‹ DupleixChapitre 177 sur 189 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

en France. La faute commise deviendrait inexcusable, si l'on y persistait après avoir reçu connaissance des lois du royaume.

Dupleix répondit à la première injonction par une lettre en date du 10 juin 1751, dans laquelle il donnait à la Compagnie quelques raisons propres à la faire revenir sur la défense qu'elle avait faite à propos de l'aidée de d'Auteuil; il paraissait, en outre, croire qu'il n'existait pas de loi défendant de recevoir de tels présents. On lui réitéra alors presque dans les mêmes termes, modérés mais très nets, les explications et les interdictions contenues dans la lettre de février 1752, qui vient d'être analysée (').

Il est hors de doute qu'au reçu de la première dépêche, Dupleix devait obéir, l'ordre étant formel et motivé par l'affaire de Dumas, et non par les jaguirs récemment acquis et dont on ne connaissait encore rien en France en juin 1750. Au reçu de la seconde, il répondit dans les termes les plus vifs : « Vous trouvez à redire, osat-il écrire, à la reconnaissance que Mousafer-Sing a donnée à tant de braves gens et aussi à quelques-uns de vos principaux employés et vous citez les lois du royaume, et, peu satisfaits de ce que vous auriez pu marquer à ce sujet au conseil et à moi, vous avez obtenu un arrêt du roi pour la réunion des aidées et peut-être même des jaguirs, si la chose était possible. Il est aisé de conclure des précautions que vous prenez à ce sujet, que l'on n'a d'autre but que de s'approprier ces terres et ces pensions sans trop s'inquiéter de la justice du procédé que l'on a observé à cet égard, et sous le prétexte que les lois du royaume défendent aux sujets du roi d'être pensionnaires d'aucun prince étranger. Le dessein étant de réunir tout au domaine de la Compagnie, on a fait entendre au roi tout ce qu'on a voulu. Il est triste qu'on lui ait fait craindre pour notre fidélité. Il est certain que la voie que vous prenez pourrait induire à de pareils sentiments( -).... » Une pareille lettre ne pouvait être lue avec indifférence. La Compagnie y répondit en des termes d'une juste sévérité lorsqu'elle la reçut, en 1754. Cette lettre n'eut d'ailleurs aucune influence sur le sort de Dupleix, puisqu'elle ne fut connue en France

(1) Fr., n. acq., 9145, 103. La Compagnie à Dapleix, 15 août 1753.

(2) Fr., n. acq., 9146, 87. Dupleix à la Compagnie, 16 février 1753.

que six mois après le départ de Godeheu pour l'Inde ('). Mais nous l'avons citée pour montrer avec quelle vivacité Dupleix ressentait tout ce qui le touchait dans son orgueil ou ses intérêts. La question des jaguirs était pour lui et ses amis des plus considérables. Leur interdiction l'irrita comme une spoliation. La mesure provoquée par les actes de Dumas lui parut à tort dirigée particulièrement contre lui.

11 avait toujours eu de Temportement dans le style : cette lettre en est un nouvel exemple. 11 dut se nuire aussi par le peu de ménagements qu'il gardait envers les directeurs. Il les jugeait incapables; mais pourquoi le leur écrire? Le commissaire du roi, Montaran, son ami, lui reprochait le ton trop léger et même aigre quelquefois de sa correspondance : « Vos lettres ne peuvent pas « être secrètes, quinze ou seize personnes les lisent. Quand vous t écrirez au corps des directeurs, je crois qu'il est de votre prut dence de bannir toute aigreur et toute apparence de mépris : on t peut être ferme poliment. Il y a dans vos lettres des traits qui t sont relevés par vos ennemis (car tout le monde en a)('^). » Un peu plus tard il lui dit : « Vous devez être assez stir de mon ami- « tié pour que je puisse vous gronder un peu sur le ton de vos « lettres. On n'écrit point à un valet comme vous avez écrit à la ( Compagnie et l'article des jaguirs contient les principes les plus « sauvages et les raisonnements les plus extraordinaires. Le roi « est informé de tout, le ministre voit tout : il ne vise pas une t lettre qu'il ne l'ait entendu lire; les décisions delà Compagnie f sont les siennes (3). »

Ainsi, la Compagnie reprochait à Dupleix d'avoir réglé à lui seul des afTaires importantes, de ne pas l'avoir instruite de ce qu'il faisait, de lui avoir caché les gratifications et augmentations de pensions obtenues par les employés (''). Le mécontentement causé par ces actes d'indépendance et d'indiscrétion, par le ton de sa

(1) Le vaisseau l'Anson qui portait les correspondances de février 1753 ne pul franchir le Cap, et les correspondances n'arrivèrent qu'en janvier de l'année suivante. Voir plus loin.

(2) Fr., n. acq., 9150, 41. Montaran à Dupleix, 20 septembre 1752.

(3) Ibid., 32. Montaran à Dupleix, 3 mars 1754.

(4 Fr., n. acq., 9145, 181. La Compagnie à Dupleix, 2 janvier 1753.

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