CHAPITRE X
« quoi je ne vous en dis rien.... Ragogy(i) et d'autres seigneurs « ayant promis qu'ils me remettraient en -possession de tous mes « droits, je me suis résolu de donner tout ce qu'ils me deman- « daient. Par ce moyen, je me trouve aujourd'hui appuyé de toutes « ces protections.,.. N'ayant point auprès de moi les moyens pour « satisfaire aux engagements que j'avais pris avec Ragogy, j'ai prié « Babour-Rao, neveu de Balagi-Rao, qui est un marchand très ac- « crédité et extrêmement riche, de me faire le plaisir de payer « pour moi à Ragogy ce que j'étais convenu de lui donner, ce qu'il « a fait avec le plus grand cœur du monde.... Je ne puis vous dire « les obligations que j'ai à Babour-Rao. Non content d'avoir payé « pour moi plusieurs lakhs à Ragogy (2), il n'a jamais voulu con- « sentir à recevoir aucun gain pour ces sommes; en outre, il m'a « promis de me fournir toutes les sommes dont je pourrais avoir « besoin, soit pour présenter à Nizam ou pour subvenir à mes dé- « penses, que je ne devais m'embarrasser de rien.... Sur ces « paroles, ayant obtenu de Ragogy la permission de m'en aller, je « me suis rendu auprès de Balagi-Rao, d'où je compte envoyer mon « fils auprès de Nizam (3) qui, me voyant appuyé de toutes ces fortes « protections, ne manquera point de me faire rentrer dans tous « mes droits. J'espère que je me rendrai bientôt dans le Carnate et « je puis vous assurer que le plus grand plaisir que je me propose « de la fin de toutes ces affaires est celui de vous voir. M. Dumas, « votre prédécesseur, connaissait mon cœur et ma façon de penser « au sujet de votre nation; c'est pourquoi nous étions liés d'une « façon parfaite. J'espère que la même amitié régnera entre nous « et que je vous en donnerai des preuves dans peu »
Cette lettre paraît être la première qu'ait écrite Chanda-Sahib à Dupleix, car il lui parle comme s'il ne le connaissait pas et comme pour nouer des rapports qu'il espère devoir être excellents. Il ne fait, on le voit, aucune allusion à une demande d'emprunt et dit qu'il a réglé seul l'affaire de sa rançon. Il est en liberté et se prépare à revenir en Carnate avec l'appui de Nizam-el-Molouk, ou tout
(1) Général de rarmée maratte qui avait menacé Pondichéry en 1741, et pris Chanda-Sahib en 1742.
(2) Un lakh vaut 100,000 roupies.
(3) Nizam-el-Molouk, soubab du Dekhan.
au moins avec celui des Maraltes. C'est évidemment à cette lettre que fait allusion Dupleix dans une lettre au contrôleur général datée du 5 octobre 1745 (') : « Il (Clianda-Sahib) a enfin obtenu sa t liberté des Maratles et travaille auprès de Nizam, soutenu du « rajah de ces Maraltes, pour avoir le gouvernement de cette pro- « vince ;^le Carnate). »
Il paraît donc prouvé que Cbanda-Sahib était libre en 1745 et sans l'aide des Français. Dupleix a dit plus tard {-) avoir obtenu de Ragogy Bouzoula qu'il réduisît de seize lakhs à deux la rançon imposée à Chanda-Sahib. Cela paraît peu vraisemblable pour 1745 et d'un homme aussi peu puissant que l'était alors Dupleix. Peut-être cette réduction fut-elle consentie par le Maratte sur les derniers termes de la rançon et vers 1747, époque à laquelle Dupleix pouvait se faire respecter.
Quoi qu'il en soit, le motif qui poussa le conseil et Dupleix à offrira Chanda-Sahib 100,000 roupies, qu'ils n'avaientpas d'ailleurs, est parfaitement clair : il est donné explicitement dans les lettres de l'un et de l'autre.
Dupleix écrit dans la lettre qu'on vient de citer : « Il serait à « souhaiter que ce fût Sander-Sahibl'^), beau-frère de Sabder-Ali- « Kan, qui fût nabab. Nous trouverions chez lui bien une autre « protection que chez ces nouveaux venus qui n'ont d'autre objet « que de remplir leur bourse et ne nous ont point d'obligation « particulière. »
Le conseil disait plus nettement encore : « Nous sentons tout le « bien de celte avance (de 100,000 roupies), si elle pouvait faire « obtenir à ce seigneur le gouvernement de celle province ('').... » El plus tard : « Nous souhaiterions bien vivement qu'il l'obtînt, « étant véritablement ami delà nation et reconnaissant des services « qu'elle lui a rendus et à sa famille à l'occasion des Maratles. S'il
(1) Arch. col. Dossier Dupleix. Dupleix au contrôleur général, 5 octobre
(2) Dupleix à d'Auteuil, août 1749. Fr., n. acq., 9156.
(3) Dupleix écrit sans distinction Chanda et Sander-Sahib. Il paraît que la forme Sander est populaire. — Dupleix au contrôleur général, 5 octobre 1745 (Col. Dossier Dupleix).
(4) Fr., n. acq., 8931, 142. Le conseil supérieur à la Compagnie. 11 janvier