‹ DupleixChapitre 136 sur 189 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

t qu'on proposait, et d'accepter le vœu de toute Tarmée. » Chanavas-Kan, ancien divan de Naser-Sing, dont la main peut-être était dans cette affaire, partit pour Pondichéry, afin de prévenir Dupleix, dont l'approbation était requise.

Ce témoignage confirme la relation de Kerjean dont s'est servi le dernier historien de Dupleix (i), au moins dans ses grandes lignes. Mais l'attitude de Bussy paraît avoir été beaucoup moins décisive que Kerjean ne le laisse entendre. Sa relation, écrite quelque temps après les événements et lorsqu'ils eurent repris un cours normal, prête à leurs débuts une sorte de régularité qu'ils n'ont pas pu avoir. Il présente les faits avec une complaisance inconsciente.

La lettre par laquelle Bussy annonça la catastrophe à Dupleix ne devait avoir de réponse qu'environ un mois plus tard, car on était à une quinzaine de marche de Pondichéry Dupleix ne put donc intervenir. Bussy n'avait pas voulu d'abord abandonner complètement la famille de Mousafer-Sing au service duquel il était; mais les enfants que le prince laissait étaient très jeunes : l'aîné avait huit ans, tandis que les frères de Naser-Sing, Salabet-Sing, Nizam- Ali et Bassalet-Sing avaient atteint l'âge viril.

Le divan (ministre des finances, intendant) de Mousafer-Sing qui, depuis le départ de Pondichéry, jouait dans le gouvernement le rôle principal, bien qu'il y eût un premier ministre ou wakil moutlak ('?), s'appelait Ramdaspendet (3). il perdait à la mort de son maître toute sa fortune et ne pouvait la sauver qu'en servant la cause d'un prétendant capable de comprendre et de récompenser ses services. Il n'est donc pas étonnant qu'il ait pris parti pour Salabet Sing, aîné des fils survivants de Nizam-el-Molouk.

Dupleix nous apprend, en effet, que c'est ce brame qui empêcha Bussy de proclamer le fils de Mousafer-Sing et lui persuada d'accepter Salabet-Sing, sauvant ainsi la fortune et la famille de Nizam{4). Dupleix reçut, le 22 février, la nouvelle de la mort de

(1) TibuUe Hamont, Dtipleùv.

(2) Appelé Mahomet-Anaver-Kan.

(3) Hamont l'appelle R.agnoldas, déformation de Roknoudoulah, nom d'un autre personnage.

(4) Arch. Vers. E. 3748, 150. Dupleix à Bussy, 24 mai 1751.

Mousafer-Sing. 11 écrivit à Bussy, le 24, une lettre pour lui donner ses instructions dans cette conjoncture (').

« Voici, disait-il, le parti que je juge le plus convenable. C'est « de suivre notre pointe jusqu'à Aiderabad, au moyen que l'on € nous envoie la conQrmation des paravanas que Mousafer-Sing c nous a donnés, que l'on donne au fils de Mousafer-Sing Adony, 4 Raychour et autres terres qu'il a possédées. Si l'on veut aug- « menter les nôtres, vous pouvez demander Nizampatnam et les « dépendances avec deux endroits nommés Goudour et les aidées « qui en dépendent, et une autre appelée Alemonaré, qui a aussi « quelques aidées voisines de Masulipatam. Il faudra les avoir en « pur don, ou, si Ton ne peut autrement, les avoir à renies.

c Si, comme vous me le marquez, on veut me laisser maître de < nommer aux faussedaries de Canoul et de Gadapé(2), je verrai, « quand j'en aurai le paravana (de donation), à y placer des per- « sonnes qui seront fidèles aux successeurs de ]N'izam(3). »

Il recommandait à Bussy de tenir fermement sur tous ces points et ajoutait : « Ces trois articles doivent être accompagnés d'un ser- « peau pour moi et ma femme, digne de celui qui nous les enverra et « de ceux qui les reçoivent. Vous entendez ce que cela veut dire. Le « renouvellement de vos conditions sera aussi un objet. Je souhaite « qu'on vous les augmente, inais vous ne devez pas montrer trop « d'avidité à ce sujet. Il ne faut pas revenir comme vous m'avez mar- « que le vouloir W. Il ne faut le faire que si on vous refuse absolu- « ment vos demandes. Dans ce cas, il faudrait emmener la famille « de Mousafer-Sing. On ne peut faire plus pour elle. »

Dupleix lui conseillait encore de tâcher de maintenir au pouvoir Ramdaspendet qu'on connaissait déjà un peu.

* Une fois tous les faits convenus, disait-il en terminant sa « lettre, vous assurerez les soubahs que je suis leur neveu et parent « affidé. »

(1) Arch. Vers. E. 3748, 13. Dupleix à Bussy, 24 février 1751.

(2) Ce sont celles des Patanes. On voit que pour Dupleix, faussedar et nabab sont synonymes. Ces mots signifient gouverneur, lieutenant.

(3) Il nomma M"^ Dupleix, qui fit régir sa faussedarie par Mousafer-Kan, chef cipaye ; on en parlera ci-après.

(4) Bussy avait donc pensé d'abord à se retirer du Dekhan.

Page 1