‹ DupleixChapitre 104 sur 189 · CHAPITRE MU · texte numérisé non relu

CHAPITRE MU

Manille et portait plus de 100,000 roupies et probablement Dupleix y perdait beaucoup. Dès la saisie de ce vaisseau, il écrivit à Iman- Saliib, qui en était le propriétaire apparent, qu'il fallait s'elTorcer de provoquer, en revanche, lintervenlion du nabab contre les Anglais (0.

Ayant appris ensuite que les vaisseaux anglais faisaient la course le long de la côte de Coromandel, arrêtant même les barques indigènes chargées pour Pondichéry (2), il écrivit au nabab : « Le peu « d'égards que celte nation marque pour vos ordres m'engage à « vous dire que je ne puis m'empècher d'agir comme eux aussitôt « que les vaisseaux de guerre que j'attends seront arrivés. 11 fau- « dra bieii que nous leur apprenions comment l'on doit agir dans a un pays qui ne nous appartient pas. Dès lors que le Padischah « fait tant que de recevoir diverses nations dans son empire, il « doit, et ses gouverneurs, leur défendre d'y mettre le trouble (3). »

Son dessein fut deviné par le fossedar de Méliapour : « J'ai « compris, lui écrivit cet officier, que votre intention était de « vous venger des Anglais en vous appuyant du secours du nabab, « que pour le forcer à vous l'accorder, vous pensiez à prendre « quelques vaisseaux appartenant aux sujets du Padischah, afin qu'il « prenne des mesures pour forcer les Anglais à rendre celui qu'ils « ont pris (4). «

Il lui conseillait de garder la paix pour ne pas irriter le nabab et de lui présenter des raisons qui pussent l'engager à protéger les Français contre les Anglais. A cette lettre Dupleix répondit qu'il n'avait nullement pensé à réclamer la protection du nabab, qu'il était d'ailleurs assez puissant pour agir seul contre les Anglais, mais puisque le prince n'agissait pas contre ceux qui avaient été les agresseurs, il n'avait pas à s'irriter contre les Français, s'ils imitaient l'exemple qui leur était donné impunément par leurs ennemis (â), Dupleix se montrait donc assez peu conciliant. Nous sommes loin de la politique qu'on lui prête et qui aurait eu pour

(1) Fr., n. acq., 9159, 323. Lettre autographe de Dupleix à Iman-Sahib, 1744.

(2) Fr., n. acq., 9159, 355. Lettre au nabab, minute autographe de Dupleix.

(3) Ibid., 8931, 136, 137. Dupleix au nabab, 3 août 1745.

(4) Ibid., 137. Agy-abd-el-ady à Dupleix.

[b) Ibid., 139. Dupleix au fossedar de Méliapour.

19i DUPLEIX, SES PLANS POLITIQUES, SA DISGRACE.

objet de faire garantir aux Français la protection du nabab. Il avait à cette époque (1745) des dispositions hostiles et entreprenantes : tranquille sur la situation militaire de Pondichérx , il préparait, de concert avec La Bourdonnais, une expédition contre Madras.

Il n y avait eu d'abord à Pondichéry qu'un très mauvais fortin que les Hollandais n'eurent pas de peine à prendre en 1693. Ils construisirent autour des tours rondes en bonne maçonnerie pour lesquelles on leur paya, en 1697, 16,000 pagodes. C'était alors la seule protection de la ville. Le fort avait été reconstruit par Denyon, ingénieur, en 1706. 11 était placé le long de la mer et lui faisant face. C'était un pentagone de quatre-vingt-dix toises de côté, construit en briques et bordé d'un fossé revêtu de dix toises de largeur. Les bastions étaient percés d'embrasures pour quarantesept pièces. La porte dite Royale faisait face à la mer. La porte de secours était du côté de la ville. Il contenait^Une caserne à deux étages, une chapelle qui avait été la première paroisse de Pondichéry, des magasins à poudre bien voûtés sous le terre-plein des remparts, les bâtiments nécessaires pour les bureaux, la caisse, la visite des marchandises. Construit avec le produit d'un vaisseau pris aux Hollandais, il fut, après Denyon, assez mal entretenu. En 1724, on résolut d'enfermer la ville noire dans une enceinte continue. Le P. Louis, capucin, fut 1 ingénieur chargé de bâtir celte muraille.

Il y travailla quatorze ans, ne coûtant à la Compagnie que le palanquin dont il se servait. Le mur, qui devait avoir quinze pieds sous cordon avec un parapet de quatre pieds, ne fut élevé qu'à dix ou onze pieds pour éviter d'irriter les princes du pays. Il y avait dix-sept bastions en maçonnerie pleine auxquels on accédait par des rampes. Il n'y avait pas de fossé. Les murs non remparés en dedans avaient un chemin de ronde de trois pieds et demi de large entre deux murs d'appui. Le P. Louis répara le fort Louis, fit les magasins de poudre et commença le nouveau gouvernement dont les murs étaient, en 1740, arrivés à hauteur d'appui. Cependant, du bastion Saint-Laurent au sud et du bastion Saint-Louis au nord jusqu'à la mer, le mur était inachevé et la ville ouverte de deux côtés. Dumas, pour arrêter les Marattes, fit fermer ces ouvertures par une estacade de pieux allant jusijue dans la mer. En 1740,

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