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CHAPITRE IX

Dupleix montra la meilleure volonté. Il fit immédiatement travailler aux habits, promit d'envoyer les mortiers, les bombes et les vivres. Il venait de recevoir la visite d'Anaverdi-Kan (10 septembre 1745), qui lui avait offert toutes ses forces si les Anglais attaquaient Pondichéry, Il pensait qu'on n'avait rien à craindre des Hindous. Il était plein d'ardeur pour l'entreprise. Depuis la prise des vaisseaux de Chine, elle lui roulait dans la tète. Il avait fait explorer encore Madras et tirait des renseignements de M™* Barnaval, fille de sa femme, mariée à un Anglais de cette ville. Il avait même fait faire des échelles de diverses longueurs, selon les mesures indiquées par Paradis dans son mémoire 0).

Cependant, le départ des vaisseaux armés à Tile de France fut retardé par l'annonce d'une escadre nouvelle expédiée de France. Le contrôleur général en donnait le commandement à La Bourdonnais et lui suggérait d'établir une croisière dans le golfe de Bengale, après avoir porté à Pondichéry les 100,000 marcs chargés sur les vaisseaux. Il devait être de retour à l'île de France vers juin 1746 et en repartir pour la France, s'il le voulait, avec l'escadre, en 1747. On le laissait néanmoins maître de changer ce plan selon les occurrences; mais il devrait en donner avis à Dupleix, car celui-ci était averti de le seconder en tout ce qui pourrait dépendre de lui (^;, chose naturelle puisque le ministre envoyait l'escadre à la côte.

Comme il était impossible à Orry de deviner les plans formés par les deux gouverneurs, et que, d'après ses ordres, l'escadre devait toucher à Pondichéry seulement pour y déposer les 100,000 marcs qu'elle portait, on comprendra qu'il n'ait pas insisté sur la nature de la coopération qu'il prescrivait à Dupleix, et qu'il n'ait pas songé à une rivalité entre des gens qui ne devaient rien faire en commun. La Bourdonnais faisait une croisière; Dupleix, gouverneur français, lui fournissait des secours, à l'occasion, comme à toute escadre de la Compagnie; il n'y avait là évidemment matière à conflit ni à règlement. M. de Leyrit, gouverneur de Mahé, reçut la même recommandation que Dupleix et dans les mêmes termes (3).

(1) Col. C* 81, 50. Dupleix à La Bourdonnais, 22 septembre 1745.

(2) Col. C- 31, 197. Orry à la Bourdonnais, 29 janvier 1745, arrivée à l'île de France le 28 juillet 1745 publ. dans le mémoire de La Bourdonnais, p. 254).

(3) Col. C*31, 195. Orry à Leyrit, 29 janvier 1745.

204 nUPLEIX, SES plans politiques, sa DISGRACE.

Il est aussi très naturel que les capitaines de l'escadre en partance aient reçu du ministre l'ordre de reconnaître pour commandant La Bourdonnais et de lui obéir en tout. On ne pouvait moins faire pour assurer son autorité ('). L'escadre, partie en juin, était attendue en septembre; mais le dernier vaisseau ne mouilla à l'île de France que le 28 janvier 1746. Ce relard désolait La Bourdonnais, parce qu'il ne pouvait plus être à temps sous Ceylan pour arrêter les vaisseaux anglais de Surate. Il se voyait réduit à chercher l'escadre anglaise et, s'il la battait, à ne savoir que faire sur la côte de Coromandel pendant le reste de la mousson. Il est curieux de voir que, chez lui, le projet de la croisière était bien plus ferme que celui du siège de Madras, qui lui semblait sans doute, après réflexion, plus hasardeux que le premier. 11 envoya à Dupleix le tableau de ses forces assez mal composées, quoique montant à 3,300 hommes et dont il n'était pas fort satisfait. Il ajoutait ces mots dignes d'attention : « C'est sur ce précis abrégé que vous devez « régler ce que je peux faire d'avantageux. Vous êtes plus à lieu « que moi d'être informé des forces et de la situation de nos enne- « mis. Aussi, Monsieur, après que vous aurez bien pesé toutes « choses, donnez-moi, je vous en prie, les conseils que vous croyez « les plus favorables à mon état et à celui des affaires. Ne craignez « pas d'entrer dans les détails les plus circonstanciés. Je veux me « faire une loi de partager avec vous tout Vhonneur du succès de nos « opérations. Nous devons nous regarder Vun et Vautre comme égale- « ment intéressés à la conduite des événements. Il s'agit de nous con- « sulter réciproquement dans le cours de cette expédition (2), »

Ainsi, au moment d'entreprendre l'expédition, il est évident que La Bourdonnais, si autoritaire d'habitude, cherche à partager la responsabilité. C'est au même sentiment qu'il obéira plus tard en réclamant du Conseil supérieur l'ordre d'attaquer Madras, en se faisant sommer par lui de parlir. Il faut noter aussi l'insinuation que tous deux sont également intéressés à la conduite des événements. Avec des hommes aussi pratiques, le mot doit s'entendre sans doute de la gloire, mais peut-être aussi d'autre chose.

(1) Col. C«31, 208. Ordre du roi aux capitaines, mars 1745.

(2) Col. C« 81, 17. La Bourdonnais à Dupleiï, 3 février 1746.

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