CHAPITRE DIXIEME
« La première chose dont Monsieur Godeheu doit être instruit, c'est de ses pouvoirs :
« Sa qualité de directeur de la Compagnie des Indes, lui donne déjà une supériorité décidée sur tous les employés et officiers de la Compagnie, de quelque rang et condition qu'ils soient, et quelques fonctions qu'ils ayent à exercer, d'autant plus que, nommé par la direction, il représente toute l'administration ; cependant pour éviter toute difficulté, le roi sera très humblement supplié de lui accorder un brevet, pour commander à terre et à la marine dans rinde, et aux Isles de France et de Bourbon, pendant le séjour qu'il y fera et pour que ses ordres y soient exécutés dans toutes les possessions de la Compagnie, et par tous les officiers et employés soit de terre, soit de mer, auxquels il jugera à propos de les adresser.
« Dans cette qualité, monsieur Godeheu présidera aux Conseils dans les lieux où il se trouvera, et comme il représente toute la Compagnie, à laquelle Sa Majesté a bien voulu accorder les droits de souveraineté dans l'Inde, sa voix sera prépondérante à tout ce Conseil, avec la formalité dont sera ci-après fait nvcntion en parlant des Conseils.
« La confiance que la Compagnie a dans monsieur Godeheu, l'assure qu'il se conformera dans ses démarches et dans ses décisions aux instructions qui lui sont données; mais comme il est impossible de tout prévoir, et que les circonstances locales peuvent donner lieu à plusieurs décisions auxquelles on n'auroit pas pu penser en Europe, la Compagnie donne à monsieur Godeheu un pouvoir général sur tout ce qui ne sera point contenu dans ses instructions.
« Quoiqu'en général les décisions des Conseils et des commandans dans l'Inde ne doivent être exécutées qu'après qu'elles ont été approuvées par la Compagnie, les circonstances présentes la déterminent encore à ordonner l'exécution provisoire des décisions de monsieur Godeheu, sauf à la Compagnie à y apporter dans la suite telle restriction ou modification qu'elle croira convenable pour les cas qui en seront susceptibles.
« L'importance des matières que monsieur Godeheu aura à traiter dans l'Inde, l'étendue des comptoirs et les distances qui les séparent, la longueur du voyage, ainsi que les risques qui en sont inséparables, sont autant de raisons qui déterminent la Compagnie à autoriser monsieur Godeheu à subdéléguer telle personne qu'il jugera convenable pour l'exécution de ses ordres dans les différens comptoirs et établissemens françois dans l'Inde, et à lui communiquer ses pouvoirs pour l'exécution desdits ordres seulement ('). »