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CHAPITRE XIII

Sing. Ils cherchaient aussi à s'agrandir, comme les Français. Ils occupèrent plusieurs aidées. Les lettres de LaAvrence et de Saunders, successeur de Floyer (août 1750), font de continuelles allusions aux paravanas nécessaires pour Tiravendipatam, Méliapour (ou San-Thomé) et Pendematy, qu'ils demandent au soubah comme la condition préalable de l'envoi d'auxiliaires blancs. Naser- Sing ne les accorda pas, et c'est pour ce motif que les troupes anglaises restèrent inactives jusqu'en décembre 1750. Mais après sa mort et son remplacement par Mousafer-Sing, Saunders comprit la faute commise et se hâta de soutenir Méhémet-Ali-Kan, réfugié de nouveau à Trichinapali. Sommé par Mousafer-Sing de restituer les aidées dont il s'était emparé indûment, il refusa, prétendant à tort, pour justifier sa conduite, que le nouveau soubah voulait reprendre tous les établissements des Anglais sur la côte C). Il ne reconnut ni Mousafer-Sing ni Salabet-Sing et parvint à empêcher Méhémet-Ali de faire sa soumission comme celui-ci en avait le désir. Il déclarait soutenir le nabab légitime.

Si l'on se souvient qu'Anaverdi-Kan, son père, n'était qu'un officier de Nizam-el-Molouk, placé par son maître comme régent à la tête de la nababie d'Arcate et devenu nabab par l'assassinat du prince légitime Sabder-Ali-Kan, on conviendra que Méhémet-Ali n'avait aucun droit à la possession du pays, à moins qu'il ne lui fût donné par le soubah successeur de Nizam.

Il pouvait certainement garder ce qu'il avait, s'il était assez fort pour cela : mais on ne pouvait parler de droit et de légitimité. Quant au soubah, si l'on pouvait hésiter au début entre Naser-Sing et Mousafer-Sing, entre le fils et le petit-fils de Nizam, Salabet- Sing, qui les remplaça, était le propre frère de Naser-Sing, et vu les habitudes politiques de l'empire mogol, il avait tous les droits qu'on pouvait exiger. D'ailleurs, à ce Salabet-Sing, qu'ils prétendaient ne pouvoir reconnaître, les Anglais surent bien offrir des soldats quand ils virent jour à pouvoir remplacer les Français auprès de lui. Ils furent donc de mauvaise foi quand ils déclarèrent soutenir en Méhémet-Ali-Kan l'héritier lésritime de la

(1) Col. C« 83, 211, 212 Dupleix à Saunders ; trad. de la lettre de Mousafer- Sing à Saunders, lettre de Saunders à Dupleix, du 18 janvier 1751.

nababie d'Arcate. Ils paraissent même l'avoir défendu malgré lui.

En effet, Méhémet-Ali, battu par les Français et sans ressources après la défaite de Naser-Sing, voyant son propre frère Mafous-Kan tenir son rang à la cour de Mousafer-Sing, ne pouvait désirer qu'une seule chose : faire son accommodement comme tant d'autres seigneurs maures, comme l'avait fait Chanavas-Kan lui-même, divan de l'ancien soubah et responsable de la prison subie par Mousafer-Sing.

Il n'avait pas même été nommé nabab d'Arcate par Naser-Sing. Il demanda donc à Mousafer-Sing un kaoul (sauvegarde). Gela se passait pendant le séjour du jeune prince à Pondichéry. Un chef maratte, Janozy-Bahadour, servit d'intermédiaire, et la sauvegarde fut libellée dans les termes mêmes qu'il dicta. Ils ne parurent pourtant pas assez explicites, car Méhémet-Ali demanda à Dupleix de lui en faire dresser une autre dont il envoyait le modèle. Il y mentionnait spécialement que le soubah ne lui demanderait aucun compte des revenus du Carnate perçus par son père et par lui (c'était un objet de 80 lakhs de roupies, 20,000,000 francs), qu'il aurait des emplois, des jaguirs et des forteresses. Il les désignait dans une lettre particulière au gouverneur et réclamait avec instance sa garantie personnelle. On peut supposer qu'il était sincère. Dupleix le crut et transmit le kaoul à Bussy pour qu'il le fît signer au soubah. Après cette formalité il le retourna à Méhémet- Ali et donna l'ordre à Bussy d'agir auprès de Mafous-Kan pour qu'il conseillât à son frère de se servir de cette sauvegarde.

Il comptait à cette époque sur la prompte soumission du rebelle. Il l'assurait lui-même de son amitié et disait volontiers qu'il s'intéresserait à lui (i). L'intervention des Anglais, pour lesquels il était nécessaire qu'il restât prétendant, la défiance peut-être qu'ils surent éveiller en lui et leurs promesses parurent alors changer les dispositions de Méhémet-Ali : il était, il est vrai, à Trichinapali aussi dépendant des Anglais que Salabet-Sing l'était de nous. Quoi qu'il en soit, Dupleix fit, après la mort de Mousafer-Sing, signer

(I) Col. C* 83, 214. Dupleix à Saunders. Trad. du kaoul et de la lettre de Méhémet-Ali. — Arch. Versailles. E 3748, 10-12. Dupleix à Bussy, 21 janvier, 5 février 1751.

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