‹ DupleixChapitre 133 sur 189 · CHAPITRE XI. 2o · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. 2o

vière de Quichena jusqu'au bord de la mer; il ordonna à son divan (ou deuxième ministre; d'en faire expédier les patentes. Il le nomma mansebdar de sept mille cavaliers, lui donna le Mahémarateb ou le poisson, marque d'honneur la plus grande chez les Maures i , et comme il était d'usage de donner au mansebdar un jaguir et une forteresse, il lui donna Yaldaour et ses dépendances, avec un jaguir (2) de 100,000 roupies. Le Dorbar, commencé à midi, dura jusqu'à trois heures.

Le lendemain 1" janvier ITol, Mousafer-Sing alla présenter au gouverneur ses compliments pour le nouvel an, ayant appris que cela se faisait ainsi parmi nous, et lui envoya ensuite par son divan un présent composé d'une robe à la maure, d'une toque et d'une ceinture avec le sabre, la rondache et le poignard qui avaient été donnés par Aureng-Zeb à son grand-père Xizam-el-Molouk. Dupleix, pour montrer qu'il faisait cas du présent, se revêtit de la robe, de la toque et de la ceinture et resta habillé de cette façon jusqu'après le dîner (3).

Cependant Mehemet-Ali-Kan, qui s'était retiré dans Trichinapali après la défaite de Naser-Sing, fît négocier sa soumission par un chef maratte de l'armée du soubah. Il demandait qu'on n'exigeât pas de compte de la gestion de son père Anaverdi-Kan, qu'on lui continuât ses honneurs et qu'on lui laissât ses biens.

Le soubah accorda tout sans peine et signa de sa main l'écrit qui contenait sa promesse et qui devait être envoyé à 3Iéhémet-Alî- Kan (4).

Mousafer-Sing accorda en outre à la nation française la propriété de Masulipatam et de Divy. Il donnait cours dans tout le pays de sa domination aux pagodes d'or à trois figures, frappées à Pondichéry, et défendait d'avoîr d'autre fabrique de monnaie dans tout le Carnate, à Masulipatam et à Golconde. C'était le privilège de la frappe

(1) C'est un étendard portant la figure d'un poisson, qui est porté sur un éléphant dans les marches.

{2j Aidées ou territoires d"étendue variable, dont les revenus constituent une pension. Celle-ci porte aussi le nom de jaguir.

(3) D'après le Journal de ce qui s'est passé.... pendant le séjour de Mousafer-Sing à Pondichéry, journées du 31 décembre et du 1" janvier.

(4) Journal, 4 janvier.

monétaire dans tout le Dekhan. Il obtint en échange de ces concessions un petit corps de troupes pour l'accompagner à Aurangabad. La relation qui se trouve dans les Lettres édifiantes, et qui émane vraisemblablement du P. LavaurC), est faite sur pièces officielles contemporaines, mais avec la préoccupation, facile à comprendre en 1753, de grandir le rôle de Dupleix. En ce qui touche la description de l'entrée de Mousafer-Sing à Pondichéry, il faut révoquer en doute une grande partie des détails donnés par l'auteur sur le cortège de Duplei\ ("). Les milliers d'hommes que l'auteur range autour de lui se réduisent probablement à une cinquantaine de cavaliers et de pions de la Compagnie. Quant au drapeau à cinq soleils d'or que Dupleix aurait fait porter comme mansebdar de 5,000 chevaux, il en aurait eu le droit s'il en avait eu le titre. Mais l'auteur de cette relation le lui fait donner^ en 1717, par le Grand Mogol, avec le titre de nabab; or, cette assertion ne concorde ni avec ce fait certain que Dupleix fut nommé mansebdar par Mousafer-Sing en 1750, ni avec les témoignages de Kerjean et d'autres contemporains qui disent que Dupleix avait reçu le titre de nabab du Grand Mogol pour services rendus aux Maures dans le Gange, avant l'arrivée d'Anaverdi-Kan, c'est-à-dire en 1743. Rangappoullé noie bien l'arrivée à Pondichéry de timbales et d'un serpeau

(1) Mémoire sur les dernières guerres des Maures. Lettres édifiantes, éd. Buchon, II, 720.

(2) « Le gouverneur était accompagné de toutes les marques de distinction « attachées à ses dignités. En tête paraissait un éléphant portant un drapeau « blanc dans lequel on remarquait cinq soleils (comme mansoubdar). Ensuite « venaient deux autres éléphants portant les naubots, espèce de timbale, « qui n'est affectée qu'aux nababs dans leur gouvernement. Après cela mar- « chait un autre éléphant portant aussi un drapeau blanc avec un soleil « brodé en or. A ses côtés marchaient deux chameaux portant deux autres « timbales. Ils étaient suivis d'un officier à cheval portant un étendard à fond « blanc brodé en rouge et chargé d'une main d'or armée d'une épée. Cinq cents « cavaliers marchaient ensuite l'épée à la main, suivis de soixante dragons « français qui accompagnaient le palanquin de M. Dupleix. On portait à « sa droite douze petits étendards blancs ornés au milieu d'un soleil d'or. Sa « suite était composée d'un éléphant qui marchait en tête, sur lequel on voyait « un drapeau vert orné d'un soleil d'or, de 3,000 cavaliers, de 200 gardes de « sa personne marchant l'épée nue et de 400 lanciers et arbalétriers. Son pa- « lanquin était entouré de 12 chopdars ou porteurs d'ordres armés de leurs « longues cannes et de 6 autres portant des masses d'argent. »

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