CHAPITRE XlII
zières. Les chemins étaient larges et fort beaux en temps ordinaire, mais impraticables en temps de pluie. Les troupes campaient autant que possible près d'une taupe, massif d'arbres abritant ordinairement plusieurs étangs. L'approvisionnement du camp était assuré par un entrepreneur nommé arombaté. Un certain nombre de cuisiniers indigènes préparaient les repas des soldats sous la surveillance d'hommes envoyés pour cela par les compagnies.
Les officiers allaient en palanquin, très rarement à cheval. On n'avait pas de cartes du pays. On finit par en faire pour arriver à se passer des guides hindous qui connaissaient mal les routes ; mais ce n'est qu'après le départ de Dupleix qu'on entreprit de faire celle de Pondichéry à Trichinapali. Chaque commandant devait avoir son interprète. Ils étaient généralement voleurs, mais on était obligé de se servir d'eux. Il n'y avait, en eR"et, à Pondichéry, que fort peu de blancs qui connussent la langue courante du pays, le tamoul.
Quant aux troupes auxiliaires, elles comprenaient les compagnies de topas ''X, manœuvrant à l'européenne, que l'on trouve dès l'origine dans la garnison de Pondichéry. C'étaient des indigènes chrétiens : ils formaient des troupes très mauvaises Les Cafres, dont il est souvent question dans les récits de cette époque, étaient des esclaves levés par La Bourdonnais en 1746 pour renforcer ses équipages. On les avait loués à leurs maîtres pour faire le service de matelots ou de portefaix (2). Il y en avait 400 à 500. La Bourdonnais en laissa une partie à Pondichéry et Dupleix les utilisa comme soldats après les avoir exercés (2). Ils combattaient en irréguliers, battaient l'estrade et, armés d'un fusil et d'une hache, effrayèrent beaucoup les Anglais pendant le siège de la ville. Ils avaient du courage et de la férocité. Dès 1746, on en récompensa quelquesuns, qui s'étaient bien conduits dans un combat contre les Maures, par le don de la liberté. La Compagnie approuva Dupleix de n'avoir pas renvoyé aux îles des hommes aguerris qui auraient débauché les autres esclaves, et ordonna de les répartir dans les compagnies d'infanterie à la place des topas, ou d'en former des
(1) D'un mot qui signifie chapeau.
(2) Col. C* 81, 145. Paradis à la Bourdonnais. Mém. de la Bourdonnais, passim .
(3) Fr., n. acq.. 9144, 209. La Compagnie à Dupleix, 23 décembre 1748.
compagnies spéciales. Le gouverneur des îles, David, remboursa leur valeur à leurs propriétaires'.!). Hs restèrent considérés comme des esclaves : vingt-sept d'entre eux s"étant enfuis chez les Anglais, Dupleix les réclama comme esclaves de la Compagnie et Floyer, le gouverneur de Goudelour, refusa de les rendre parce qu'il lui plut de les considérer comme soldats libres - . Il paraît qu'en 1754 Dupleix eut l'intention de recruter quelques centaines d'esclaves abyssins pour servir dans les troupes de l'Inde. L'arrivée de Gode heu l'empêcha d'exécuter son dessein.
Les cipayes formaient la plus grande partie des troupes auxiliaires. On attribue assez généralement à Dupleix la gloire d'avoir deviné quel parti les Européens pouvaient tirer des indigènes dans leurs guerres coloniales, et d'avoir créé la première troupe de ce genre encadrée par des Européens. Il n'en est rien. Les cipayes dont se servit Dupleix ne ressemblaient guère aux régiments de natifs qu'entretiennent les Anglais, et ce n'est pas même lui qui eut le premier l'idée d'employer ces soldats.
Nous avons vu plus haut que, de tout temps, il y avait eu dans les troupes de l'Inde des topas qui formaient le tiers ou même la moitié des corps entretenus. On avait aussi des pions armés formant en quelque sorte une troupe de police. Quant aux cipayes, ils sont mentionnés pour la première fois dans une lettre du Conseil de Mahé à la Compagnie, en date du 1*^' février 1741. Dans un combat livré au rajah Bayanor, qui resserrait cette place, on mit en ligne à côté des troupes blanches 200 cipayes. A celte date, Dupleix était au Bengale. Ce n'est donc pas lui qui eut l'idée d'utiliser le courage des musulmans malabares. C'est très probablement Dirois qui, manquant de soldats et n'espérant pas de secours dans les difficultés où il fut en 1740, eut l'inspiration de renforcer sa garnison avec des indigènes qui jouèrent à Matié le même rôle que les topas à Pondichéry(3).
Lorsque Dupleix dut renforcer la garnison de Karikal, il fit venir à Pondichéry des cipayes de Mahé pour soulager ses troupes dans leur service de garde. Il y en avait une compagnie. « L'expérience
(1) ibid.
(2) Arch. Vers. E. 3746, 28. Dupleix à Floyer, 26. 27 et 30 mai 1750.
(3) Col. C* 80, 294. Le conseil de Mahé à la Compagnie, 1" février 1741.