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CHAPITRE XI

1673 et Dupleix fit passer à Pondichéry l'énorme quantité de munitions de guerre qui étaient entassées dans les cinq citadelles. D'autre part, une petite expédition embarquée sur les vaisseaux arrivés d'Europe en juillet s'était emparée sans peine de Masulipatam et s'y maintenait (0.

Dupleix était resté en correspondance avec Mousafer-Sing, dont la prison n'était sans doute pas bien sévère. Il reçut de lui, vers le 20 septembre, une lettre qui l'informait que la prise de Gingi avait jeté la terreur dans la suite de Naser-Sing. Celui-ci ne tarda pas à envoyer deux ambassadeurs à Pondichéry pour recommencer à négocier. Le gouverneur maintint les exigences qu'il avait eues au printemps, réclama la mise en liberté de Mousafer-Sing, la restitution de ses terres et la nababie d'Arcale pour Chanda-Sahib. Il y ajouta la possession de Masulipatam et de ses dépendances pour la nation, le droit de garder Gingi jusqu'à ce que tout fût réglé et que Naser-Sing fût retourné dans l'intérieur du Dekhan (-).

Le o octobre Dupleix écrivait à d'Auteuil, commandant les troupes françaises à Gingi, qu'il venait de recevoir une nouvelle lettre de Mousafer-Sing et en même temps un message de Sapchikan-Kan surnommé Mir-Ates-Kan, chef de l'artillerie de Naser-Sing, qui promettait de tourner ses canons contre son souverain. Il ne savait pas s'il devait se fier à cet homme (3). Cependant la trahison entourait Naser-Sing : la moitié des seigneurs qui l'accompagnaient faisaient demander des sauvegardes {Kaouls) au chef français. Mortiz-Ali-Kan, nabab de Yellore, beau-frère de Chanda-Sahib et du dernier nabab de Carnate. Sabder-Ali qu'il avait fait assassiner, demandait sa grâce (^). Toutes ces négociations se faisaient secrètement par les agents hindous de Chanda-Sahib qui, depuis la prise de Mousafer-Sing, demeurait à Pondichéry. C'est lui qui négocia la trahison des trois nababs patanes (â).

(1) D'après la lettre de Dupleix à la Compas-nie du 3 octobre 1750, contenant le récit des affaires depuis le mois de janvier de la même année. Col. C« 82, 300-331.

(2) Col. C« 82, f. 319.

(3) Arch. Vers. E. 3746, 84. Dupleix à d'Auteuil, 2Z septembre 1750.

(4) Ibid., 100. Dupleix à d'Auteuil, 16 octobre.

(5) Col. C* 84, 211. Lettre de Delarche, sous-marchand et interprète, citée par

Au commencement d'octobre, ces trois nababs, celui de Ganoul, celui de Cadapet et celui de Savonor, envoyèrent à Pondichéry un agent, espèce d'espion, nommé Abdalla ('), chargé de négocier une entente avec Dupleix pour obtenir enfin la liberté de Mousafer- Sing (■'). Le gouverneur eut une conversation avec lui et convint de faire assaillir l'armée du soubahdar : il lui remit un pavillon blanc que les nababs devaient arborer lorsque d'Auteuil commencerait l'attaque, afin qu'il ne tombât pas sur leurs gens. Ils s'engageaient à faire prisonnier Naser-Sing. Ils demandaient seulement qu'on ne touchât pas à l'argent qui appartenait au Padischab ni aux femmes de Naser-Sing. Le messager devait se rendre auprès de d'Auteuil pour lui donner des avis précis sur ce qu'il devait faire; Dupleix ajoutait fjue pour lui, il ne voulait ni femmes ni argent, mais la paix (3) »

Les nababs patanes, étaient les meilleurs soldats du soubah ; mais ils avaient contre lui des sujets de mécontentement. Ils savaient que leur défection serait payée chèrement et que le prince qui leur devrait le trône ne pourrait rien leur refuser. Pourtant, Dupleix semble avoir compté assez peu sur ces alliés inattendus. En efTet, il continua à négocier et c'est seulement le 16 décembre 1750 qu'à quelque distance de Gingi (4), un détachement français commandé par le capitaine de la Touche assaillit au point du jour le camp immense de Naser-Sing. Celui-ci fut tué par un des nababs patanes et Mousafer-Sing fut aussitôt reconnu soubahdar du Dekhan.

La nouvelle de cet événement extraordinaire, qui d'un prisonnier faisait un roi et qui paraissait devoir terminer tous les troubles, fut apportée à Pondichéry dès quatre heures du soir, le même jour,

Dupleix dans une lettre à Godeheu (juillet 1754). Il résulte de cette lettre que c'est Chanda-Sahib qui mena la négociation avec les Patanes.

(1) Fr., 12087, 104. Relation de la guerre des Français dans l'Inde.

(2) Arch. Vers. E. 3746, 95. Dupleix à d'Auteuil, 7 octobre 1750.

(3) Ibid. « J'ai le serment et les signatures de tous ceux dont l'homme au pavillon vous parlera. Le complot est venu d'eux et non de moi. » Dupleix à d'Auteuil, 8 octobre 1751.

(4) Dupleix dit dans son premier mémoire contre la Compagnie qu'il avait donné l'ordre de suspendre les hostilités, mais que l'ordre arriva après la bataille. 11 comptait donc encore pouvoir s'arranger avec Naser-Sing, et la bataille où périt ce dernier paraît avoir été une échauff'ourée imprévue.

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