CHAPITRE XIV
aux habitants de Pondichéry des sommes immenses (i). Sans compter les riches présents en espèces, en bijoux et en objets précieux qui lui furent faits alors (2), Dupleix reçut, à titre de jaguir, l'aidée de Valdaour, comprenant cent villages, dont il évalue lui-même le produit à 150,000 roupies (janvier 17S0). Le 17 juin, il obtenait Mafous-Bender, dont le divan Ramdaspendet voulait même changer le nom en celui de Dupleix. Sur ce dernier point, le gouverneur se montra hésitant : il voulait voir, d'après le paravana, si l'aidée en valait la peine (3). 11 avait encore un jaguir considérable en qualité d'aftazari, et rien qu'aux environs de Pondichéry il y avait vingtsept jouquans ou péages institués à son profit. En dehors de ces domaines, dont la Compagnie le laissa jouir tranquillement et qui, de 17oo à 17o9, lui rapportèrent au moins 300,000 roupies par an, il reçut en diverses occasions de nombreux serpeaux ou présents ordinairement fort riches, et dont la valeur était calculée sur la qualité de la personne à laquelle on les destinait. Lors de l'avènement de Salabet-Sing, il écrivit à Bussy de lui faire envoyer à lui et à sa femme un serpeau digne d'eux. « Vous devez vous le faire « présenter, ajoutait-il, et examiner s'il est tel qu'il doit être. « Faites priser les bijoux avant de les envoyer. Ils doivent être « dignes de l'obligation qu'on m'a. Vous devez les faire emballer « en votre présence pour qu'on n'en détourne rien et en faire drest ser un inventaire détaillé (^). » Ce serpeau tant surveillé se trouva pitoyable. « Je n'eusse osé le recevoir publiquement, dit Dupleix, si « je n'y eusse fait ajouter pour au moins 200,000 roupies de bi- « joux (5). » Quel devait être alors un serpeau digne de lui? La même année, il fit joindre à la lettre que Salabel-Sing écrivit au roi un présent de 200,000 roupies et un de 50,000 pour le contrôleur général ; on voit par comparaison à quel prix il s'estimait luimême (6). Le 23 octobre 1751, il réclamait encore au nabab et au
(1) 9159, 226. Journal du séjour de Monsafer-Sing à Pondichéry, 16 décembre 1750-15 janvier 1751.
(2) On vendit après sa mort de nombreuses armes précieuses et de nombreuses parures indiennes.
(3) Arch. Vers. E 3748, 58. Dupleix à Bussy, 15 juin 1751.
(4) Arch. Vers. E 3748, 45. Dupleix à Bussy, 12 mai 1751.
(5) Ibid., 59. Dupleix à Kerjean, 27 juin.
(6) Ibid., 81. Dupleix à Kerjean, 8 août 1751.
divan un serpeau pour la mort de son frère, « civilité qui se fait entre seigneurs maures ('); » mais nous ne pouvons faire exactement le compte de ce qu'il reçut sous cette forme.
M""" Dupleix reçut aussi de nombreuses et riches donations des nababs qui, devinant bien vite l'action qu'elle exerçait sur son mari, surent se concilier son appui. Elle reçut de Mousafer-Sing l'aidée ou faussedarie de Cadapat, appartenant à l'un des nababs patanes qui avaient trahi Naser-Sing (2), celles de Chemdenour et d'Archetnangatam qu'elle donna aux jésuites (3), Elle reçut aussi l'aidée de Devracotta, d'un revenu officiel de 221,258 roupies (Dupleix l'évalue à 15,000 pagodes seulement, soit 120,000 roupies); mais elle l'abandonna à la Compagnie, à qui Dupleix écrivit que sa femme lui faisait don de 400,000 roupies de rente (4). Sa fille, Marie Vincens, eut un jaguir de 50,000 roupies (^). N'oublions pas les revenus des fêtes de Tirpetty et les profits divers d'ordre quelconque qu'elle partagea avec son agent Papiapoullé,
Quant aux officiers et aux employés, ils eurent part dans des proportions un peu moindres que le chef et sa famille aux libéralités de nos obligés. Papiapoullé à lui seul régissait trente-deux aidées appartenant à des employés (6). « Nos messieurs, qui sont « à Aurangabad, écrit Dupleix, ont fait des fortunes immenses, « Vincens (fils de sa femme, enseigne d'infanterie) possède au moins « deux lakhs, et Bussy et Kerjean de 4 à 5 lakhs 0). Ces fortunes e sont aussi extraordinaires que vraies. Elles consistent en bonnes « espèces sonnantes et rendues dans la colonie, où il est entré de- « puis un an des richesses immenses i^). »
Dupleix répétait souvent qu'il envoyait les gens à Masulipatam « pour faire leurs petites affaires », et les officiers le remerciaient
(1) Arch. Vers. E 3748, 96. Dupleix à Bussy, 23 octobre 1751.
(2) C 83, 27. Traduction du Paravana par Delarche, 21 février 1751.
(3) Ibid , 28. Ibid. — Fr., n. acq., 9146, 80. Dupleix à la Compagnie, 15 février 1753.
(4) Arch. Vers. E 3748, 55. C« 84, 50. — Fr., n. acq., 9151, 67. 9146, 80.
(5) Arch. Vers. E 3748, 28.
(6) Journal de Godeheu, C* 85.
(7) 1 lakh = 100,000 roupies.
(8) Arch. Vers. E 3749, 7. Dupleix à Barnawal, gendre de sa femme, 24 décembre 1751. Lettre autographe.