‹ DupleixChapitre 159 sur 189 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

la valeur el la fidélité des rajahs et de leurs troupes. Il s'agissait surtout pour lui d'enlever aux Anglais et à leur protégé Méhémet- Ali l'appui qu'ils avaient trouvé auprès du rajah de Maïssour. Certains historiens ont considéré la négociation qui nous assura cette alliance en 1753 comme une merveille de diplomatie, comme l'équivalent d'une grande victoire et la réparation du désastre de Trichinapali. Ils en attribuent l'honneur à M""^ Dupleix, sans donner d'ailleurs aucune preuve de leurs assertions, sans même énoncer les conditions des traités qui furent en effet conclus entre Dupleix, le rajah de Ma'issour et le chef maratte Morari-Rao (D.

Il importe avant tout de distinguer entre ces deux personnages. Morari-Indou-Rao était un Maratte qui avait tenu un moment la forteresse de Trichinapali en 1742, après la prise de Chanda-Sahib par ses compatriotes. Chassé de ce poste par Nizam-el-Molouk, il était resté dans le pays, s'était emparé de quelques forteresses dans les montagnes, à soixante lieues de Pondichéry vers l'ouest, et entretenait une petite armée composée de 200 blancs, déserteurs français, anglais ou portugais, d'autant de topas, de 2,000 cipayes et de 3,000 cavaliers marattes. 11 vivait de piraterie avec ses bandes et commettait d'affreux ravages dans le Carnate. Ce coquin, comme l'appelle Dupleix, se faisait payer cher par ceux qu'il servait, et recevait de l'argent de l'ennemi pour ne pas donner franchement le jour du combat. Il avait dressé ses fantassins à l'européenne, et ses cavaliers, commandés par de bons capitaines, étaient excellents pour battre l'estrade et bien armés de fusils, de sabres et de pistolets. Cinq cents d'entre eux, particulièrement dévoués à leur chef, formaient une troupe très dangereuse et prête à tout entreprendre (2); ce chef de mercenaires, brave d'ailleurs, passait avec ses bandes au service de qui voulait l'acheter. Il avait combattu dans l'armée de Naser-Sing; Méhémet-Ali l'enrôla à son tour en i7ol. A cette époque, Dupleix faisait reproche aux Anglais de leur alliance « avec ce bandit dont il avait, dit-il, éludé les offres d'amitié pour « des raisons que des chrétiens doivent avoir toujours pré- « sentes (3). »

(1) Hamont, Dupleix, ch. viii. Guet, Jdn-Begum, p. 79-81.

(2) Col C* 93, 218. Questions militaires sur l'Inde.

(3) Col. C> 83, 229. Dupleix à Saunders, 18 février 1752.

Le rajah de Maïssour était, lui, ua prince puissant, dépendant dusoubah de Dekhan. Le pays était, en 1750, gouverné au nom du prince encore jeune par ses deux oncles, l'un régent, l'autre daluay ou commandant de l'armée. Ce dernier s'appelait Naudi-rajah. Une lettre, adressée par lui à Godeheu, nous apprend que Méhémet- Ali demanda au rajah de Maïssour des troupes auxiliaires et de l'argent pour payer les siennes. Le prix de l'alliance devait être la cession deTrichinapali avec toutes ses dépendances (i).

Les Marattes de Morari-Rao et les Maïssouriens se joignirent aux Anglais dans Trichinapali. Mais, selon la perfidie indienne, tout en escarmouchant avec les troupes de Law, le clahvay demanda à Chanda-Sahib la cession de quelques aidées dont il s'était emparé. A Dupleix il offrit 10 lakhs de roupies s'il voulait lui céder Trichinapali. Le gouverneur lui répondit comme il le méritait, mais jugea sans peine que l'alliance du Maïssourien avec Méhémet-Ali ne durerait pas longtemps ''). Morari-Rao, de son côté, négociait avec Bussy que Dupleix appelait à son aide, et qui, ayant réconcilié le peishva des Marattes, Badji-Rao, avec Salabet-Sing, se préparait à les conduire tous deux dans le Maïssour pour y lever l'impôt dû depuis plusieurs années. Le wakil (envoyé) de Morari-Rao promit à Bussy que son maître se joindrait à lui. On espérait même que Méhémet- Ali pourrait être attiré dans le camp du soubah et qu'on pourrait lui mettre la patte sur le collet (3). Ainsi, dès les premiers mois de l'année 1752, et bien avant le désastre de Trichinapali, Dupleix et Bussy étaient en rapports avec les alliés de Méhémet-Ali, et cherchaient à les gagner par peur ou autrement. Après la capitulation de Law dans l'île de Cheringam (13 juin 1752), le vainqueur et ses alliés anglais refusèrent, comme on doit le prévoir, de livrer Trichinapali aux Maïssouriens. On a vu plus haut que les Anglais s'en prétendaient les propriétaires par cession de Méhémet-Ali. Il n'y eut pas besoin de diplomatie pour exciter le courroux du rajah cruellement dupé. L'attaque du soubah était d'ailleurs toujours à redouter pour les Maïssouriens comme pour Morari-Rao. Celui-ci,

(1) Col. C« 85, 456. Naudi-Rajah à Godeheu, 4 septembre 1754. {2} Arch. Vers. E 3750, 46. Dupleix à Law, 19 février 1752. (3) Ibid. E 3748, 144, 146. Dupleix à Bussy, 19 mai 1752.

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