‹ DupleixChapitre 151 sur 189 · CHAPITRE xm · texte numérisé non relu

CHAPITRE xm

un second kaoul par le nouveau prince; et celui-ci y ajouta une lettre par laquelle il marquait son étonnement des retards que Méhémet-Ali mettait à se soumettre 'A). Mais le chef rebelle n'était plus maître de ses actions, il l'écrivit en propres termes à Dupleix et l'on peut considérer qu'il fut, à partir d'avril 17ol, le prisonnier des Anglais ("^).

Chanda-Sahib, irrité des atermoiement forcés du malheureux, prit le parti de se rendre à Trichinapaliavec son armée et les troupes françaises : t Que Salabet-Sing envoie ordre sur ordre, disait « Dupleix. Au besoin, qu'on mette la patte sur Mafous-Kan pour agir « ainsi sur son frère (3). » L'armée suivit les troupes anglaises qui se repliaient devant elle en escarmouchant, arriva sur les bords du Coleran devant la ville, où elle fut arrêtée deux mois par le débordement du fleuve. Alors Méhémet-Ali recommença à négocier à l'insu des Anglais qui le surveillaient de près. Dupleix n'avait pris l'offensive que par suite des lenteurs du Maure à se soumettre, mais il lui conservait encore de la bonne volonté; il avait permis que Bussy demandât pour lui la faussedarie de Rajimendri près deMasulipatam, bien qu'il jugeât ce voisinage assez dangereux pour nous (4). Il avait accordé cela aux prières de Mafous-Kan et d'un frère du vieil Anaverdi-Kan. Il alla plus loin : il accorda encore personnellement un kaoul par lequel il s'engageait à lui faire donner par Salabet-Sing le gouvernement des quatre cerkars de Rajimendri, de Chittakol, d'Elour et de Moustafanagar, que Bussy occupa plus tard : « Je prends à témoin Jésus et Marie, écrivait « Dupleix, et je jure sur l'Évangile que j'exécuterai les promesses € que je vous ai faites (â). »

Mais il était trop tard et Méhémet-Ali ne pouvait plus se dégager de la main des Anglais. Il eut de longues négociations secrètes avec d'Auteuilet Brenier, chefs des troupes françaises. Sa correspondance est celle d'un prisonnier. « Les sentinelles d'ici veillent avec trop t d'attention pour que je puisse envoyer une personne de considé-

(1) Arch. Vers. E 3748, 12 et suiv. Dupleix à Bussy, 26 février, 6 mars 1751.

(2) Col. C« 83, 217. Lettre de Méhémet-Ali à Dupleix.

(3) Arch. Vers. E 3748, 41. Dupleix à Bussy, 7 mai 1751.

(4) Ibid., 44. Dupleix à Bussy, 12 mai 1751.

(5) Col. C 83, 220. Dupleix à Saunders, kaoul pour Méhémet-Ali-Kan.

t ration à M. Brenier, écrivait-il à Dupleix (i). II y a bien des diffit cuites pour faire sortir des alcaras (messagers) d'ici, comment « pourrais-je obtenir la permission devons envoyer une personne « notable? Lorsque vous enverrez vos gens, écrivait-il à Brenier, « recommandez-leur de dire qu'ils sont mes espions ('2). » Il dit un jour : « Je ne suis pas le maître de terminer mes affaires. Cepen- « dant je ferai le possible pour ne pas manquer à ma parole. Con- « sidérant le pouvoir de ceux qui sont ici je suis obligé de suppo- « ser quelque prétexte pour finir mes affaires. Il faut que je chert che quelque prétexte pour renvoyer ceux qui sont ici. Supposé « que vos adversaires, ceux qui sont à mon service, m'arrêtent « parce que je leur dois leur paie, il faut me prendre alors sous t votre protection (3). »

Ainsi, Méhémet-Ali tâchait de faire son accommodement et imputait aux Anglais le retardement de sa soumission. Ceux-ci laissèrent alors tomber le masque. Ils avaient prétendu occuper l'île de Divy en vertu d'une concession de Naser-Sing, mais ils en avaient été expulsés par Friell, gouverneur de Masulipatam. Chose plus étrange encore, le 14 mars 1751, Cope disait que Naser-Sing avait aussi engagé Trichinapali et ses dépendances aux Anglais (M. Or, le 4 août suivant, Saunders écrivit à Dupleix que Méhémet-Ali lui avait engagé le royaume de Trichinapali depuis quelque temps pour répondre de l'argent prêté par les Anglais, et à Chanda-Sahib que l'engagement datait de juillet 17o0. Le capitaine Gingen, commandant à Trichinapali, écrivit, de son côté, à d'Auteuil, que le pays appartenait à la Compagnie d'Angleterre depuis juillet 1751 et qu'il était contraire aux traités que les Français soutinssent Chanda-Sahib, ennemi déclaré de la nation anglaise. Toutes ces allégations se contredisaient évidemment. Il était facile de prouver que Méhémet-Ali n'avait pu faire une telle donation en 1750, car Lawrence n'en parlait pas dans sa lettre au soubah de septembre 1750(5), et d'ailleurs la donation ne pouvait avoir été faite sans l'approbation de Naser-

(1) Col. C*, 83, 220. Lettre de Méhémet-Ali à Dupleix.

(2) Ibid. Méhémet-Ali à Brenier.

(3) Col. C 83, 221. Méhémet-Ali à Dupleix.

(4) Arch. Vers. E 3748, 28. Dupleix à Bussy, 26 mars 1751.

(5) Voir plus haut, page 294.

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