CHAPITRE XIII
poste de conseiller dès 1745. Elle en écrit alors à Duvelaër. Mais le sujet était vicieux et ne fut pas employé. En 1750, Dupleix, à sa prière évidemment, revint à la charge sans succès. Il en exprimait son dépit à la Compagnie avec une certaine amertume encore en 1753. Elle fit aussi recommander au ministre un certain Noronha, capucin portugais, qui se prétendait son parent parce qu'elle était une Castro. Elle l'avait fait nommer gouverneur pour les Maures de San-Thomé, d'où il observait Madras. C'était un intrigant. Cependant Dupleix demanda, pour ce neveu prétendu de sa femme, des bulles d'évéque m partibus que le ministre obtint, mais que le nonce de Paris refusa de délivrer à cause de la conduite indécente du postulant. Celui-ci avait fait le voyage de France, et se conduisit à Paris comme s'il etît encore été aux Indes. Même la famille de Dupleix en fut scandalisée. Ce Noronha parait avoir renoncé à la parenté avec les Castro quand Dupleix lui sembla ruiné.
M""^ Dupleix, en raison de l'action qu'elle avait sur son mari et de la passion qu'elle laisse paraître pour l'intrigue et la domination, exerça une certaine autorité de fait sur les petits agents indigènes et prit les avantages que lui valait son rôle d'interprète favorite. Les nababs lui offrirent des jaguirs considérables, l'aidée de Cadapet, le district de Devrecotta qui valait 400,000 roupies de revenu (0, les aidées de Chemdenour, d'Archetnangatam, etc. Elle avait, en outre, des droits utiles, par exemple les droits payés par les pèlerins qui se rendaient à la pagode de Tirpetty. Un des principaux chefs cipayes, Mousafer-Kan, fut installé par elle dans la faussedarie ou gouvernement de Cadapet comme son agent. Elle était en affaires avec l'Hindou Papiapoullé, dont les exactions sont incontestables. C'était elle qui l'avait fait nommer ; elle empêchait les plaintes contre lui d'arriver jusqu'à Dupleix. Le P. Lavaur luimême, qu'elle devait croire dévoué, le déclara à Godeheu (2), et les lettres que Papiapoullé lui adressa en France à elle-même montrent, sans aucun doute possible, qu'elle était sa protectrice. Nous
(1) Dupleix à la Compagnie, 15 février 1753. 9146, 80.
(2) Il accuse M"« Dupleix d'avoir souvent égaré son mari. Noronha dit la même chose et qu'il ne peut rien espérer de M™« Dupleix depuis qu'il a essayé de détromper son mari sur Papiapoullé. Col. C* 85, 38. Journal de Godeheu, 18-19 août 1754.
avons vu plus haut qu'elle eut des cipayes à sa solde, de compte à demi avec lui, pour la garde et l'exploitation des aidées du Garnate. La nouvelle de la mort de la marquise fit perdre tout crédit à PapiapouUé : c'est lui-même qui le déclare (<).
Une lettre assez naïve qu'un employé qui n'ose pas signer son nom adressa à Dupleix, le 8 février 17So, définit et fait comprendre l'espèce d'autorité qu'exerça M'"^ Dupleix, grâce à la faiblesse de son mari : < Godeheu a beaucoup crié sur ce que vous donniez quel- * que part au gouvernement à J/™" Dupleix. A son absence, t M"®* Boyelleau, Sornay et quelques autres nous gouvernaient. € Depuis votre départ, tout s'est fait à prix d'argent ; il fallait que « les roupies roulassent pour la moindre chose, non pour lui, car € sur larticle il est parfaitement intègre ; mais les gens qui avaient t sa confiance ont su profiter du temps (2). »
Il en avait sans doute été de même au temps de Dupleix. On comprend alors comment Saunders a osé répondre dans les termes suivants à la marquise, qui se plaignait à lui que les troupes anglaises eussent ravagé une de ses aidées : « Madame, j'ai eu l'honneur de recevoir votre lettre ; j'aurais souhaité que le sujet en eût été plus agréable et que je n'y eusse point remarqué de votre part un tel mécontentement. Les affaires publiques nous soumettent parfois à de dures lois et nous forcent à tenir une conduite dont nous serions éloignés dans toute autre occasion. Aussi, Madame, soyez persuadée que c'est de ces circonstances que vous devez vous plaindre, et non point de moi. J'aurais désiré que M. le marquis eût écrit cette lettre et que vous eussiez été plus gracieusement occupée. Je n'aurais point encouru la disgrâce dune lettre désobligeante de votre part. Je suis toujours religieusement attaché au sentiment que les dames ne doivent s'occuper que du plaisir : aux hommes appartiennent les travaux. Permettez-moi donc, Madame, de traiter cette affaire avec le marquis et de vous assurer que j'ai l'honneur d'être, etc. (3). » On doit conclure de cet exposé que M""® Dupleix, avec des quali-
(1) Fr., n. acq., 9165, 109. Papiapoullé à Dupleix, 1758.
(2) Fr., n. acq., 9162, 49. A Dupleix, 8 février 1755.
(3) Fr., n. acq., 9161, 106, 107. Saunders à M"* la marquise Dupleix. Fort Saint-Georges, 26 avril 1754. Texte anglais et traduction.