CHAPITRE XIII
de la disgrâce de Dupleix, Law, neveu du financier et frère de ce Law de Lauriston qui fut gouverneur de l'Inde en 176o, était passé dans le pays à vingt ans, en 1744 ; il fut nommé commis de premier ordre en 1743, lieutenant en 1746, capitaine le 4 novembre 1730. Il épousa, le 22 février 1731, Marie Carvalho, fille d'un marchand de Madras, ami et correspondant de Dupleix, et dut probablement à cette alliance le commandement dont il s'acquitta si mal. Il ne serait pas le seul qui ait dû quelque chose à la parenté ou à des relations d'aoïitié avec Dupleix. On trouve, parmi les officiers de 1730, son neveu Jacques Desnos de Kerjean, né en 1717, venu dans l'Inde en 1742, capitaine et chevalier de Saint-Louis en 1730; les gendres de sa femme, Corneille de Schonamille, fils du gouverneur ostendais à Bengale, et François Coyle-Barnewal, sujet anglais ; un Portugais, Louis de Norofiha, qui se prétendait parent des Castro, dont la mère de M"^ Dupleix portait le nom (i).
Aucun de ces officiers n'avait fait la guerre ni servi ailleurs qu'aux îles et dans l'Inde; encore firent-ils leur école à partir de 1746 et au siège de Pondicliéry, mais ceux qu'on envoya de France après 1730 suscitèrent les plaintes les plus vives par leur jeunesse et leur inexpérience. « Les soldats s'en moquent, écrit « Dupleix en 1733 à la Compagnie, ce sont des enfants: ils ne » savent rien ; ceux de l'année dernière étaient un peu meilleurs, « mais pas une tête. » La Compagnie répondait que les officiers d'un certain mérite et susceptibles d'avancer étaient difficiles à déterminer, ce qui donne par opposition une pauvre idée de ceux qu'elle envoyait. Pourtant, sans parler de Bussy et de Kerjean, Dupleix se loua des services des capitaines Mainville, Astruc, Maissin, qui commandèrent successivement sous Trichinapali, surtout du premier, qui avait de l'action sur le soldat. « Maissin, disait-il, ferait un bon major. » Aucun, à son avis, ne valait Bussy, dont il semble pourtant que les mérites militaires n'aient pas valu l'esprit politique et qui n'eut affaire qu'aux Hindous pendant cette guerre. Un des défauts communs à tous ces officiers et dont Dupleix se plaint le plus fré-
(1} Col. Série G' 125. Registres des mariages de Pondichéry. Parmi ses alliés ou ceux de sa femme étaient les conseillers de Saint-Paul et Friell, l'un beau-frère et l'autre neveu de M"^ Dupleix, Léon Moracin, troisième mari de la nièce de Dupleix, M"'' Kerjean.
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quemment, c'est l'insubordination. En 1747, les capitaines de la garnison de Pondichéry refusèrent de marcher sous les ordres de Paradis, ingénieur en pied et conseiller. Il fallut leur donner pour chef le vieux Bury, qui était incapable et qui fit manquer l'attaque sur Goudelour. Dupleix, tout en dénonçant le fait à la Compagnie, excusa les meilleurs d'entre eux par la fausse conception qu'ils se faisaient de l'honneur militaire et vu la difficulté du recrutement, il se porta de lui-même à une indulgence qu'on lui conseilla encore de Paris. Mais il n'y avait pas d'excuse possible pour la fuite honteuse des treize officiers qui abandonnèrent, le 4 avril 1730, l'armée de d'Auleuil, alors en face de Naser-Sing. Réduit à une dizaine d'officiers pour encadrer ses hommes, d'Auteuil dut battre en retraite sur Pondichéry. Cette fois les coupables, parmi lesquels Schonamille, furent cassés, et cela ne parait pas trop sévère (i).
Bien qu'il eût le droit comme gouverneur de les punir des arrêts, de les avancer même d'un grade à titre provisoire, bien qu'ils dussent obéir même hors de la ville à un simple conseiller, Dupleix ne pouvait leur donner d'ordres concernant la profession militaire. Dans sa correspondance avec les divers commandants, il donne des directions générales et des conseils, pas d'ordres particuliers et précis. On sent très bien qu'il ne commande pas aux officiers comme aux marchands de la Compagnie. On ne peut pas dire qu'il y ait eu de leur part d'actes d'insubordination caractérisée, comme ceux qui viennent d'être rapportés, mais il y eut, dans l'exécution des plans du gouverneur, des tâtonnements, des hésitations, des contradictions même qui n'auraient pas eu lieu si l'ordre avait été donné par un supérieur militaire au lieu de l'être par un supérieur
D'autre part, les chefs d'armée, si l'on peut employer ce mot, n'étaient que de simples capitaines dont le commandement sur leurs égaux était nécessairement moins assuré qu'il n'aurait dû l'être pour le bien du service. Aussi Dupleix demanda-t-il de bonne heure, dès 1751, le brevet de lieutenant-colonel pour Bussy, qui fut accordé seulement en 1733, trop lard pour servir utilement ses
(1) Fr., n. acq., 9146, 15 et suiv. Dupleix à la Compagnie, 3 octobre 1750. Un des assauts tentés sur Trichinapali échoua parte que le lieutenant Valgras qui commandait était ivre (Dupleix à Godeheu. G* 85, août 1754).