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CHAPITRE II

la correspondance régulière, mais on ne trouve ni dans les archives de la Compagnie ni dans les correspondances particulières aucune trace de leur action personnelle.

Le travail des directeurs se réduisait à peu de chose. Ils avaient à viser ou quelquefois à rédiger la minute de la correspondance avec les comptoirs. Pour l'Inde, elle compte une trentaine de feuillets in-4° par an.

L'état des employés à tenir à jour, les lettres des comptoirs à apostiller après lecture, les lettres au ministre pour lui annoncer le départ ou l'arrivée des vaisseaux, pour lui demander, à l'époque des départs, quelques levées de matelots et des brevets pour une douzaine d'officiers ou d'employés, voilà à q^uoi se borne le travail effectif d'un directeur chargé de l'Inde. Et c'était la tâche la plus importante.

Aussi, les actionnaires se plaignirent-ils de bonne heure que les directeurs fussent trop nombreux, travaillassent peu et mal.

En 1726, un groupe d'actionnaires adressait à M"'<^ la duchesse un mémoire contre la direction (i),

« Il y a longtemps, Madame, disaient-ils, que les actionnaires gé- « missent du mauvais gouvernement de la Compagnie des Indes.... « Nous sommes forcés de rompre le silence et de porter nos plaintes « à Votre Altesse Sérénissime même, de la conduite misérable des « gens qui se sont emparés de la disposition de notre bien, étant « persuadés.... que quand même elle n'aurait pas un intérêt con- « sidérable dans la Compagnie, elle n'en serait pas moins sensible « à la ruine de tant de familles dont le bien est en actions. La « mauvaise conduite des armements des vaisseaux en 1724 et 1725 « coûte o millions de perte réelle et connue.... Les fautes gros- < sières et inexcusables qui ont été faites dans les armements « sont cause qu'il n'est encore rentré aucun des vaisseaux des « Indes expédiés par les régisseurs d'aujourd'hui. Ceux qui sont « partis en janvier 1724 devraient être revenus dès le mois de juil- « let 1725.... Les vaisseaux partis pour les Indes en 1725 sont partis « si tard par les contretemps des mauvais armements qu'ils auront « aussi manqué la mousson et qu'au lieu de revenir cette année

(1) Col. C 17, 6. Mémoire des actionnaires à M"" la duchesse, 1726.

t comme cela devrait être, ils ne reviendront que l'année prochaine, t Les malversations sur les armements font le scandale de toute la

• Bretagne.... Nous savons que le sieur Morin, directeur, a faitache- « ter au Havre-de-Gràce un mauvais vaisseau, le Protée, que c'est lui

• qui a dirigé cet armement quia coulé 40,000 livres, indépendam-

• ment du prix de l'achat, et que tout ce que ce vaisseau a pu faire a f été d'aller jusqu'à Saint-Domingue, où il a été condamné.... Il y a « dans l'achat d'un vaisseau comme celui-là bien de la friponnerie « ou bien de l'ignorance de la part du sieur Morin et des directeurs « du bureau des armements.

« Cette régie, qui ruine visiblement les actionnaires, leur coûte t des sommes immenses. Que veut-on faire de cette troupe de direc- « leurs, syndics, commissaires, qui tirent chacun de leur côté, pen- « dant que huit ou dix honnêtes gens, tout au plus, seraient sufii-

• sants pour le commerce et pour le tabac? »

Un autre mémoire daté de 17.30 et qui fut évidemment présenté à Orry, car celui-ci parait avoir adopté ses conclusions, fait d'un ton un peu moins vif des critiques analogues.

L'auteur se plaint aussi du grand nombre des employés. « Il est

• étonnant, dit-il, que pour la conduite d'une affaire comme la Com- « pagnie des Indes, il y ait quatre inspecteurs, neuf directeurs, sans t compter une quantité extraordinaire de commis inutiles, ce qui

• coûte des frais considérables. Il ne faudrait qu'un inspecteur au

• lieu de quatre, lequel serait honnête homme et entendu et se ferait

• sans doute un point d'honneur que tout se passât dans l'ordre.

« Il ne faudrait que cinq directeurs dans le commerce: trois à « Paris, un à Lorient et le cinquième à Nantes, où se rendrait celui

• de Lorient quand la Compagnie aurait à faire une vente. Elle a « trois ou quatre bons chefs de bureau très entendus qui font « toutes les affaires. Il faudrait donc choisir parmi les directeurs « ceux qui sont les plus entendus et les plus intègres ; le mérite t doit leur donner la place et non la faveur i). »

C'est en conformité de ces critiques, qui paraissent faites par un esprit indépendant, qu'Orry réduisit à six le nombre des directeurs

(1) Col. C 23, 3. Mémoire au sujet de la Compagnie des Indes et de ce qu'il y a à faire pour soutenir cet etablissemenl, 1730.

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