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CHAPITRE VIII

« Il n'y avait pas de jour qu'il ne se fit lire un chapitre des mé- « moires du grand prince de Condé et de la nouvelle histoire de « M. de Turenne. »

Il avait un frère, Bara-Sahib, aussi brave et aussi magnifique que lui et qui ne lui cédait en rien pour sa prédilection envers les Français. Menaçant Tanjaour en juillet 1738, on a vu plus haut qu'il entra en rapport avec Dumas et nous livra Karikal. Les deux princes ayant, sur ces entrefaites, reçu le titre de nabab ('), le conseil les envoya complimenter et leur fit faire un présent de 1,400 roupies pour le premier et de 600 roupies pour le second.

Les relations continuèrent extrêmement amicales entre les Français et Chanda-Sahib. Elles sont notées jour par jour dans le journal de Rangappa (2 . Le premier message de Chanda-Sahib est du 9 juillet 1738. Après la défaite et la mort de Dost-Ali-Kan au combat de Canamay (23 mai 1740) contre les Marattes, la femme de Dost- Ali-Kan et celle de son fils Sabder-Ali-Kan se réfugièrent aussitôt à Pondichéry. Celle de Chanda-Sahib y arriva le 8 juillet. Sabder- Ali-Kan, le nouveau nabab, et Chanda-Sahib vinrent le 1" septembre remercier Dumas de ce qu'il avait fait. Les princes hindous restèrent à Pondichéry plus de quinze jours, voyant sans cesse le gouverneur; ils visitèrent le fort et les navires en rade, et ne repartirent pour Gingi que le 17 septembre.

Après la prise de Trichinapali par les Maratles, Chanda-Sahib fut emmené prisonnier par eux tandis que sa famille restait à Pondichéry. Sabder-Ali-Kan, nabab d'Arcate, fut alors assassiné par son beau-frère, Mortiz-Ali-Kan, nabab de Yellore. Il laissait un jeune fils à qui Nizam-el-Molouk, soubab du Dekhan, donna le titre de nabab en confiant le gouvernement à l'un de ses officiers, Anaverdi-Kan. Celui-ci pensa moins à gouverner avec équité les États qui lui étaient confiés qu'à les piller pour s'enrichir, car il était d'une avarice insatiable. 11 paraissait traiter le jeune prince avec tout le respect possible. Or, celui-ci s'étant rendu aux noces d'un seigneur maure, de ses parents, avec ses deux gouverneurs et le fils du nabab de Cadapet qui était à peu près du même âge que lui.

(1) Sous les noms d'Hussein-Dost-Kan-Bahadour et de Zeïn-El-Aladin-Kan.

(2) Fr., n. acq., 8927. Sommaire du journal de Rangappa, par Ariel.

Morliz-Ali, qui voulait détruire la famille de Dost-Ali-Kan dont le jeune prince était le dernier représentant direct, pour pouvoir, en l'absence de Chanda-Sahib, s'emparer de la nababie, soudoya douze soldats patanes : ces hommes, ivres de bangui, entrèrent dans l'appartement des nababs, et, craignant de se tromper, les tuèrent tous deux. Nizam, instruit du meurtre et ne soupçonnant pas Anaverdi- Kan, lui confirma l'autorité qu'il exerçait déjà. Bien que celui-ci fût très probablement complice du crime, il lui donna le litre de nabab dont s'était déjà emparé Mortiz-Ali avec le gouvernement d'Arcate et du Maduré ; la survivance du gouvernement et le titre de nabab furent assurés à son fils aîné, Mafous-Kan, et le titre de mansebdar donné au cadet, Mahmet-Ali-Kan (1743). Le nouveau nabab garda l'aîné près de lui et donna le gouvernement du Maduré et de Trichinapali au cadet, dont le Tanjaour se trouvait ainsi dépendre. Ainsi s'accomplit la spoliation de la famille de Dost-Ali-Kan.

Or, plusieurs des gémidars, mécontents de se voir gouverner par un nouveau venu et jaloux sans doute de sa fortune, refusèrent de le reconnaître et restèrent indépendants. Mais pour ne pas attirer sur eux la colère de Nizam-el-Molouk, ils lui envoyèrent directement les sommes qu'ils devaient payer au nabab. Ainsi firent, entre autres, les gouverneurs de Vellore et de Yaldaour. Anaverdi-Kan. voyant que Nizam ne leur faisait pas un crime de leur conduite et n'osant employer la force, prit le parti de les lais- .ser tranquilles. Si Dupleix avait eu à cette époque les desseins politiques qu'il eut plus tard et les forces militaires qui lui permirent de les réaliser en partie, il n'aurait pu trouver une meilleure occasion de .se mêler aux alTaires des princes indiens. Mais il n'en fit rien et administra Pondichéry et les affaires de la Compagnie à l'ordinaire, sans plus ni moins d'éclat que ses prédécesseurs

Il eut bien assez d'embarras pour défendre Karikal. Nous avons dit qu'une incursion de 1,000 chevaux et de 2,000 pions du Tanjaour l'obligea à renforcer ce poste en y envoyant 100 hommes, de la poudre, des bombes, un mortier, 50 cipayes f), 80 topas,

(1, Les cipayes étaient venus de Mahé 'lettre du Conseil supérieur à la Compagnie) Ce sont les premiers dont il soit question.

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