CHAPITRE Vlll. 19o
l'ingénieur Charpentier de Cossigny, envoyé de l'ile de France, fortifia rapidement les courtines et les bastions à l'aide de sacs à terre, détourna le ruisseau puant qui traversait la ville en le dirigeant le long des forlifications jusqu'à la mer, par un fossé de dix toises de large. L'enceinte avait en tout deux mille deux cents toises de longueur. Il eut le temps de faire une muraille crénelée à la place de l'estacade qui joignait la mer, de construire en briques les parapets des bastions et les plates-formes pour l'artillerie. La place était donc, en 1741, complètement fermée, bien que l'enceinte fût loin d'être parfaite (i). Dupleix fit achever en 1747 le creusement du fossé sur huit cents toises environ, aux frais de la Compagnie, et non aux siens, comme on l'a dit (2).
Il existait encore, à une distance de quinze cents toises de la place, des haies qui marquaient ce qu'on appelait les limites. Formées d'aloès et d'autres plantes épineuses mêlées de palmiers et de cocotiers, elles s'étendaient en demi-cercle de la rivière d'Ariancoupan au sud jusqu'à une distance d'un mille de la mer du côté du nord. Cinq routes les traversaient, à chacune desquelles il y avait une redoute et un poste de soldats.
On avait entassé depuis cinquante ans, dans Pondichéry, un matériel aussi considérable que démodé. L'élat de 1710 énumère loO canons, 2 mortiers, 10,000 boulets de fer, 8,000 de pierre, 842 lames de sabre, 40 espontons dorés, 6 pertuisanes, 880 fusils, 1 drapeau blanc, etc. En 1719, Beauvollier écrivait que sur 130 pièces de canon, fort diminuées par la rouille, 80 pouvaient servir, mais les affûts tombaient en ruine et les calibres étaient trop faibles. Il n'avait pas 30 fusils de rechange. Ce matériel fut sans doute renouvelé pendant les années suivantes, peut-être simplement par suite de la condamnation de quelques vaisseaux ou du
(1) Lettre critique de Cossigny sur l'Histoire des Indes de l'abbé Guyon, in-12, Genève 1744.
Le fort Louis coûta, de 1720 à 1745, 303,000 roupies ; le Nouveau gouvernement .achevé seulement en 1752\ 42,000 roupies j. en 1745 ; Arianconpan entre les mêmes années, 17,000 roupies. La dépense des murailles est évaluée en 1727 à environ 30,000 pagodes.
;2) Fr., n. acq., 8930, 241. Lettre du conseil supérieur de Pondichéry à la Compagnie, 31 janvier 1747. « On prendra les fondf pour achever l'ouvrage sur les fonds de la Compagnie. •>
débarquement de l'artillerie de quelques autres. En 1740, Cossigny put, en faisant fabriquer des affûts, mettre en batterie sur les bastions 119 pièces et à la citadelle 44. Il avait disposé en avant de la muraille, de cinq en cinq toises, des fougasses dont les logements étaient maçonnés et purent servir plus lard. La Compagnie avait envoyé aussi des armes. Quant à la poudre, on gardait celle d'Europe pour le combat. Celle du pays servait aux saints (i).
La garnison comptait 339 hommes en 1710, 330 en 1719, dont loO topas et des blancs ayant vingt ans de séjour. Mai/ il y eut à Pondichéry, réglementairement, dès 1727, quatre compagnies de 120 hommes. Cossigny dit qu'au moment de l'invasion maratte de 1740, il y avait 2o0 blancs, 130 topas et 250 pions pour la garde des limites. On les renforça momentanément par des matelots débarqués de deux vaisseaux revenus de l'hivernage, qui étaient bons canonniers. Mais ce n'était pas régulier. Dupleix n'avait pas plus de 4o0 hommes de troupes encadrées, dont un tiers de topas. Aussi il y suppléa en faisant venir de Mahé une compagnie de cipayes musulmans, qui servit à Pondichéry dès 1744, comme pour un essai. II forma les employés en milice bourgeoise et garda les matelots de l'équipage du Favori rendus par les Anglais. C'est avec ces faibles ressources qu'il osait se préparer à attaquer Madras.
(1) Ils étaient fréquents et copieux. Dupleix, à son arrivée, est salué quatre fois de vingt et un coups : 1° quand il quitte le vaisseau ; 2° quand il débarque ; 3' quand il va vers le gouvernement; 4° quand il y entre. Soit en tout quatrevingt-quatre coups. La naissance de son fils est annoncée de même. Un capitaine de vaisseau avait droit à quinze coups.