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CHAPITRE XII

« rester auprès du nabab, malgré ceux qui cherchent à nous en « éloigner, de les forcer même à nous retenir malgré eux, Tem- « barras est de faire subsister notre armée. Le nabab est quelque- « fois très embarrassé pour les dépenses indispensables de sa « famille, voilà la plus forte batterie qui nous soit opposée, contre « laquelle il faut se précaulionner et se mettre en défense, fallût-il < pour cela y employer des fonds de la Compagnie. C'est une néf cessité indispensable si elle veut conserver ses domaines anciens * et nouveaux. Il ne s'agit pas de moins que de perdre les uns et « les autres, si on se retire. » 11 pensait qu'on pourrait maintenir les Maures en s'alliant avec les Marattes, soit par la force ouverte, soit par la crainte seule qu'inspirerait cette union. En tout état de cause, la Compagnie garderait ses possessions. Ainsi pour Bussy, et par conséquent pour Dupleix, le maintien d'une petite armée auprès de Salabet-Sing était nécessaire pour faire durer l'espèce de terreur militaire qui nous soumettait les volontés. Bussy, à cette époque, est devenu le premier exemple du résident avec escorte armée, qui est un des instruments ordinaires de l'empire anglais.

Le maintien de cette autorité si nouvelle était nécessaire, si nous voulions garder les domaines que nous avions acquis. A ceux qui se plaignaient de voir retenir si loin tant de soldats, Bussy répondait que cette armée du Dekhan était une réserve en cas de guerre européenne. Un peu plus tard, au mois de décembre 1733, annonçant à M. de Rouillé l'acquisition des quatre sirkars dont les revenus devaient servir à solder son armée, il revenait sur la crainte que la Compagnie ne fît évacuer le Dekhan comme elle en avait donné l'ordre, et disait que si on rappelait les troupes, le nabab, ne pouvant se passer d'Européens, appellerait les Anglais qui intriguaient pour cela. C'était son arrivée à Aurangabad qui avait fait manquer, en 1733, des accords déjà conclus avec le gouverneur de Bombay.

« Si nous quittions le pays, le soubah nous reprendrait les pro- « vinces et les Anglais s'établiraient sur nos ruines. Le vice-roi de « Goa, lui aussi, avait intrigué pour substituer à nos troupes des « troupes portugaises. Les accords et traités sur ce sujet avaient été « envoyés à Dupleix (i). »

(1) Col. C« 84, 138. Bussy à Rouillé, 18 décembre 1753.

286 DtPLEIX, SES PLANS POLITIQUES, SA DISGRACE.

Occuper le Dekhan était donc la condition nécessaire de notre établissement à Arcate, La faveur et l'autorité du soubali légitimaient seules notre propriété. C'est pourquoi Dupleix n'avait pas exécuté l'ordre donné par la Compagnie de rappeler les troupes(i), c'est pourquoi il avait renforcé Bussy quand lui-même avait besoin de soldats, c'est pourquoi il demandait 2,500 hommes de troupes nouvelles pour occuper les points principaux du Dekhan. « Cinq « mille hommes sont suffisants pour donner la loi dans toute « l'Inde, » écrivait-il ('-).

Pour le Carnate, qui dépendait de Salabet Sing, et dont il était le maître en fait, nous avons vu qu'il avait eu un instant le dessein de s'en proclamer nabab. Bussy l'en avait dissuadé et lui avait conseillé de nommer à la nababie un seigneur du pays assez riche pour garantir le paiement d'une forte contribution. Dupleix s'arrêta à ce projet et nomma, en 1752, pour succéder à Chanda-Sahib, pris et assassiné, Mortiz-Ali-Kan, nabab de Vellore. Il écrivit en France que Salabet-Sing l'avait désigné et se garda de parler du projet qu'il avait eu de se déclarer nabab d'Arcate. Mais on le sut par des lettres de Pondichéry, et ce fut l'origine de bien des préventions contre lui : « Mon idée, écrivait-il alors, a toujours été de " faire gouverner ce pays par un Maure à l'ordinaire, et de faire t avec lui un accord pour une somme annuelle, en lui accordant « la protection du roi et de la Compagnie contre ceux qui vou- « draient le gêner en ses fondions, autres que Salabet-Sing dont « il serait toujours dans la dépendance. Ce gouverneur maure, « pour le retenir dans son devoir, n'aurait eu que le titre de lieu- « tenant de Salabet-Sing, sous les ordres du gouverneur de Pondi- « chéry, sans les ordres duquel il n'aurait pas pu faire la moindre « démarche tendant à occasionner des troubles (3). »

Telles étaient les conceptions auxquelles était arrivé Dupleix. Pour assurer à la Compagnie un revenu fixe qu'elle n'avait pas, aux actionnaires un dividende que le commerce ne pouvait fournir et qui depuis plusieurs années était diminué de moitié, il offrait l'exploitation des domaines cédés par les Hindous, et pour assurer

(Ij Fr., n. acq., 9151, 48. Dupleix à Machault, 16 octobre 1753.

(2) Fr., n. acq., 9151, 64. Dupleix à Monlaran, 9 novembre 1753.

(3) Fr., n. acq., 9151, 68. Dupleix à Montaran, 9 novembre 1753. .

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