CHAPITRE DIXIEME
« Si le sieur Dupleix obéit à l'ordre de reconnoître le sieur Godeheu et de lui remettre le commandement, il sera inutile de faire usage du premier; mais s'il en étoit autrement et qu'il se prévalût de la modération avec laquelle on en use à son égard, le sieur Godeheu lui feroit remettre alors la lettre qui porte son interdiction et en feroit publier l'ordonnance. Si contre toute apparence, le sieur Dupleix ne déféroit pas à cette interdiction, le sieur Godeheu le feroit arrêter. Si le sieur Godeheu se trouvait obligé de faire arrêter le sieur Dupleix, il s'assureroit en même tems de la personne de la dame et de la demoiselle Dupleix ('), par le danger qu'il y auroit de laisser en liberté des personnes aussi immensément riches, qui pourroient tout tenter pour remettre en liberté le sieur Dupleix, et il observeroit que les dames et sieur Dupleix n'eussent aucune communication les uns avec les autres.
Signé : « Machault. »
Le Garde des sceaux avait tort de juger la famille Dupleix et Dupleix à son aune ou à celle de Godeheu, qui faisait semblant de craindre une révolte de la part du gouverneurgénéral, afin de donner plus d'importance à sa mission! Pourquoi serions-nous surpris de l'attitude de ce ministre, n'écrivait-il pas naguères au duc de Mirepoix :
<L Vous pouvez déclarer que l'on ne projette ici, ni d'avoir dans rinde des possessions plus vastes que celles de l'Angleterre, ni de s'y faire neuf millions de rente, ni de se conserver la faculté exclusive du commerce de Golconde, encore moins celui de toute la côte du Coromandel. Nous envisageons nous-mêmes ces projets comme des chimères et des visions. »
Machault s'était constamment refusé à croire les rapports de Dupleix et les récits authentiques de ses succès indéniables!
Avant son départ pour l'Inde, Godeheu avec toute « l'impudence éhontée de son âme de sycophante (2) > avait écrit à Dupleix : « qu'il espéroit bien ne pas le voir faire la folie de suivre l'exemple de ses prédécesseurs et rendra à la Compagnie les donations à lui faites par les princes indigènes ! » Cette preuve d'excitation à la révolte ayant été rendue publi-
1. M. de Machault faisait erreur, il n'existait point alors de demoiselle Dupleix, Mademoiselle Marie Françoise Gertrude Vincent vivait avec sa mère Madame Dupleix et son beau-père. Le ministre l'avait oublié comme tant d'autres choses.