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CHAPITRE XI

Ainsi, pressé par la nécessité de finir une affaire qui commençait à paraître dangereuse, il se réduisait à réclamer la nababie pour l'un ou l'autre de ses protégés, sacrifiant sans scrupule l'un des deux 1). C'est de Naser-Sing qu'il voulait l'obtenir, bien qu'il sût que ce prince était un usurpateur et que Mousafer-Sing avait un firman de l'empereur. Il ajoutait à cette contradiction une variation nouvelle : « Si les Anglais offraient des troupes à Naser-Sing, il fallait « lui en offrir le triple de sa part. » Ses plans étaient donc bien peu mûris ; en effet, il s'était engagé, en octobre 1749, à soutenir Mousafer-Sing, qu'il ne connaissait pas, contre Naser-Sing, avec lequel il était alors en bons rapports : Naser-Sing intervenant, il se retournait sans vergogne de son côté : « Nous ne voulons plus que « lui donner des preuves de dévouement, écrivait-il : nous laisse- « rons à sa générosité de nous donner ce qu'il jugera à propos ^2. » Quant à Mousafer-Sing, pour lequel il demandait, le il avril, la nababie d'Arcate, il l'abandonnait complètement le 22, écrivant à Bausset ce jour-là que Naser-Sing pouvait, s'il voulait, le garder prisonnier près de sa personne, pourvu qu'il remît les anciens domaines du captif à ses enfants. « Cela consolerait sa sœur aînée (3). »

Il proposait au soubah des soldats et des munitions de guerre s'il voulait donner à la nation Masulipatam et ses dépendances. Il n'était plus question de Chanda-Sahib ni du Carnate. Dupleix, espérant se faire l'auxiliaire du soubah lui-même, délaissait délibérément le nabab et plaçait ses troupes aux plus gros intérêts qu'il pouvait pour la Compagnie et partant pour lui-même.

En effet, si Naser-Sing eût accepté cette combinaison, le domaine de la Compagnie se serait augmenté d'une place très importante et sans doute on eût conservé les donations déjà faites par les deux nababs. L'affaire eût été, en somme, habilement terminée et profi-

(1) Arch. Vers. E. 3746, 21. Dupleix à Bausset, 22 avril 1750. 11 l'avertit que Chanda-Sahib a promis des présents à Chanavas-Kan, divan de Naser-Sing, et à Ramdaspendet, divan de Mousafer-Sing. Il faut leur dire que si l'affaire réussit même au profit de Mousafer-Sing, leurs présents leur seront acquis.

(2) Arch. Vers. E. 3746, 21, 23. Lettres de Dupleix à Bausset du 21 et du 22 avril 1750.

(3) La fille de Nizam, sœur aînée de Naser-Sing, mère de Mousafer-Sing. Arch. Vers. E. 3746, 23. Dupleix à Bausset, 22 avril 1750.

2oO DUPLEIX, SES PLANS POLITIQUES, SA DISGRACE.

table pour Dupleix, qui aurait eu le droit de compter, en outre, sur la reconnaissance de la Compagnie.

On voit que ces tergiversations, ces volte-face au gré des événements ne nous présentent pas l'ordonnance d'un plan arrêté. C'est par un enchaînement de faits qu'il ne prévoyait pas, même en 1750, qu'il allait être entraîné. Lui-même atteste les surprises de la fortune. Comme il l'écrivait dix-huit mois après ces événements au gendre de sa femme, l'Anglais Barnawal : « Si les Anglais n'avaient « pas appelé x\aser-Sing, nous n'aurions pas la vingtième partie de « ce que nous avons acquis. S'ils s'étaient tenus tranquilles après t la défaite de Naser-Sing, je partais : mais la Providence a voulu « que leurs menées ne tournent qu'à leur confusion. Elles sont e aussi cause de mon séjour dans l'Inde ('). »

Les négociations menées par Bausset n'aboutirent pas, et dans la nuit du 27 au 28 avril 1730, les Français attaquèrent et mirent dans un aiïreux désordre la cohue qui formait l'armée du nabab. Cette masse énorme d'éléphants, de chevaux, d'hommes et de bestiaux ne pouvait manœuvrer ni même demeurer longtemps dans un pays; elle l'avait bientôt épuisé. Naser-Sing fut donc obligea se retirer vers Arcate. De là, au commencement du mois de mai, il donna l'ordre de saisir les loges des Français à Masulipatam et à Yanaon et d'arrêter leurs employés. Ceux d'Yanaon purent se retirer au Bengale, mais leur loge fut brûlée.

Cependant Dupleix négociait encore. Les amis que Chanda- Sahib avait à la cour du soubah le renseignaient sur la diminution de ses forces et conseillaient aux Français d'avancer. Le capitaine de la Touche repoussa le V^ août, à Tiravady, l'armée particulière de Mehemet-Ali-Kan, soutenue par un corps de soldats anglais, et ceux-ci s'étant retirés à la fin d'août parce que leur solde n'était pas payée, d'Auteuil battit complètement le chef maure le l''"' septembre, près du même village de ïiravady. Son lieutenant Bussy marcha alors à petites journées sur Gingi, défit une troisième fois devant celte forte place les troupes de Mehemet-Ali-Kan et la prit par escalade. On y retrouva de beaux canons de fonte aux armes de France, que M. de la Haye avait abandonnés à San-Thomé en

(1) Arch. Vers. E. 3749, 7. Dupleix à Barnawal, 24 décembre 1751.

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