‹ DupleixChapitre 163 sur 189 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

qu'il n'était comptable à personne qu'à lui. Il était surtout en relations avec M'°« Dupleix, à laquelle il avait dénoncé son ennemi Rangappa (i) comme un faux journaliste qui écrivait tous les jours tout ce qui se passait au gouvernement.

11 écrivait en 1758 à la fille de M™" Dupleix, alors en France, et disait que depuis qu'on avait appris dans l'Inde la mort de la marquise, tous les gens du pays le méprisaient; il rappelait à Dupleix lui-même que c'était Ji™' la marquise qui, par ses bienfaits, lui avait attiré l'honneur de son estime (-).

Il est infiniment probable, en effet, que cet agent fut désigné par M"^ Dupleix et que c'est là cette protection puissante qui empêchait qu'on ne s'attaquât à lui. C'est lui, c'est elle par voie de conséquence, qui sont responsables des excès signalés par tous les officiers commandants de postes et qui ont aggravé et peut-être causé la détresse financière de Dupleix. A la fin les impôts ne rentraient plus à cause de la guerre et surtout des vols. L'armée n'était pas payée depuis plusieurs mois quand Godeheu arriva. Il comptait sur les grands revenus dont Dupleix parlait à la Compagnie, mais il trouva les caisses vides. Quand il demanda à Dupleix comment faire pour subvenir aux dépenses, celui-ci répondit qu'il y aurait subvenu par son crédit si on ne l'eût pas remplacé. Il est certain que Dupleix avait une autorité morale bien supérieure à celle du commissaire ; néanmoins, il n'avait pu suffire au paiement de la solde depuis le commencement de 17o4. Il était lui-même dénué de fonds, puisqu'il emprunta à la caisse oO,000 roupies en partant.

On doit conclure de ces faits que le manque d'argent fut, comme la faiblesse des troupes, une cause d'insuccès pour Dupleix et qu'il fut mal servi par ses agents indigènes, comme il le fut par ses officiers. Qui sait ce que coûtèrent à la cause française les exactions de PapiapouUé?

Il nous reste à dire un mot d'un auxiliaire de Dupleix auquel on attribue dans ses actes une part considérable. Il s'agit de M™^ Du-

(1) Auteur du journal que nous avons cité.

(2) Fr., n. acq., 9165-95, — 121. PapiapouUé à Dupleix, 1758; en particulier, 95, 102, 113.

pleix, Jeanne Begum. Son dernier historien voit même en elle l'inspiratrice géniale à laquelle Dupleix aurait toujours obéi (0.

Nous allons essayer de marquer les traits de cette figure célèbre en nous servant uniquement de témoignages précis et authentiques et nous ferons ainsi justice de la légende. Essayons d'abord d'en marquer l'origine.

Barchou de Penhoën, dans un livre qui date de 1840 (2), dit de M"* Dupleix : « Versée dans toutes les langues et les dialectes de « l'Indoustan, elle correspondait, au nom de son mari, avec tous « ceux qu'elle crut en mesure de favoriser les vues des Français, t Son nom de baptême était Jeanne. Elle adopta pour signature le « nom persan de Jàn et devint fort connue à cette époque dans « l'Inde sous le nom deJân Begum. »

Saint-Priest, un peu plus tard, raconta, en prétendant s'appuyer sur des papiers communiqués par la famille, que Jeanne Vincent était une opulente créole dont la fortune doubla celle de Dupleix. Il ajoute que Dupleix, dans son contrat de mariage, accuse une fortune de plusieurs millions, ce qui, par parenthèse, ne prouverait pas qu'il les eût. Pour lui aussi Jeanne de Castro est versée dans tous les dialectes de l'Inde, elle correspond avec Chanda-Sahib avant 1746. Cet auteur ne cite d'ailleurs aucune pièce (3).

Jusqu'alors les seuls traits qui s'affirment sont la richesse et la connaissance des dialectes de l'Inde qui permet à W" Dupleix de rendre des services par sa correspondance. Un écrivain anglais, Cartwright, dans un article de The National Review, pour lequel il utilisa l'article de Saint-Priest, quelques documents du fonds Ariel et plusieurs pièces communiquées par l'archiviste du ministère de la marine (4), n'eut pas de peine à donner sur Dupleix des renseignements plus précis que ses devanciers, qui ne paraissent pas même avoir lu les mémoires ; mais, outre un grand nombre d'inexac-

(1) Guet, Jân Begum.

(2) Barchou de Penhoën, Histoire de la conquête et de la fondation de Vempive anglais dans l'Inde. Paris, 1840.

(3) Saint-Priest, de l'Académie française. Revue des Deux Mondes, 1845. La perte de l'Inde sous Louis XV (reproduit dans les Études historiques sur le XVIII' siècle du même auteur).

(4) P. Margry.

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