CHAPITRE II. Il
était paraphé séance tenante. Ils le faisaient ensuite approuver par le ministre et ce n'était qu'après son approbation que les délibérations, quelquefois amendées par lui, étaient couchées sur les registres (i).
Mais les règlements les mieux faits et les plus précis sont inutiles si le personnel chargé de les appliquer les néglige ou les viole luimême, s'il est incapable, s'il est recruté de telle façon que les gens honnêtes y soient assez rares, ou les hommes capables une exception. Il en fut ainsi des directeurs : ceux-ci, nommés par le roi, étaient de véritables commis dépendant des commissaires chargés de diriger la Compagnie. Cependant, vu l'incompétence spéciale des commissaires choisis ordinairement parmi les maîtres des requêtes et qui pouvaient à peine faire surveiller l'application des rè glements, les directeurs auraient pu, en sous-ordre, rendre de bons services s'ils avaient été bien choisis. Mais il semble qu'on puisse les comparer aux membres des conseils d'administration des Compagnies modernes imposés aux actionnaires, non par leurs mérites, mais par leurs relations de famille, chefs ignorants, presque irresponsables, parmi lesquels il n'y a souvent qu'une seule personne capable de diriger l'entreprise ou de contrôler utilement les actes des gérants.
Il y eut, parmi les directeurs, quelques négociants : Castanier, Cavalier, Saintard. Le premier nous est connu par d'assez nombreux mémoires financiers et par sa correspondance avec Dupleix. Or, ses mémoires et sa correspondance nous montrent que son intelligence était des plus médiocres. Cavalier résida longtemps à Londres, oii il était correspondant de la Compagnie; son esprit paraît de même très borné. Saintard passe dans l'histoire de la Compagnie sans laisser d'autres traces que ses signatures. Il en est de même de Godeheu le père et même de d'Éprémesnil, bien que celuici ait dirigé Lorient de 1732 à 1737. Rien de personnel à eux ne se détache dans l'histoire administrative de leur gestion ; rien ne permet de tirer de pair un seul de ces hommes.
Parmi les directeurs qui avaient débuté et servi dans les emplois,
(1) D'après xm mémoire sur radministration de la Compagnie des Indes, par le directeur Gillv, 1755. Col O 40. f. 89 et suiv.
il semble que nous devrions trouver des hommes d'un mérite sinjrulier.
Les autres directeurs reconnaissaient en effet leur compétence relativement grande, puisqu'ils leur confiaient les fonctions les plus importantes, mais on leur reprochait d'avoir gardé des intérêts et des amis dans l'Inde et de ne pouvoir y corriger des abus dont ils avaient eux-mêmes profité.
On a vu que l'administration de la Compagnie était divisée en départements. Hardancourt, qui avait jadis visité l'Inde, était d'abord chargé de la correspondance avec les comptoirs de cette région. Lenoir, nommé directeur surnuméraire à son arrivée de Pondichéry (0, en 1736, et titulaire à la place de Fromaget en octobre 1738, lui succéda dans ce service et le garda jusqu'à sa mort, en 1743. Dumas fut nommé à sa place et rédigea pendant trois ans les minutes. Enfin, après lui (octobre 1746), Duvelaër, ancien chef de Canton, qui régissait Lorient depuis le départ de d'Éprémesnil, prit à son tour le département des Indes. On peut donc dire d'une façon générale que ce département, qui traitait les questions politiques et commerciales les plus intéressantes, a été dirigé en fait depuis 1723 par des hommes qui, par leurs emplois, pouvaient avoir acquis une certaine compétence.
Il est certain que Lenoir, Dumas et Duvelaër gardèrent la haute main sur les affaires qu'ils surveillaient. Les minutes de la correspondance, au temps où Dumas la rédige, sont tout entières de sa main, texte et corrections, et il ne paraît pas que ses collègues aient changé quoi que ce soit aux instructions qu'il donnait. Et plus lard, lorsque, pendant la guerre de 1744, Machault eut formé un comité secret pour l'Inde, ni David, ni Castanier, ni le syndic Colabeau n'ont pu gêner beaucoup l'action de Duvelaër. Il en fut sans doute de même du comité des Indes formé, après la paix, des mêmes personnes sauf David, qui fut remplacé par Godeheu le fils. Ainsi les affaires les plus importantes pour l'avenir de la Compagnie ont dû être traitées suivant les vues des directeurs qui en ont eu successivement la charge : Lenoir, Dumas, Duvelaër et Godeheu. Les autres ont donné leur signature au bas de
1, Duploix à Lenoir, fr. 8980, 152. 25 novembre 1737.