‹ DupleixChapitre 108 sur 189 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

commerciales furent-elles rares et froides, quoique polies, sauf lors de leur contestation au sujet du commerce de Mozambique dont on a déjà parlé. On peut penser que La Bourdonnais n'éprouvait pas pour son collègue des sentiments bien affectueux. Cependant, comme ils étaient indépendants l'un de l'autre, depuis 1741, ils avaient eu de nouveau des relations d'affaires et de politesse. C'est d'ailleurs comme une affaire que s'engagea leur collaboration. La Bourdonnais cherchait avant tout un profit personnel, et s'il attaqua Madras, c'est faute d'objet plus lucratif.

Dès qu'il apprit la déclaration de guerre, il écrivit à Dupleix qu'il pourrait réunir six vaisseaux et l,oOO à 1,800 hommes qui, avec 300 ou 400 fournis par Dupleix, feraient une petite armée avec laquelle il pourrait faire quelque entreprise qui réparerait leurs pertes. Il se proposait d'armer en course moitié pour la Compagnie, moitié pour Dupleix et pour lui, tout en continuant les voyages de Perse et de Moka (0. On établirait la croisière entre le Cap et Sainte-Hélène, à cause de la neutralité probable des mers de l'Inde. Dupleix répondit qu'il avait fait des démarches auprès des commandants anglais et qu'il comptait sur le maintien de la paix, qu'il avait d'ailleurs très peu de soldats, à peine de quoi garder les comptoirs. Il désapprouvait le projet de croisière dans l'Atlantique comme contraire aux volontés de la Compagnie qui ne pouvait autoriser ses officiers à faire la course dans ces conditions, sans risquer de ruiner son propre commerce moins bien protégé que celui des Anglais ;^). Mais bientôt ses dispositions pacifiques changèrent. Des gazettes d'Europe, venues par Surate, annonçaient le départ de l'escadre de Barnet. Dupleix concevait les craintes les plus vives pour les vaisseaux de Chine, de Manille et de Mozambique, dont plusieurs étaient à lui. Plusieurs, en effet, furent pris à la fin de l'année 1744 dans le détroit de la Sonde. Il s'intéressa donc dans l'armement en course de La Bourdonnais pour 10,000 roupies (3). (]elui-ci préparait alors son escadre, qui consistait en cinq navires de l'Inde; il demanda à Dupleix de l'autoriser à embarquer 100 des meilleurs soldats de Mahé, quand il y toucherait;

(1) C* 81, 4. La Bourdonnais à Dupleix, 12 septembre 1744.

(2) C- 81. 49. Dupleix à La Bourdonnais, l"'' décembre 1744.

(3) Col. C* 81, 49. Dupleix à La Bourdonnais. Pondichéry, 15 janvier 1745.

202 nUPLEIX, SES PLANS POLITIQUES, SA DISGRACE.

il demanda aussi qu'on lui envoyât les matelots du Faron'C), 500 fusils, 20 milliers de poudre, des salaisons, des biscuits, du riz. Il établirait une croisière, et si l'idée du grand projet de 1741 paraissait à Dupleix exécutable, il demandait Paradis, beaucoup de chélingues et beaucoup de cipayes. Il était persuadé qu'avec l'aide de Dupleix il pourrait facilement prendre et rançonner la ville. Il avait étudié le plan et le ménîoire de Paradis et envoyait le résultat de ses réflexions : « C'était, disait-il, le seul moyen de nous dédommager de nos pertes (2). » Un peu plus tard, il demanda à Dupleix de faire faire 2,000 babits de soldats et 2,000 culottes, 2,000 habitsvestes à parement rouge pour les matelots et les noirs, 200 habits d'ofliciers à boutons d'or, 8,000 chemises, 8,000 paires de souliers, 4,000 paires de guêtres (3). Il lui fallut aussi 4,000 petites vestes, 8,000 tours de col de toile blanche, 4,000 chapeaux, 2,000 paires de bas. Après avoir ainsi chargé Dupleix d'équiper ses hommes, il le pria d'équiper ses vaisseaux. Il demanda 20 gros câbles, 300 pièces de filin, 12 chaudières d'équipage pour 300 hommes, 2,000 livres de soufre, 55 barils de goudron, 150 barriques d'huile, du cuivre en feuilles, du cuir, de la cire, de la chandelle, de la peinture (8^400 livres), 2,500 pièces de toile à voile.

Les munitions lui manquant aussi, Dupleix aurait à lui fournir 50 milliers de poudre, 1,000 fusils, 400 bombes et 1 mortier, 400 lances de douze pieds pour défendre l'infanterie contre la cavalerie, 300 gabions, 10,000 sacs à terre, etc., etc.

Il n'était pas moins exigeant pour les vivres. Il demandait 400,000 livres de riz, des salaisons et de la farine pour 3,000 hommes et pour six mois, 300 barriques d'araque, du sel, de la cassonade, du poivre, du beurre. Réflexion faite et en post-scriptum, il réclamait encore 200 habits de pions indigènes avec leurs toques pour déguiser ses hommes et mieux tromper l'ennemi W. On voit qu'il pensait à tout.

(1) Vaisseau pris à Achem par les Anglais et dont ils avaient rendu l'équipage.

(2) Col. C« 81, 10. La Bourdonnais à Dupleix, 1" mai 1745.

(3) Col. C*81, 10. La Bourdonnais à Dupleix, 1«' août 1745.

(4) Col. C* 81, 16. Etat des agrès, apparaux, vivres, etc., demandés à M. Dupleix, qui est prié de le faire exécuter avec le plus d'exactitude et de diligence qu'il sera possible. Port-Louis, 1" septembre 1745.

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