‹ DupleixChapitre 116 sur 189 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Guerre avec Anaverdi-Kan autour de Madras. — Traité de paix. — Négociations avec Xaser-Sing au sujet de cette place. — Première idée d'un agrandissement du domaine. — Relations avec Chanda- Sahib. — Celui-ci demande le secours des Français pour s'emparer de la nababie de Carnate. — Contrat passé entre Dupleix et lui. — Correspondance entre d'Auteuil et Dupleix, août 1749. — Caractère de l'intervention : c'est une affaire et non le premier acte d'une politique réfléchie.

Après le départ de La Bourdonnais, les troupes françaises qui gardaient Madras y furent immédiatement resserrées par l'armée du nabab Anaverdi-Kan, commandée par son fils aîné, Mafous-Kan. Il est probable que les Anglais avaient demandé le secours du nabab, mais les dispositions où il était depuis 1744 suffisent à expliquer qu'il ait pris les armes contre les Français; ceux-ci avaient délibérément violé la neutralité ordonnée par lui, et la réponse de Dupleix à sa lettre du 20 septembre l'avait irrité plus encore '^).

Nous ne raconterons pas les incidents du siège de Madras par Mafous-Kan.

La sortie du capitaine de la Tour, qui est le premier engagement des Français avec les Maures, fut faite pour essayer d'enlever Kerjean, neveu de Dupleix, et son compagnon le sous-marcband Gosse,

(1) Col. C, 2» série, n* 7, 214. Mémoire à Messieurs de la Compagnie des Indes, 1753.

qui, députés au chef maure par d'Éprémesnil, gouverneur de Madras, avaient été retenus prisonniers (i).

Les canons, dits à minute, qui tiraient cinq à six coups (2) dans cet espace de temps, donnèrent la victoire au petit bataillon européen et épouvantèrent les Indiens. Mais les deux prisonniers avaient été enlevés et emmenés à Arcale; Anaverdi-Kan les fit jeter nus dans une fosse, où ils restèrent dix-huit jours, nourris seulement de ce que leur lançait la foule qui les regardait.

L'ingénieur Paradis^ chargé par Dupleix de relever la garnison de Madras, composée de troupes des îles, turbulentes et indisciplinées, remporta une victoire véritable à San-Thomé. Il avait 300 soldats, 100 matelots et 200 cipayes. Il vainquit seul, car le détachement envoyé de Madras pour prendre les ennemis à dos arriva après la fin de l'action (4 novembre) t3). Le même Paradis, rappelé à Pondichéry pour diriger une attaque contre Goudelour, fit, de Madras à Sadras, sept lieues de chemin avec cent hommes et quelques Cafres sous les charges de huit cents cavaliers maures, sans être entamé W. C'était le seul officier de valeur que Dupleix eût à sa disposition. Il avait préparé le plan du siège de Madras, oîi il avait accompagné La Bourdonnais, et Dupleix voulait lui donner la conduite de l'expédition nouvelle; mais les capitaines de la garnison déclarèrent qu'ils ne marcheraient pas sous les ordres d'un conseiller, et devant cette rébellion, il fallut laisser le commandement au major de la garnison, le sieur de Bury, vieil officier incapable. Le jour même de son départ, arrivé à l'étape, il permit à ses troupes de se débander; une attaque imprévue de Mafous- Kan causa une panique ridicule et devant quelques cavaliers les Français repassèrent la rivière de Goudelour en déroute, abandonnèrent leur bagage et rentrèrent à Pondichéry.

(1) Aff. étr., Asie, méra. et doc, 12, 146. Lettre de Kerjean au maréchal de Noailles. Brest, 2 mars 1750.

(2) Quinze à vingt coups, dit une autre relation.

(3) Kerjean à Noailles Lettre de Mahé de la Villebague à La Bourdonnais, p. 345 (à la suite des Mémoires de la Bourdonnais).

(4) Dans cette marche, un sergent et huit hommes, surpris pendant leur sommeil, furent faits prisonniers. Anaverdi-Kan les fit circoncire et les obligea à se faire musulmans. Dupleix, dans sa lettre à la Compagnie, parle de deux mille cavaliers.

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