CHAPITRE XllI
ordre révoquant Floyer et tout le Conseil (i) : le major Lawrence était nommé gouverneur par intérim et c'est lui qui avait rappelé les troupes. Est-ce à dire qu'il ne partageait pas les idées politiques de Floyer et qu'il abandonnait Méhémet-Ali ? Nous savons que le major fut un des adversaires les plus acharnés de Dupleix, et ce n'est point là la raison qui le faisait agir. « En effet, Méhémetf Ali, au désespoir de se voir abandonné par ses infidèles alliés, « mit tout en œuvre pour faire changer de sentiments au nouveau € gouverneur. Celui-ci faisait le rétif : les offres n'étaient point « encore au point désiré; Méhémet-Ali s'y rendit, l'argent fut « compté et reçu, et les troupes eurent ordre de ressortir (2) le f 28 juillet, cinq jours après leur rentrée. »
Il est certain que ces allées et venues ne peuvent guère s'expliquer autrement que ne le fait Dupleix.
Les forces anglaises attaquèrent aussitôt Bahour, aidée française, et firent prisonniers les pions qui la gardaient. Dupleix protesta le 28 juillet même contre cette attaque directe et ne reçut pas de réponse. La campagne continua sans grand résultat jusqu'à la fin d'août; mais les nouveaux alliés ne s'entendaient pas. Méhémet-Ali se plaignait du peu de services que les Anglais lui rendaient; ceux-ci réclamaient le paravana de Naser-Sing pour les aidées de Tiravendy et de Pendematy et les 3,000 roupies par jour promises pour leur solde. Après s'être rapprochés une fois de plus de leurs limites, ils s'en éloignèrent, vers le 22 aotît, sur de nouvelles promesses d'argent; mais celles-ci n'ayant pas été tenues, ils abandonnèrent définitivement Méhémet-Ali le 28(3). Méhémet-Ali, resté seul avec ses troupes, fut mis en pleine déroute par d'Auteuil et Bussy, et la forte place de Gingi fut enlevée d'assaut. Le mécontentement de Naser-Sing fut si vif à cette nouvelle qu'il réclama aux Anglais les sommes considérables qui leur avaient été données pour leur service et qu'ils avaient si mal gagnées.
(1) Col. C« 82, 316. Dupleix à la Compagnie, 3 octobre 1750.
(2) Col. C* 83, 198. Dupleix à Saunders. — C» 82, 317. Dupleix à la Compagnie, 3 octobre 1750.
(3) Dupleix à Saunders, Col. C» 83, 198, 200. Dupleix à la Compagnie, 3 octobre 1750. Col. C 82, 318, 319. Le récit d'Orme confirme que la retraite des Anglais fut causée par le non-paiement de la solde promise.
Le major Lawrence essaya d'expliquer au soubah la retraite des Anglais. Il se plaignit de la défiance que leur montrait Méhémet- Ali, de ses mauvaises manœuvres et de l'impuissance qui en résultait pour les troupes européennes. Il déclara qu'il les avait rappelées en raison de cette mauvaise stratégie autant que par manque d'argent. Il répéta, pour faire diversion, ce qu'il avait déjà dit delà politique suivie par les Français : « Donner le Karnatic à Chanda- « Saliib, c'est tout comme s'il était entre les mains des Français, « qui se servent de lui pour faire leurs affaires. Ils ont commencé t par piller Madras, Méliapour, Tanjaour; ils ont pillé récemment « Masulipatam : ils sont très assurés que les gens de ces pays ne « sont pas des hommes. Ainsi ils peuvent présentement aller du « côté d'Ayderabad. Toutes ces considérations doivent vous faire « penser à vous tenir sur vos gardes contre eux (i). »
Lawrence prétendait en même temps avoir reçu les paravanas de la cour de Delhi pour la concession de l'ile de Divy près de Masulipatam et priait Na.ser-Sing de les confirmer avant que les Français s'emparassent de l'île. Le soubah refusa d'envoyer les pièces qu'on lui demandait et dont les chefs anglais avaient besoin pour justifier leurs actes aux yeux de leur Compagnie. Il paraît même, au dire de Dupleix, qu'il ne lisait pas toutes leurs lettres et qu'on en trouva dans son camp qui n'avaient pas été ouvertes. La conduite de Lawrence, les conseils qu'il donnait au soubah, l'aide que prêtait en même temps le chef d'Ingiron aux Maures qui attaquèrent la loge française de Masulipatam prouvent que dès l'été de 1750, les Anglais avaient arrêté de suivre une politique d'opposition aux Français. Qu'ils y eussent été engagés d'abord par leurs relations de politique avec Méhémet-Ali et par l'argent qu'ils en reçurent, il n'y a là rien que de fort probable ; c'est, nous l'avons vu, de la même manière que s'engagea Dupleix avecChanda- Sahib. Mais leur politique se précisa en même temps que celle des Français sur laquelle elle fut copiée. Ceux-ci voulaient installer un nabab de leur choix à Arcate; les Anglais aussi soutinrent un prétendant ; à Chanda-Sahib qu'ils avaient reconnu d'abord, ils opposèrent Méhémet-Ali ; contre Mousafer-Sing ils soutinrent Naser-
(1) Dupleix à Saunders. C« 83, 2C4.