‹ DupleixChapitre 128 sur 189 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

naissait pas encore le prétendant au soubah, s'entendit vite avec lui. Moyennant la donation de Baliour pour la Compagnie et des avantages pour les particuliers, il lui donna 800 blancs, 300 Cafres ou topas comroandés par le capitaine Duquesne, pour le seconder dans des opérations nouvelles (i; contre le soubahdar en fonctions, son oncle Naser-Sing.

Dupleix prétend qu'il avait reçu l'ordre du Grand Mogol de secourir Mousafer-Sing et qu'il ne l'eût pas fait sans cela (2). Il est possible que les nababs aient eu la précaution de se munir d'un tel ordre, mais on peut penser que ce ne fut pas le motif déterminant de sa décision : il n'avait pas tant de déférence pour le Mogol. Il fît aussi avancer par des particuliers de la ville 200,000 roupies sur hypothèque de quelques aidées. Il paraît que l'expédition avait pour objet la reprise de Trichinapali, où s'était renfermé le fils cadet d'Anaverdi-Kan, Mehemet-Ali-Kan, nommé jadis gouverneur du Maduré par son père, « après quoi, écrivait Dupleix à la Compagnie (3), tout serait soumis, du Quichena au cap Comorin. »

Mais les nababs avaient besoin d'argent. L'armée alla donc assiéger Tanjaour, dont le rajah, non musulman et ancien ennemi de Chanda-Sahib, passait pour être très riche et devait plusieurs années de tribut. Elle demeura devant la place jusqu'en janvier 17o0 sans faire de progrès. Un accord fut enfin conclu avec le rajah; il promit 7o lakhs de roupies (7,o00,000 roupies) et céda à la Compagnie quatre-vingt-une aidées dans les environs de Karikal. Mais il s'était mis en relations avec les Anglais, qui lui avaient déjà fourni des canonniers, et il savait que le soubahdar du Dekhan, Xaser-Sing, approchait avec une armée. Il traîna donc le paiement en longueur, donnant de la vaisselle, des bijoux, de vieilles monnaies. Il versa ainsi jusqu'à 6 lakhs.

Mousafer-Sing ne semble pas avoir, dans cette conjoncture^ montré beaucoup de zèle. Il paraît qu'il se défiait de Chanda-Sahib et des Français et qu'il craignait qu'une fois assuré dan? sa nababie, Chanda-Sahib ne lui refusât les secours qu'il lui avait promis. Il

(1) Fr., n. acq., 8931, 25. Le Conseil supérieur à la Compagnie, 20 novembre

(2) Arch. Vers. E 3748, 23. Dupleix à Bussy, 20 mars 1751.

(3) Dupleix à la Compagnie, 31 octobre 1749. Col. C* 36, 148.

aurait encouragé dans leur résistance et le Tanjaorien et Mehemet- Ali-Kan C).

Avec de pareilles dispositions, il n'est pas étonnant que les Français, qui avaient ouvert la brèche, n'aient jamais été autorisés à donner l'assaut. Les nababs prétextaient la crainte d'un pillage général. Enfin, l'approche de Naser-Sing fut confirmée; il était question de son intervention depuis le mois d'août précédent (2); mais le bruit de la victoire d'Ambour paraissait l'avoir arrêté. Il prit le temps de s'assurer du concours des Anglais, qui peut-être, comme les en accuse Dupleix, l'excitèrent à intervenir, mais qui, bien plus probablement, firent avec lui un contrat du même genre que ceux faits par nous avec les nababs. Il y avait, en tout cas, des troupes anglaises dans l'armée qui s'approcha lentement de Tanjaour en mars 1750.

Il fut impossible de calmer la frayeur des princes maures. En vain Dupleix par ses lettres, les officiers français par leurs discours, essayèrent-ils de les déterminer à prendre la ville d'assaut pour y attendre l'attaque ; Chanda-Sahib et Mousafer-Sing levèrent leur camp et la petite troupe française dut les suivre. Au lieu de marcher sur Gingi, comme le voulait Dupleix, ils tournèrent vers Pondichéry et y parvinrent, harcelés jusqu'aux limites par les cavaliers marattes. Là, l'armée fugitive dut s'arrêter devant les canons; le gouverneur menaçait d'ouvrir le feu si elle passait les limites. Le lendemain les nababs vinrent le trouver : ils excusèrent leur fuite assez piteusement en disant qu'ils avaient voulu mettre leurs familles en sûreté. Le gouverneur, sans perdre courage, leur fournit 300,000 roupies, qu'il avait, à ce qu'il dit, ramassées sur son crédit, et mit d'Auteuil à la tête des troupes qui revenaient de Tanjaour; malheureusement il fut obligé de remplacer certains officiers fatigués de cette longue campagne, par d'autres dans lesquels il avait à juste litre peu de confiance.

Les coureurs marattes précédant la multitude qui suivait Naser- Sing paraissaient chaque jour en vue des postes. Vers la fin de

(1) Arch. Vers. E 3748, 46. Dupleix à Bussy, 12 mai 1751, « Il avait bien changé depuis, ajoute Dupleix. Il ne connaissait pas alors la bonne foi des Français. »

(2) Fr., n acq., 9156, 26. Dupleix à d'Auteuil, 26 août 1749.

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