation de tout traité antérieur sur cet objet.
70 Neutralité entre les trois nations, dans le cas de guerre entre elles, pour tous les vaisseaux, marchandises, personnel et établissements des Compagnies commerciales.
8° Ligue défensive commune entre les trois Compagnies pour les faire mutuellement maintenir dans leur possessions actuelles et dans la jouissance de tous le? privilèges communs touchant le commerce, accordés par les princes hindous, le roi de Perse et leurs gouvernements.
Ces articles étaient suivis d'éclaircissements établissant, sans conteste la... naïveté de la Compagnie, de Silhouette et du ministre Machault
Les Anglais voyant à qui ils avaient à faire se montrèrent plus difficiles encore.
Et le gouvernement de Louis XVse montra aussitôt disposé à abandonner toutes les conquêtes de Dupleix! !
Silhouette offrit la cession de Bahour (entre Pondichéry et le fort Saint-David) et de Tiravady « énormément à la bienséance des Anglais parce qu'ils servent à couvrir leur établissement de Gondelour et seraient des remparts contre les entreprises des Mahrattes ou des Maures; » il offrait aussi Chinglepet, vers Madras, et Majulipatam. Les Anglais ne firent aucune réponse par écrit.
Le sentiment public blâma cependant une paix achetée par d'incessantes concessions. « Jamais, dit le colonel anglais VVilkes, aucune nation n'a fait d'aussi grands sacrifices à l'amour de la paix que la France à cette occasion ! »
Le duc de Newcastle et lord Holderness désiraient que l'on traitât sur place, aux Indes mêmes; ils s'emportèrent contre Dupleix : « Cet homme, dirent-ils, manifeste vis-à-vis de notre
nation, on ne sait trop pourquoi, une espèce de haine qui ne lui permet pas de conclure avec nous aucune affaire de sangfroid. Tous les chefs de nos comptoirs s'en sont constamment plaints ; aussi, sommes-nous assurés qu'il sèmera partout des obstacles et que peut-être lui seul empêchera d'arriver à une entente définitive. »
Ils avaient raison ! Dupleix seul les effrayait ! et à bon droit.
Duvelaer donna tête baissée dans ce piège grossier et incrimina Saunders, le gouverneur anglais de Madras. « Alors, firent les délégués britanniques, nous rappellerons Saunders j mais vous ferez revenir Dupleix ! »
Dupleix fut dès lors sacrifié en principe. C'était la conséquence des lâches faiblesses de Silhouette et de Machault !
Le 3 septembre 1753, Machault, garde des sceaux et contrôleur-général, annonçait au maréchal de Mirepoix la nomination de Godeheu, comme commissaire du roi et, à son défaut, en cas de mort ou accident, de son frère le commandeur de Malte Igoville ; Godeheu irait aux Indes et se ferait obéir de Dupleix. Machault ajoutait sous forme de péroraison :
« Cette démarche doit rassurer les esprits en Angleterre contre ce qu'ils auraient à appréhender des vues de M. Dupleix, puisqu'il sera lui-même subordonné au commissaire, et que ce sera le commissaire qui sera chargé de l'exécution de ce qui aura été arrêté, ou de ce qui sera à faire pour le rétablissement de la paix. J'espère que la nouvelle de cette résolution donnera un peu plus de chaleur et d'activité à vos négociations. Dès que M. Dupleix sera guidé et dirigé par une autorité supérieurcy ses connaissances, ses talents, ses ressources, peuvent alors devenir d'une utilité réelle pour la Compagnie, et il peut être essentiel d'en tirer parti. J'ai cru devoir vous faire part de ce qui a été résolu, pour que vous y conformiez vos discours et vos démarches ('). »
Le 15 octobre 1753 l'Assemblée d'administration de la Compagnie donna à Godeheu les instructions suivantes :