‹ DupleixChapitre 147 sur 189 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

ces propriétés contre la versatilité des Maures, il était conduit à établir en Dekhan un protectorat de fait et en Carnate un régime bien défini, attribuant à la France la souveraineté éminente du pays.

Ces conceptions étaient assez nettes et pouvaient se discuter même en supposant, comme le faisait Dupleix, que les directeurs n'eussent aucune notion du pays. Elles avaient cet avantage d'être déjà réalisées au moment où on les exposait, et ce n'était pas tant un plan que Dupleix offrait qu'une sorte de théorie bonne pour l'instruction de ses successeurs et tirée des faits accomplis par luimême.

Malheureusement l'entreprise n'avait pas été sans difBcultés graves. Dupleix rencontra des obstacles plus redoutables que les grandes armées indiennes. Si l'on veut comprendre pourquoi il fut disgracié au moment même où il formulait les principes suivant lesquels l'Inde fut conquise par les Européens, on doit considérer d'abord que les Anglais contrarièrent son action et lui infligèrent certains échecs dont le bruit, fort grossi, effraya la Compagnie et plus encore le gouvernement: ces échecs eurent pour cause le manque des ressources militaires et financières qu'une telle entreprise demandait, et qu'il n'obtint pas à temps, parce qu'il n'avait rien prévu \ il ne faut pas oublier que la Compagnie, mal préparée par ses traditions mêmes à entreprendre des conquêtes, ruinée dès 1745, n'aurait pu se décider à des efforts coûteux que si elle avait vu à temps et clairement où on la menait. Or, elle ne fut pas avertie par Dupleix, de ce qu'il faisait, avec assez de précision ni assez tôt. Les ministres n'en surent pas plus que les directeurs.

S'il avait parlé en 1750 comme il le fit en 1753, qui sait ce qui serait advenu ? La guerre avec les Anglais effraya la Compagnie, mal informée,, et les conquêtes extraordinaires rinquiétèrent plus qu'elles ne la réjouirent. Si l'on joint à cela quelques fautes de Dupleix, quelques imprudences de langage, qui corroborèrent des bruits calomnieux venus de l'Inde, on connaîtra d'une façon générale les causes qui l'empêchèrent de vaincre pour la France.

11 nous reste à examiner d'abord les difficultés que Dupleix rencontra dans l'Inde et qui furent le fait de l'étranger ou provinrent de la nature même et de la faiblesse de ses ressources. De tout cela

il aurait pu triompher. Il ne triompha pas des préventions qu'il avait suscitées en France dans des esprits que rien n'avait préparés à le comprendre et qui d'ailleurs le jugèrent sans même connaître ses plans ; car les mémoires que nous venons d'analyser arrivèrent en France six mois après le départ de Godeheu, qui portait à Dupleix Tordre de son rappel.

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