‹ DupleixChapitre 170 sur 189 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Comment il informe la Compagnie. — Ses réticences. — Mécontentements et inquiétudes qu'il provoque. — La question des jaguirs. *- Richesses acquises par lui, sa famille et les employés. — Ton de sa correspondance. — On propose son rappel dès 1751. — L'échec de TrichinapaU le fait décider. — Que doit-on penser de la mission de Duvelaër à Londres? — Action de Silhouette. — Envoi de Godeheu. — Instructions secrètes qui lui sont données. — Revirement produit trop tard à Paris par les mémoires de Dupleix. — Conclusion.

Par l'étude qui a été faite plus haut du progrès des idées de Dupleix, on a compris pourquoi la Compagnie et le gouvernement ne furent pas instruits par lui de ce qu'il projetait avec la précision exigée ordinairement d'un fonctionnaire par son ministre ; on a vu quelle opposition il y avait entre la prudence traditionnelle et forcée de la Compagnie et l'audace entreprenante du gouverneur. C'était une cause certaine de conflit. Laissée dans une demi-incertitude, la Compagnie aurait pardonné à Dupleix s'il eût toujours été heureux, s'il eût réduit au silence, par un bonheur constant, ceux qui lui reprochaient ses désobéissances, ses dépenses, le ton de sa correspondance officielle, et surtout les énormes richesses et les acquisitions personnelles de territoires dont on parlait en France sans les bien connaître. Attaqué depuis longtemps pour ces motifs divers, il subit à Trichinapali un désastre qu'on lui avait presque prédit. On le disgracia sans connaître, à cause de la distance, les heureuses mesures par lesquelles il l'avait déjà réparé. Cette malheureuse affaire fit taire ses amis et donna créance

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aux accusations de folie, de concussion, de rébellion. Tous les griefs qu'on aurait laissés tomber, s'il avait été vainqueur, se dressèrent contre lui parce qu'il était vaincu : ils expliquent la violence des mesures prescrites à Godeheu et méritent à ce titre d'arrêter l'attention.

La Compagnie ne fut informée des desseins de Dupleix qu'au jour le jour, selon les conjonctures qui se produisirent. Une lettre du gouverneur, en date du 31 mars 1749, lui apprit qu'il était convenu avec Chanda-Sahib de garder aux frais du nabab les cipayes el la cavalerie dont il avait dû suspendre la réforme à cause de la lenteur des Anglais à renvoyer les leurs (i). Ces troupes passaient au service du chef maure pour seconder son entreprise sur la province dJArcate. Le 31 mars 17o0, on reçut à Paris les lettres des 28 juillet et 6 août 1749. La première annonçait l'arrivée de Chanda-Sahib sur la frontière avec le successeur de Nizam et les conditions auxquelles on lui cédait les cipayes et le secours des ti'oupes blanches, c'est-à-dire la cession à la Compagnie de Villenour et de quarantequatre aidées qui en dépendaient, rapportant plus de 20,000 pagodes de revenu; la seconde annonçait la victoire d'Ambour.

La Compagnie félicita Dupleix de ce succès qui lui procurait un agrandissement considérable : « C'est, Monsieur, disait-elle, ter- « miner avec autant d'utilité que de gloire des faits qui rendront i pour jamais le nom français respectable dans tout l'Orient (2). »

De mars à juillet 1750 on reçut les lettres du 10 août et du 15 octobre de l'année précédente. La dernière faisait connaître que tous les seigneurs maures avaient reconnu Chanda-Sahib avec l'agrément de Sadoula-Kan-Bahadour-Mousafer-Sing, que les troupes avaient reçu 75,000 roupies de gratification, etd'Auleuil une aidée de 4,000 roupies de rente, que le Soudan (Dupleix n'emploie pas le mot soubah) venu à Pondichéry avait cédé à la nation Masulipatam, Bahour, etc., et que Dupleix donnait à Chanda-Sahib 800 Européens et 300 topas pour assiéger Trichinapali où se maintenait encore un fils du nabab tué à Ambour. On lui prêtait en outre 300,000 roupies fournies par divers particuliers.

(1) Col. C« 36, 144. La Compagnie à Dupleix, 15 juillet 1750.

(2) Fr., n. acq., 9145, 20. La Compagnie à Dupleix, 31 mars 1750.

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