‹ DupleixChapitre 161 sur 189 · CHAPITRE Xlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlll

300,000 roupies, et en janvier 1751, 389,644. Ces fonds furent avancés en partie par la caisse de la Compagnie, en partie par Dupleix et d'autres particuliers. Il en poursuivit le remboursement avec une vigilante attention. Dès mars 1751, il demandait à Bussy de faire payer par le divan Ramdaspendet à Masulipatam les trois lakhs de roupies prêtés par la Compagnie et lui à Mousafer- Sing lors de son départ;'). En mai il n'était pas encore payé des six lakhs de roupies et pourtant « il ne réclamait que son dû et celui de la Compagnie (' . »

A partir des premiers mois de 1751, il eut la disposition des revenus du Carnate en vertu des paravanas de Salabet-Sing ; ce sont ces ressources qui lui permirent de faire face aux dépenses de la guerre. Il écrivait à Bussy en octobre 1751 : « A peine les revenus « de la province peurent-ils fournir aux dépenses qu'occasionnent e Méhémet-Ali et les Anglais. A peine a-t- on pu cultiver le quart des « terres. Le pays est dévasté ; le défaut de récoltes ul occasionne à « moi des avances considérables. Il faut qu'il soit sorti de mon « coffre plus de dix lakhs de roupies depuis mai dernier sans qu'il « puisse y en rentrer une seule (3). »

Dupleix comptait, on le voit, sur les revenus de la province pour se payer de ses avances. Mais d'où provenaient les fonds prêtés par lui ? Il avoua à la Compagnie elle-même avoir beaucoup reçu de Mousafer-Sing W; ce sont ces dons considérables qui lui servirent à solder les frais des premiers mois de guerre. Mais à partir de 1751, il perçut régulièrement une partie des revenus du Carnate et fit face aux frais de la guerre à l'aide des impôts levés sur les sujets de Chanda-Sahib. Sur ce point, aucun doute n'est possible. Une pièce inédile et rédigée de la main même de Dupleix nous explique comment il procédait et l'origine de ses ressources. Devant fournir des explications lors de son procès, à l'arbitre qu'il avait été obligé de désigner, le sieur Duportail, Dupleix les lui donna, mais à condition qu'elles ne fussent pas connues de la Compagnie. Celle-ci, on le sait, prétendait que Dupleix était son débiteur et non son créan-

(1) Arch. Vers. E 3748, 23. Dupleix à Bussy, 17 mars 1751.

(2) Arch. Vers. 3748, 54. Dupleix à Bussy, 27 mai 1751.

(3) Ibid , 97. Dupleix à Bussy, 23 octobre 1751.

(4) Fr., n. acq., 9146, 265. Dupleix à la Compagnie, 9 novembre 1753.

cier, parce qu'il avait louché les revenus de terres dont la Compagnie avait supporté la dépense.

Duplei\ lit observer à son arbitre :

l" Qu'il n'était pas un comptable de la Compagnie, mais que ses comptes étaient les bordereaux de sommes avancées aux piinces maures. Ces états étaient dressés pour ces princes et n'étaient présentés à la Compagnie que parce qu'en le rappelant, elle l'avait mis dans l'impossibilité de se faire payer.

« Le sieur Dupleix avait toujours affirmé que les princes maures € lui avaient assigné pour son remboursement d'abord quelques f districts ou aidées du Carnate et ensmle presque toute la province « entière. Ces princes avaient leurs receveurs particuliers dans les « districts : M. Dupleix les faisait solliciter continuellement pour « en tirer de l'argent et portait exactement en recette les sommes « qu'il pouvait en arracher. Ainsi le sieur Dupleix n'avait avec ces « receveurs ni bail, ni marché, ni convention : il ne peut donc t avoir aucune pièce à fournir pour ces objets. En 1753 Salabelt Sing, ne pouvant rembourser toutes les avances, délégua à t Dupleix tout le revenu du Carnate jusqu'à son remboursement « complet. « Or, après le retour de Dupleix en France, Godeheu t afferma lt!s revenus qui étaient affectés audit remboursement (i). »

Dupleix avouait ensuite qu'il avait perçu les revenus du Carnate par l'intermédiaire d'un certain PapiapouUé qu'il déclarait être un receveur nommé par Chanda-Sahib, mais il prétendait que celte perception élait un remboursement de ses avances et que les paravanas du soubah qui lui donnaient la possession de la nababie d'Arcale n'étaient qu'une délégation temporaire motivée par les avances qu'il avait faites. Sur ce point il fait une erreur volontaire puisqu'il a été démontré plus haut que la nababie fut cédée au gouverneur de Pondichéry en toute souveraineté. Comme nous savons qu'il ne pouvait faire d'avances par lui-même, nous devons penser qu'il déguise ici la vérité.

En effet, il savait qu'il ne pourrait exiger de la Compagnie le

(1) Fr., n. acq., 9170, 48. Réponse du sieur Dupleix aux observations de la Compagnie des Indes sur la recette de ses comptes, 1758 (minute autographe de Dupleix).

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